La première fascination qu’exerce « Batmen », le nouveau court du Mauricien Wassin Sookia tient à la force d’images brutes qui relèvent à la fois du cinéma direct, du regard posé sur la société et d’un engagement et de l’intérêt du cinéaste pour le patrimoine naturel. Le court inspiré de la polémique sur l’abattage des chauves-souris à Maurice a été diffusé le 21 février 2016 sur la chaîne nationale à l’occasion du « 7 Days Challenge » : un concours de la Mauritius Film Development Corporation (MFDC) réunissant des courts-métrages mauriciens réalisés en 7 jours sur le thème « social issues ».
Cette projection publique appelle notre appréciation. « Batmen » est un film de 13 minutes. Les monstres de ce court métrage de Wassim Sookia, ce sont ces héros créatures, des chauves-souris traquées par un planteur. Le réalisateur a d’abord personnifié ces espèces classées par l’Union internationale pour la conservation de la nature dans la catégorie « vulnérable ». Dans le film, ces petits animaux ne sont pas tant des monstres que de simples voleurs révélant l’appât du gain de leurs victimes et leur manque de connaissance de la chauve-souris. Le film met en scène un pas vers l’inconnu interdit, sans dehors, sans contrechamp de ce franchissement. Deux séquences dans des vergers replis de letchis se superposent. Deux chauves-souris sont rejointes par un troisième blessé. Le danger est tapi derrière une maison, dans les profondeurs d’un verger. On veut bien laisser évoluer ces monstres dans une enceinte bien circonscrite : des filets contre une indemnisation. Il y a un évident appel à l’imaginaire dans le film de Wassim Sookia, qui s’amuse dès le générique, dans le renversement de l’image, à rendre hommage au chevalier à la cape noire. Il y a aussi une façon innovante de faire naître l’onirisme dans un terreau réaliste (l’abattage des chauves-souris à Maurice, le conflit entre l’homme et la nature). C’est une déclinaison du projet d’abattre 20% de la population des « Mauritius bats », Pteropus niger, avant les grandes récoltes de mangues et de letchis. La logique des producteurs de fruits, étant qu’elles sont les principales responsables de leurs pertes agricoles.
Wassim Sookia propose un type de narration classique, même poursuite dans un même lieu, un découpage économe et une touche d’hyperréalisme car la matière première de « Batmen », c’est aussi un film documenté sur le projet d’abattage de chauve-souris et les réactions qui ont suivi d’un point de vue écologique et scientifique.
Plus d’info sur www.wassimsookia.com