La mise en place d’un « data base of contact details of educator »  fait sourciller; les enseignants en attente d’un password

Les cours en ligne destinés aux élevés des Grades 10 – 13 (Forms IV –Upper VI) devaient débuter depuis hier, lundi. Mais les enseignants du secondaire d’Etat et privé (incluant Rodrigues), qui se sont fait enregistrer auprès du ministère de l’Education pour animer ces cours n’ont pas encore reçu le Password pour avoir accès au logiciel Microsoft 365, leur permettant d’avoir tous les outils nécessaires pour le déroulement des cours. Par ailleurs, si en général les enseignants acceptent de participer à la mise en pratique de ces cours à distance, en revanche il n’y a pas de grand enthousiasme dans leur démarche.

« Nous avons à cœur l’éducation des enfants mauriciens. Mais il y a des réactions très diverses parmi les enseignants au sujet de ces cours à distance. Toutefois nous allons collaborer avec les autorités pour qu’on ne vienne pas dire que nous ne voulons pas travailler ,» affirment des enseignants du secondaire d’Etat et des collèges privés interrogés, hier.

Un sentiment mitigé pré »valait en ce premier jour de cours en ligne. Et cela en raison d’un manque de consultations entre les stakeholders du secondaire. « C’est totalement faux lorsque la ministre est venue dire à la télévision que son ministère a consulté les enseignants avant de mettre en place ces cours à distance. Nous aurions pu faire quelques suggestions pour une meilleure coordination si cela avait été le cas, » réplique-t-on dans le secteur de l’enseignement.

Dans le contexte, les problèmes appréhendés sont entre autres une mauvaise connexion de l’internet et autres problèmes techniques, difficultés de certains enseignants à maitriser l’outil informatique, manque d’intérêt et de participation des élèves, absence de soutien de la part des parents, pas d’ordinateurs et pas de connexion d’internet dans certaines maisons. « Nous avons beaucoup de réserves sur la manière de procéder du ministère. Néanmoins nous allons apporter notre collaboration là où nous pouvons le faire pour ne pas pénaliser nos élèves, » fait-on comprendre.
Deux logiciels notamment le Zoom et le Microsoft 365 sont retenus pour ces cours en ligne a l’intention des élèves de Upper secondary (Grades 10-13), et les autorités avait invité les enseignants qui y sont intéressés à s’enregistrer durant la période 2 au 5 avril. Pour la mise en pratique de ce projet, le ministère a entrepris un Survey for Educators Details en vue de la création d’une Data Base of Contact Details of Educator. « This collection of data is being carried out with a view of enabling enhanced communication with educators, and also facilitate the provision of information during the current unprecedented situation of national confinement”, avait fait comprendre le ministère en donnant l’assurance que “ all information that will be gathered will be treated confidentially”.

Mais cette démarche du ministère donne lieu à des divergences de vue parmi les enseignants. Beaucoup d’entre eux craignent que les autorités utilisent ces données à d’autres fins et n’y sont pas d’accord. En revanche, selon d’autres, il « n’y a pas obligation à donner les informations ». Les données personnelles recherchées sont une Mail Address, le numéro d’un téléphone fixe pu d’un cellulaire, une connexion internet d’une manière permanente. Cependant les enseignants, qui n’ont pas communiqué ces Contact Details  ne pourraient pas avoir accès au système Microsoft 365. Par ailleurs, à hier soir, des enseignants qui se sont fait enregistrer n’avaient pas encore obtenu le Password pour avoir accès a ce programme informatique. Selon nos informations, le ministère avait envisagé initialement un Password individuel pour chaque enseignant mais ils ont changé d’avis et opteraient pour un mot de passe collectif, soit un par école ou un Password spécifique pour chaque zone.

Dans une communication au ministère, la Secondary and Preparatory School Teachers and Other Staff Union, syndicat des enseignants des collèges confessionnels, soutient que certains aspects de ce programme de cours à distance « remain unclear, unexplained and inconceivable » et qu’à leur avis, cette formule d’enseignement « will widen the gap between the rich and the poor and will certainly penalise those already unfortunate students”. Et afin que tous les apprenants soient à pied d’égalité la SPSTSU demande au ministère d’avoir recours aux chaines de la télévision nationale pour dispenser des cours pour les Grades 10 -13.

