Une incertitude patente pèse sur quelque 6 000 emplois dans ce secteur dans l’île, la mise sous administration volontaire d’Air Mauritius venant compliquer davantage l’équation

Le Minority Leader, Franceau Grandcourt : « Après la levée du confi nement, le gouvernement régional a laissé tomber la population »

La jubilation autour de “Rodrigues COVID-19 Free Island” a vite cédé le pas à la nouvelle réalité imposée dans l’île avec le lockdown des opérations économiques à Maurice. Très vite et profitant d’une initiative du gouvernement régional, mené par le chef commissaire, Serge Clair, sous forme de consultations prébudgétaires, l’Association Réunie du Tourisme (ART) de Rodrigues — dont les membres gèrent presque 80% de la capacité touristique en termes d’hébergement et d’accueil — est montée au créneau avec un signal d’alarme très fort. Le secteur du tourisme à Rodrigues n’anticipe pas de reprise avant la fin de cette année. Et c’était juste la veille de la mise sous voluntary administration de la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, dont les ATR-72 constituent un vecteur majeur dans le développement du tourisme dans l’île. De son côté, le Minority Leader à l’Assemblée régionale de Rodrigues, Franceau Grandcourt, se prépare à donner la réplique au gouvernement régional avec la présentation du budget de Rodrigues le 30. Entre-temps, il a pris note de la demande de démission adressée au chef commissaire par les animateurs de l’Association Réunie du Tourisme devant l’absence de mesures face aux graves difficultés surgissant dans ce secteur.

Christian Léopold, membre du comité exécutif de l’ART de Rodrigues et ancien Private Parliamentary Secretary, a dépeint un tableau sombre de ce secteur économique avec les répercussions de la pandémie de COVID-19, même si aucun cas positif n’a été relevé à ce jour. « La reprise de l’industrie touristique dans l’île n’est pas pour demain. Personne ne peut s’aventurer à dire quand la situation retournera à la normale. Ce que l’on peut savoir, c’est qu’il ne faudra pas s’attendre à revoir les touristes étrangers débarquant à Rodrigues avant la fi n de cette année », déclare-t-il en substance.

Avec la présentation du budget à l’Assemblée régionale prévue jeudi, les responsables de l’ART ont élaboré une série de mesures pour soutenir ce secteur d’activité économique, avec quelque 6 000 emplois en jeu. Ainsi, en guise de mesures d’urgence, l’ART demande une assistance financière de l’ordre de Rs 170 millions pour la période allant de mars à décembre prochain. Cette enveloppe devra assurer le paiement des salaires des employés, les travaux de maintenance, les factures d’électricité de même que le e-servicing des facilités bancaires existantes. « L’Assemblée régionale de Rodrigues doit être consciente des effets multiplicateurs du tourisme, avec les PME dans l’artisanat, le tourisme réceptif ou encore la pêche, l’agriculture et la restauration, sans compter les artistes-animateurs. Tout cela représente un tissu socio-économique non négligeable à Rodrigues », poursuit Christian Léopold.

En marge de cette assistance financière, l’ART préconise des dérogations aux licences allouées par le gouvernement régional autorisant les opérateurs à s’engager dans des activités alternatives. Les membres souhaitent également une réorientation du marketing touristique de Rodrigues avec un accent sur le marché mauricien. S’appuyant sur le fait que l’année dernière, Rodrigues avait accueilli 77 740 visiteurs, Aurèle André, président de l’ART, évalue le manque à gagner pour l’économie de Rodrigues à quelque Rs 1 milliard. « Mais attention ! Rodrigues a été épargnée du COVID-19. Mais il y a un autre virus, soit le virus social, qui se pointe à l’horizon avec la menace de pertes d’emploi. Ce virus risque d’être plus virulent et également sans vaccin », fait-il comprendre, en ajoutant que « nou pa pe dimann gouvernma lasistans, nou pa pe dimann gouvernma lasarite, nou demand ansam kom partener a nou tini sa pei-la ziska nou trouv lizour. »

De son côté, le Minority Leader, qui a apporté son soutien aux demandes de l’ART, souligne qu’« après la levée du confinement, le gouvernement régional a laissé tomber la population ». Il invite les autres groupes comme les pêcheurs, les planteurs, les PME et les artisans à venir de l’avant pour faire part de leurs revendications comme tel a été le cas avec l’ART. Il déplore le fait que les membres du gouvernement régional n’aient pas jugé utile de rencontrer ces différentes catégories d’opérateurs économiques affectées par la crise économique. Il s’en est également pris frontalement au ministre des Finances, Renganaden Padayachy, pour « son absence de considération à l’égard des Rodriguais dans la conjoncture ». Le Minority Leader a dénoncé l’absence de réactions de la part des deux représentants de l’OPR à l’Assemblée nationale tout en se préparant pour confronter le chef commissaire lors des débats sur le budget de Rodrigues du 30