Chaque année au cours du carême chrétien, des personnes, toutes fois confondues, vont en pèlerinage dans les églises ou pour prier devant le St Sacrement là où il est exposé. Cette pratique est entrée dans les moeurs mauriciennes. Toute une organisation est mise en place pour accueillir les visiteurs dans les meilleures conditions possibles.
Il est 8h15 en ce dimanche matin lorsque les pèlerins d’Engrais Martial à Curepipe prennent place dans le bus qu’ils ont loué. Ils font partie du groupe de troisième âge de la localité, mais quelques jeunes se sont aussi joints à eux. Après les salutations, place aux instructions et aux indications sur le parcours de la journée. Marlène George, la responsable du groupe, précise que le trajet sera effectué en prière. Des personnes se portent volontaires pour réciter les 14 stations – les étapes du calvaire de Jésus jusqu’à sa mise à mort sur une croix.
Animation.
La sortie que s’apprête à faire le groupe n’a rien d’un pique-nique. C’est dans le recueillement que débute cette journée qui va mener les pèlerins à Grand Sable, Bambous Virieux, Vieux Grand-Port, St-Hubert, Mahébourg, Plaine Magnien et Rose-Belle.
Au fil des prières et des réflexions qui les accompagnent, la ferveur monte crescendo. Le soleil est radieux, le paysage merveilleux, mais nul n’a le temps d’y prêter attention.
Au bout d’une heure et trente minutes de route, nous voilà à Grand Sable. D’autres pèlerins nous ont précédés. Ils viennent de différentes régions de l’île : du nord, de Port-Louis, de l’est et des basses Plaines Wilhems. La circulation se fait au ralenti et les policiers sur place font le nécessaire pour éviter des inconvénients aux autres usagers de la route. L’unique accès menant à la chapelle connaît un va-et-vient incessant de dévots venus pour l’adoration du St-Sacrement.
Organisation.
Ici comme ailleurs, toute une organisation a été mise en place par les différentes paroisses afin d’accueillir dans les meilleures conditions les visiteurs. Les faratas et les divers currys les accompagnant sont incontournables. Hommes et femmes, adultes et jeunes ont uni leurs efforts afin que tous puissent se restaurer rapidement mais aussi se rafraîchir avec des jus, du thé, et de l’eau de noix de coco, qui a fait le bonheur de plusieurs personnes exposées à la chaleur accablante. Les colporteurs et autres marchands en profitent pour faire grimper le chiffre de leurs ventes. Mais il y a aussi ceux qui vaquent tranquillement à leurs occupations, comme ces pêcheurs à Grand Sable qui s’en vont “gagn enn kari”.
Se rapprocher de Dieu.
Dans chaque lieu de culte visité règnent la même ferveur et le même recueillement. Nombreux sont ceux qui, livres de prières à la main, méditent sur une parole, une citation biblique. Tout comme à St-Esprit (Bel-Air), St-Michel (Grand-Gaube), Notre Dame de la Délivrande (Montagne Longue), Ste-Anne (Chamarel), l’église Notre-Dame du Grand Pouvoir à Vieux Grand Port a attiré la grande foule. Selon certaines croyances, chaque lieu de culte est censé apporter une grâce particulière. D’où la grande affluence chaque année au moment des XL heures.
Prières.
Dans notre bus, les temps de prière n’ont pas arrêté entre la visite des différentes églises. Des dizaines de chapelet sont récitées. Chaque escale est un moment pour prolonger le temps de prière devant le St-Sacrement mais aussi pour se dégourdir les jambes et prendre une petite collation, en attendant le déjeuner au Mahebourg Waterfront. Plusieurs pèlerins qui font le même trajet que nous ont choisi ce lieu pour casser la croûte.
C’est la troisième année consécutive que Marlène George organise ce pèlerinage des sept églises à l’intention de son groupe de troisième âge. “Je le fais pour aider les membres qui souhaitent participer aux XL heures dans différentes paroisses mais aussi pour montrer que nous n’organisons pas uniquement des activités de loisirs. Nous prions ensemble pendant le temps de carême.”
La prière a accompagné les pèlerins pendant tout le trajet. Au retour, l’ambiance est plus relax : on discute avec le voisin et on fait plus ample connaissance. La satisfaction est palpable, comme chez ce jeune couple qui a choisi d’effectuer le parcours avec leur bébé. Pour tous, cela aura été l’occasion de se rapprocher de Dieu, particulièrement en ce temps de carême.
Rendez-vous est d’ores et déjà donné pour un autre pèlerinage l’année prochaine.
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Le pèlerinage des 7 et 14 églises
Le pèlerinage n’est pas seulement une tradition chrétienne. C’est une démarche de foi qui est aussi pratiquée par les musulmans qui se rendent à La Mecque et les hindous qui convergent vers le Ganga Talao. Tous se dirigent vers un lieu sacré où ils ont rendez-vous avec Dieu, nous explique le père Sylvio Lodoïska.
En ce qui concerne le pèlerinage des 14 églises, les fidèles s’arrêtent pour méditer sur une étape de la montée de Jésus vers sa mort et sa résurrection. Mais on note aussi une tendance pour limiter le trajet à 7 églises, ce qui donne la possibilité de passer plus de temps dans un lieu.
Les XL heures consistent en l’exposition d’une hostie consacrée dans un ostensoir pour que les fidèles puissent adorer le Christ présent dans l’Eucharistie. “Lors de son dernier repas à la veille de sa mort, Jésus a partagé le pain avec ses apôtres, en disant : Prenez et mangez : ceci est mon corps” C’est donc devant le Christ Jésus lui-même, présent dans l’hostie consacrée, que les fidèles vont se recueillir.