En 75 pages de rapport, la commission d’enquête sur les courses hippiques, présidée par Richard (Rick) Nicholas Parry, avec pour assesseurs Dennis George Gunn et John Paul Scotney, a administré un magistral coup de grâce au Mauritius Turf Club (MTC) du haut de son bicentenaire révolu. Le rapport de la commission d’enquête a été rendu public à l’Assemblée nationale hier après-midi. Cette instance préconise également un grand coup de balai dans cette institution jadis vénérable, mais aujourd’hui présentée comme « riven with division and malcontent, a fractured organisation which borders on being institutionaly corrupt ». Pour remédier à cette déchéance, la commission d’enquête préconise la mise à exécution de 23 recommandations, dont la mesure phare n’est autre que l’institution d’une Mauritius Horseracing Authority (MHA) et le “stripping” du MTC des fonctions de régulateur de courses hippiques au profit du nouveau gendarme des courses, la MHA. Le rapport est également très critique contre l’étendue de paris illégaux à Maurice, avec un manque à gagner de Rs 800 millions pour le fisc.
Le rapport Parry dresse un catalogue de mauvaise gestion au sein du MTC, au point où « the Commission feels strongly that there is an urgent need to remove the regulatory and governance responsibilities from the MTC and, instead, create a separate organisation, the MHA, which would be a new independent statutory body to oversee the regulation and governance of horse racing in Mauritius ». D’entrée de jeu, le rapport concède que même si des responsables du MTC ne sont pas directement impliqués dans des cas de corruption, ils sont au courant des détails et « are failing corporately to address such concerns ». Les dénonciations faites devant la commission d’enquête vont des critiques à l’encontre du président Gilbert Merven et son « alleged cabal of supporters » au sein de l’administration à des allégations beaucoup plus graves sur la gestion du club. La commission fait état d’un cas grave de fraude électorale (vote rigging) lors de l’assemblée générale en vue de s’assurer du maintien de l’équipe de dirigeants en place. « There were allegations of vote rigging and abuse of the proxy vote system. The Commission was shown documents which indicated strong suspicion of rigging proxy votes in at least one general assembly last year », lit-on à la page 18 du document officiel.
Même si les dirigeants du MTC ont tenté d’atténuer les divisions patentes au sein du club, ils ont dû s’avouer vaincus face à l’avalanche des critiques de leurs pairs. « Significantly, one administrator in his evidence to the commission admitted that the divisions had brought the club to its knees — “the club is dysfunctional”. Another administrator admitted the existence of two clans. Interestingly, he said he was in the current president’s clan because “if you don’t belong to a clan, you don’t get elected – no chance” ». Le rapport révèle que « the evidence heard by the Commission was strong and vitriolic towards the president and his supporters, and is not likely to abate without significant change ». De ce fait, l’avenir du MTC dans sa forme actuelle est très sombre si on ajoute le concert de protestations venant d’un ancien président, des administrateurs, des membres du judiciaire et des « prominent licensed personnel ». La réforme en profondeur est considérée comme l’unique alternative viable pour sauver le MTC.
Paris illégaux
Un autre constat majeur de la commission d’enquête concerne le fléau des paris illégaux qui gangrène le monde hippique, soit « by far the biggest threat to racing in Mauritius comes from illegal betting ». Le rapport tente en vain de délimiter l’envergure de ce problème et avance que « the cultural, political and sporting background to such matters but considers that the current mix of legal and illegal betting markets on the island to be unsustainable ». Le marché des paris illégaux semble aussi important que la partie légale — si ce n’est plus important —, la commission tirant la sonnette d’alarme sur l’absence alarmante des autorités en évoquant que « the integrity of horse racing in Mauritius is at an all time low ». « The Commission considers the lack of official will and effort to combat the illegal market and the huge loss of revenue to the Exchequer from the loss of taxation (estimated up to Rs 800 million) to be alarming and totally unacceptable ».
Le rapport épingle le laxisme de la Gambling Regulatory Authority (GRA) pour faire pression sur les opérateurs à s’acquitter de leurs taxes et cite le cas de SMS Pariaz, qui n’était pas connecté au serveur de la GRA pendant au moins cinq ans. Les questions de la commission d’enquête sur cet état de choses sont restées sans réponse et le flou persiste si SMS Pariaz s’est déjà mis en règle avec la caisse. « There was no clear answer to that query ; the Acting Chief Executive of the GRA said tax collection was the responsibility of the Mauritian Revenue Authority (MRA), not of the GRA. Although SMS Pariaz had a responsibility to pay taxes for the five years it was unconnected, and the MRA stated that taxes had been paid, there is no confirmation available through the Gambling Regulatory Authority Betting Control System (GRABCS) on whether taxes had been paid by that company, or how much », révèle le rapport, rappelant que « the principal objective of the GRABCS is to combat tax evasion and all bookmakers are now linked into the system ». Et à la commission de conclure à ce chapitre que la GRA est un échec total et « not fit for the purpose ». D’où la nécessité d’un « fundamental overhaul with a more dynamic leadership… »