Après avoir goûté l’audace de monter une pièce de Bernard Werber dernièrement pour le festival Passe-Portes, Maeva Veerapen lance un cours de tango argentin, et ce moins d’un an après son retour au pays natal. Cette danse, elle l’a apprise et pratiquée à Melbourne avec les meilleurs maestros. Son cours prend place tous les vendredis sous la grande véranda du restaurant Chez Didier, ex-Mon Repos, à Trianon. Du bonheur d’improviser à deux sur une danse faite de tendresse et vivacité.
La seule fantaisie que s’offre le gardien de prison JC, dans le film Tango libre, est un cours de tango auquel il se rend une fois par semaine, moment de détente où il prend d’ailleurs un plaisir particulier à danser avec Alice… Mais quelques jours plus tard, il découvre interloqué, à l’heure des visites à la prison, que la jeune femme est l’épouse et compagne de deux détenus… Il n’a donc pas le droit de la fréquenter. Par un stratagème où se mêlent désirs, soupçons et jalousies, le tango va s’inviter à la prison au simple rythme des mains qui battent, et se transmettre entre détenus à l’heure de la promenade.
Et lorsqu’ils dansent, la cour de la prison devient un espace de liberté et d’expression, de joie et de partage. À leur manière, ces personnages font aussi renaître la pratique originelle du tango qui animait les bars et les bordels de Buenos Aires, où faute de femmes (en plus petit nombre que les hommes dans l’Argentine du XIXe siècle), les hommes dansaient entre eux. Dans Tango libre, le temps de la danse, les prisonniers oublient les barreaux qui les séparent de tout.
Maeva Veerapen, quant à elle, a tout d’abord trouvé dans le tango un bon moment de détente, à Monash où elle poursuivait ses études d’arts dramatiques et arts scéniques. À partir de 2005, elle suit un cours de tango argentin avec David Backler qui a notamment été l’élève de Gustavo Naviera, le père du tango nuevo, ce courant qui a littéralement redynamisé la pratique de cette danse argentine ces dernières années, et lui a attiré de jeunes praticiens intéressés par le caractère plus sportif de cette forme.
Envisagée comme un simple passe-temps, cette activité est vite devenue une passion pour la jeune Mauricienne qui n’a dès lors cessé de se perfectionner, puis suivi des cours privés de maîtres tels que Graciela Gonzalez, Mario Consiglieri ou les quadruples champions du monde Daniel Naccuchio et Cristina Sosa.
Un miroir de la vie
Devenue une danseuse hors pair, Maeva Veerapen peut aussi bien suivre que mener quand elle danse le tango. Aussi l’enseigne-t-elle comme elle l’a fait à Melbourne au Sidewalk Tango avec trois collègues. Elle a participé sur l’île-continent à des performances publiques de tango, à des spectacles tels que Tango inferno au State Theatre, ainsi qu’à des pièces de théâtre, comme Tango femme, qui associe ses deux passions.
Ce petit bout de femme au regard pétillant et au verbe serré ne pouvait pas s’arrêter en si bon chemin. De retour au pays natal, au-delà de ses activités de théâtre ou encore de team building pour les entreprises, elle crée la compagnie Kréacor pour lancer son cours hebdomadaire de tango argentin, à partir du vendredi 27 juin, à 17 h 30, Chez Didier, le nouveau nom du restaurant Mon Repos, à Trianon. Basé sur l’improvisation, ce cours pour débutants dure une heure et ne nécessite dans un premier temps que des chaussures et vêtements confortables. À 18 h 30, les apprentis danseurs pourront pratiquer librement pendant une demi-heure durant laquelle le bar à vin du restaurant sera ouvert.
Pour Maeva Veerapen, le tango argentin a représenté un cheminement, une sorte de miroir de la vie. Elle aime le pratiquer car c’est une danse sociale, qui à l’instar du séga ici, a commencé dans les quartiers populaires de la capitale argentine, principalement dans les bars. Si l’origine africaine du mot est tout à fait plausible, il est certain aussi que cette danse était pratiquée à ses origines dans des lieux de métissage culturel, où se rencontraient les différentes composantes de la population, des esclaves ou employés originaires d’Afrique, des paysans des campagnes venus à la ville et des hispanophones.
En regardant des danseurs professionnels s’accorder avec tant d’aplomb et d’élégance, on oublie souvent que cette danse trouve toute sa sève dans l’improvisation. « De l’improvisation émane toute la difficulté et tout le plaisir de cette danse, explique Maeva Veerapen, car il faut réellement s’accorder avec son ou sa partenaire, devancer ses mouvements, ressentir ce qu’il vit. » Voilà pourquoi on dit qu’un couple de danseurs de tango, c’est un coeur et quatre jambes…
« Mon professeur comparait les danses aux fast-food et slow food, et il classait alors le tango dans le slow food. Le tango argentin est un peu comme un briani qui demande beaucoup de temps pour que toutes les couches de riz, légumes et viandes cuisent et se parfument. » Pas de limite d’âge pour pratiquer cette danse d’amour et de dialogue. La méthode d’enseignement que Maeva Veerapen applique prévoit dix niveaux dans lesquels le progrès consiste à exécuter les même pas avec plus de finesse et de compréhension. Avis aux amateurs désireux d’apprendre à improviser avec un ou une partenaire.