DR DIPLAL MAROAM

L’on ne plaisante pas avec la santé des gens, encore moins celle d’une nation et, dans cet esprit, les normes et protocoles mis en place par l’autorité locale sous les directives de l’OMS pour protéger la population du nouveau coronavirus, doivent être appliqués avec rigueur et intransigeance à toute personne entrant sur notre territoire, qu’elle soit Mauricien ou étranger. Certes, étant un nouveau virus, le Covid-19 suscite une pathologie dont les paramètres n’ont pas tous encore été cernés mais toujours est-il que l’OMS a déjà pris les devants et porté à « très élevé » le niveau de la menace et appelé tous les pays encore épargnés à se préparer à l’arrivée probable de l’épidémie. Elle a, de même, averti que se croire à l’abri serait « une erreur fatale ».

  Ainsi, alors que le Covid-19 continue à traverser les frontières tout en restant concentré en Chine, les questions qui taraudent tous les esprits ces jours-ci sont : jusqu’où ira la contamination ? Pourrait-elle finalement être enrayée, et quand ? Sans pour autant jouer au prophète de malheur, force est reconnaître qu’un petit État insulaire comme le nôtre, complètement ouvert sur le monde et visité par des centaines de milliers de touristes chaque année représente un milieu hautement vulnérable et un maillon non négligeable dans la chaîne de transmission des infections. Même le PM reconnaît à l’Assemblée nationale qu’il est « impossible to be 100% foolproof ». Par conséquent, la consigne ces jours-ci doit être la consolidation de la prévention. En outre, notre dépendance outrancière sur des produits d’importation d’une seule source, en l’occurrence la Chine, risque, dans les circonstances actuelles, de nous coûter très cher dans les semaines ou mois à venir. Pénuries et hausses des prix de certains produits de consommation courante ne sont pas à écarter. Cependant, considérer l’épidémie comme « une opportunité pour nos PME », selon le ministre de tutelle, constitue un pas que la décence basique ne saurait franchir.

Violences

Et si la même rigueur et volonté étaient déployées pour lutter contre les maux qui rongent d’autres secteurs de notre société aujourd’hui… En effet, l’indiscipline, l’immoralité, le laisser-aller sont partout et très souvent les institutions concernées ne font que détourner le regard. Par exemple, une société qui accumule un taux de 85% de récidive chez les prisonniers, selon un rapport de l’ONU — où des jeunes de 13/14 ans qui sont eux-mêmes encore des enfants, deviennent mères/pères ; où vols, viols et violences sont relégués aux faits divers, etc – est vouée à la décadence et l’indignité. Au niveau du trafic routier, c’est la loi de la jungle qui prévaut et les deux accidents impliquant le Metro Express jusqu’ici, à Vandermeersch et Barkly, seraient liés au non-respect des codes de la route et à l’alcool. Par ailleurs, il a beaucoup été question de la violence conjugale le 8 mars et dans de nombreux cas, les victimes avouent avoir préalablement rapporté le cas à la police et étaient munies d’un Protection Order. Le drame survenu l’an dernier à Bel-Air, où deux enfants s’étaient rendus au poste pour solliciter l’aide des policiers, mérite d’être souligné. Et il va sans dire que si la police avait agi dans tous les cas avec célérité et promptitude, le nombre de victimes de la violence conjugale ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui.

Finalement, dans sa Lettre pastorale de carême 2020, le Cardinal Piat fait part de son constat accablant de l’évolution de notre société, mettant en exergue les différentes formes de violence dans divers secteurs qui freinent l’épanouissement de l’individu. L’échec du système de l’éducation, l’effritement des valeurs et la prolifération de la drogue sont parmi les principales préoccupations de la Lettre pastorale. Or, pour une île comme la nôtre qui ne produit pas de drogue dure, une place dans le peloton de tête des pays, tant sur le plan continental qu’international par rapport à la consommation des opiacés aurait dû susciter une sérieuse prise de conscience de la part de nos dirigeants quant à la stratégie à mettre en place pour lutter contre le fléau. Le succès de ce combat dépend, bien évidemment, d’un changement de la conscience professionnelle et d’une réelle volonté politique et institutionnelle. Cette volonté-là, existe-t-elle réellement aujourd’hui ?