SSS Mapou: Enseignants et élèves sont prêts pour le « On-Line »

Dans le secondaire d’Etat , quelque 60% des 3 000 enseignants sont concernés par les cours en ligne destines aux élèves de Grades 10 à 13. La tâche la plus difficile pour les enseignants est de contacter leurs élèves respectifs. Des enseignants de la SSS Mapou (établissement régional pour garçons) sont pour leur part satisfaits des résultats de cet exercice et affirment qu’il « y a un bon response de la part de leurs élèves ».

«  Nous avons déjà les numéros des parents à l’école et nous avons eu aussi la collaboration des élèves eux-mêmes pour contacter leurs amis. Nous avons peu d’élèves en Grades 12 et 13 et ils ont tous les équipements nécessaires chez eux pour suivre ces cours. Mais un tiers d’élèves des Grades 10 et 11 n’ont pas d’ordinateurs et nous sommes en train de trouver une formule pour qu’ils soient eux-aussi on board », déclare un enseignant de cet établissement. En attendant d’obtenir du ministère le password pour avoir accès au Microsoft 365, des enseignants de cet établissement ont commencé à proposer certains cours aux élèves en prenant avantage de la version gratuite de l’application Zoom .

Réactions sur le terrain

« Lekol pe dir nou ki bizin kominik ek bann zelev. Be si enn prof ena 35 zelev par 5 klas, koman nou fer pou al telefonn tou sa zelev la zot paran par nou mem si lekol pa kolabore. Ena klas bann zelev pe ede pou mont bann platform WhatsApp me la osi pa pe resi kominik ek tou zelev kouma bizin », laissait entendre un enseignant d’un collège d’État hier matin.

Selon lui, ce plan annoncé par le ministère de l’Éducation comporte des lacunes dans la pratique, surtout quand l’administration du collège ne joue pas son rôle d’assurer la liaison avec l’enseignant. Il laisse entendre que dans son cas, son collège n’a pas une base de données informatique et que tous les contacts entre les parents et son établissement sont effectués par voie de paperasse.

« A ce matin pa ti ankor fourni tou bann informasion neseser koman nou bizin opere », indiquait cet enseignant à la fin de la journée d’hier. Et d’ajouter que l’administration du collège aurait recommandé aux enseignants de solliciter le consentement des parents pour autoriser l’interaction avec les mineurs par voie électronique. « Lekol pli apt a tenir sa ban diskision-la ek paran. Nou nou travay se anseigne ».

Dans certains collèges certains enseignants avaient à leur propre initiative réussi la prise de contact et avaient choisi de communiquer avec les élèves principalement à travers l’application mobile WhatsApp reléguant les plateformes Zoom ou encore Microsoft 365. « Mwa mo pe fer sirkil mo bann not ek ban zelev a traver bann preparasion Powerpoint. Mo pe anvoy ban zelev la mo bann xplikasion par WhatsApp. Ek seki pe interact tan mieu. Nou pa ena ban moyin pou fer plis », a déclaré un autre éducateur. Ce dernier concède néanmoins que c’est difficile de gérer une classe de plus de trente élèves en visio-conférence. Il affirme qu’il n’y a aucun contrôle sur l’élève et si, en tant que destinataire, ce dernier suit effectivement les cours dispensés. Déjà que certains étudiants ne jouent pas le jeu d’être « in camera » pour suivre les explications.

Et il y aurait aussi un bon nombre d’élèves qui, faute de moyens, n’ont pas de smartphones ou de connexion Internet et sont quelque peu défavorisés dans la conjoncture. Certains collèges faisaient toutefois des efforts jusqu’à fort tard hier pour pouvoir assurer que tous les éducateurs des Grade 10 à 13 soient en contact avec leurs élèves des différentes classes.