Taïba Bowhoo, 56 ans, avec 40 ans d’expérience dans la couture, la broderie fait main et la fabrication de bijoux artisanaux, tout en étant qualifiée comme Instructor dans le domaine, est confrontée à des grosses difficultés de marketing de ses produits. Cette artisane reconnue pour avoir remporté la médaille d’or lors d’un concours organisé par le Rotary lutte pour sa survie comme entrepreneur. « Je passe par des hauts et des bas, plus des bas, mais je continue à rod mo dipin kot mo gagne », lâche-t-elle, découragée par la façon dont certaines personnes traitent les petits entrepreneurs à Maurice.
Habitante de Mesnil, à Phoenix, Taïba Bowhoo travaille à son propre compte depuis les dix dernières années car elle est peu sollicitée pour donner des cours par les organisations qui en sont responsables. Pourtant, elle est « MQA Approved » et a déjà donné des centaines d’heures de cours, dans les centres sociaux ou pour le compte du ministère de la Femme, d’où elle a été licenciée en 2000. Elle a même animé des short courses à l’Université de Maurice. « Si kompliman ti larzan, li ti pou boukou ris azordi », lâche son époux, Aslam, un retraité du service pénitentiaire.
Le marketing est très difficile pour elle, même si beaucoup de gens la connaissent. « Un jour, je suis allé à Grand-Baie pour montrer mes produits dans des magasins touristiques. Personne n’a voulu de moi, patron pa la, sef pa la, pa kapav fer naryen. J’étais découragée et je n’ai pas tenter cette expérience à nouveau », dit-elle. Certaines personnes l’encouragent à aller voir du côté des hôtels mais « avan rant dan lakour mem sekirite galoup deryer ou, ou kwar ou pou resi koz ar manager la », dit-elle.
Si le marketing est un écueil auquel elle se heurte, la couture et la broderie n’ont aucun secret pour Taïba Bowhoo, ayant fait son apprentissage durant sa tendre enfance. « J’avais dix ans lorsque j’ai commencé à confectionner de petits vêtements pour mes poupées. La famille habitait à St-Aubin. Puis, on a entendu parler d’une poupée qui parle à Trois Boutiques. J’ai eu peur et j’ai jeté mes poupées mais j’ai continué à coudre et à broder de petits vêtements, en regardant faire ma soeur aînée ».
Ce n’est qu’après ses études secondaires que Mme Bowhoo est allée se perfectionner en suivant des cours de broderie au centre social de Surinam. Puis, elle a commencé à avoir de petites commandes, en commençant par un set de 16 mouchoirs qui, selon ses superviseurs, étaient magnifiques. « Contents, ils m’ont donné d’autres petits ouvrages à faire et ils me payaient. J’ai étendu le travail jusqu’à la maison où mes voisines passaient leurs commandes. J’ai travaillé aussi dans une pharmacie et dans une usine de textile ».
Après son mariage, Taïba Bowhoo est venue habiter St-Paul où elle a connu de gros soucis financiers. Elle a dû retirer ses outils de travail de son armoire et recommencer à travailler, en ajoutant la fabrication des bijoux artisanaux à son arc avec toutes sortes de matériaux, dont des pierres, du verre, des écailles de poisson, du bois et le fameux “kolye sipay”. Les matériaux, dit-elle, ne sont pas difficiles à trouver.
Cependant, la couturière de Mesnil est tombée gravement malade en 2015 et n’a pas travaillé. Elle ne pouvait ni s’asseoir, ni marcher et ni se tenir debout. « J’ai souffert énormément, physiquement et moralement et j’ai perdu presque tous mes clients », confie-t-elle, avant de signifier son intention de recommencer à coudre et à broder et aussi à enseigner son métier aux autres. Elle veut aussi créer sa propre petite entreprise, voir ouvrir un petit magasin mais elle ne trouve pas un emplacement approprié « où montrer mes produits aux éventuels clients ». Taïba Bowhoo croit que des opportunités existent dans le domaine de la couture, de la broderie et de l’artisanat « mais encore faut-il que les gens vous connaissent et qu’on vous donne l’occasion d’exprimer vos talents ».