SUMAN LOKESH BANYDEEN

Depuis le premier cas de Covid-19 annoncé en Égypte le 14 février 2020, où en sommes-nous plus de 2 mois après sur le continent africain ? Au 24 avril 2020, nous sommes à 28 697 cas et 1 323 morts en Afrique. Pendant ce temps, le total de cas et de décès dans le monde est passé respectivement de 67 100 à plus de 2,8 millions cas et 1 525 à au moins 197 099 décès. Donc, le continent africain ne représente pas plus de 1% des indicateurs mentionnés ci-avant. Des chiffres certes encourageants, mais des inquiétudes demeurent que le pire est potentiellement à venir. Cet article présente la situation du COVID-19 en Afrique et donne des possibles explications pour le relativement peu de cas enregistrés jusqu’à maintenant.

Quelques faits importants sur le COVID-19 en Afrique

Sur la base des données épidémiologiques au 24 avril 2020, le COVID-19 se résumait à ces faits marquants sur le continent africain :
–          4 pays (Égypte, Afrique du Sud, Algérie et Maroc) comptaient pour 50% des cas et 71% de morts ;
–          4 pays (l’Afrique du Sud, Tunisie, Algérie et Cameroun) comptaient pour 80% des cas graves ;
–          3 pays (Algérie, Maroc et Égypte) déploraient 70% des morts enregistrés.

Donc la pandémie semble être plutôt localisée et non généralisée à tout le continent. Au début, une croyance populaire du continent liait le virus à la couleur de la peau avant d’avancer le facteur climat. Qu’en est-il ?
Peu de cas vu le peu de tests effectués

Si peu de tests sont effectués, il va de soi qu’il y aura peu de cas. Les informations compilées au 24 avril 2020 par l’Université Johns Hopkins rapportaient seulement 508 799 tests en Afrique pour une population estimée à 1,3 milliard. À titre de comparaison, les États-Unis et l’Allemagne étaient à 5 millions et 2 millions à la même date.  Le peu de tests s’explique par l’absence de moyens financiers, mais également le retard dans la capacité des pays en équipement de laboratoires.  Le site de l’OMS/AFRO rapportait que 44 des 54 pays africains peuvent tester pour le virus. Au début de la pandémie, ils n’étaient que 2 à pouvoir le faire. Donc, le temps de la mise en place du parc d’appareils et/ou l’introduction de tests de détection rapide, la disponibilité des réactifs et la formation du personnel de laboratoires, beaucoup de cas de COVID-19 n’ont pas été rapportés.
De plus, les tests ne sont disponibles que dans les capitales et mégapoles. Peu de pays africains ont les moyens et le système pour le transport des échantillons des provinces aux laboratoires habilités à effectuer les tests. Avec la fermeture des frontières internes et externes cela devient alors encore plus utopique.

Sous-estimation des cas vu la mauvaise qualité et l’absence d’exhaustivité des données

Le système d’information sanitaire est encore au stade de chantier dans plusieurs pays africains. La fiabilité des données rapportées pour les pathologies de routine pose déjà problème. Donc, évoquer la qualité des données dans un contexte de pandémie est un vrai défi. Il va de soi que le nombre de cas rapportés est largement sous-estimé. Dans plusieurs pays, certains décès dans la communauté ne sont pas rapportés soit par ignorance ou par absence d’un système de remontée de l’information.

Réduction de la propagation avec le confinement et la distanciation sociale

Le confinement, le couvre-feu nocturne et la sensibilisation de la population à la distanciation sociale aussitôt l’annonce des premiers cas en Afrique sont deux des facteurs principaux qui expliquent le nombre de cas peu élevé enregistré en Afrique. Pour une fois, on ne pourrait pas critiquer nos leaders pour n’avoir pas été rapide dans la mise en œuvre des actions drastiques pour prévenir la propagation du coronavirus sur le continent. Dans certains cas, des mesures sont démesurées par rapport à la gravité de la situation.
Saluons toutefois deux pays ayant pris des mesures rationnelles de lutte contre le COVID-19 tout en épargnant un drame humain pour une grande partie de leur population :
(a)    le Kenya avec la mise en place d’un couvre-feu au lieu du confinement total ;
(b)   La République Démocratique du Congo pour avoir levé le pied sur le confinement total de la province de Kinshasa à la dernière minute avant de revenir quelques jours plus tard pour confiner uniquement une commune de cette province.

Population jeune offrant plus de résistance à la maladie

Dans l’adage courant, plus la population est jeune, plus elle est résistante aux maladies. La distribution d’âge de la population en Afrique est un des facteurs qui pourrait expliquer le taux de décès moins élevé et potentiellement la propagation moins élevée en Afrique comparé à l’Italie et l’Espagne. La population africaine est beaucoup plus jeune que celle des autres pays qui ont été les plus affectés par le virus.
Cette relative jeunesse de la population africaine est non seulement due à un taux de fécondité plus élevé mais également à des facteurs de crise (guerre, maladie et autres).

Climat relativement plus chaud ne favorisant pas la propagation du virus

On dit toujours qu’il n’y a pas de fumée sans le feu. Le climat pourrait être un des facteurs ayant ralenti la propagation du virus en Afrique. Les 4 pays les plus affectés, l’Égypte, l’Afrique du Sud, l’Algérie et le Maroc, ont des températures, pour le mois d’avril, des plus basses parmi les autres pays africains entre 11 et 16 degrés. Étant en été dans cette partie de l’hémisphère, les conditions ne sont pas propices à la propagation du virus. Même si les opinions des scientifiques sont partagées sur l’impact du climat sur le virus, beaucoup gardent tout de même un optimisme qu’avec la venue de l’été dans l’Hémisphère Nord du globe, le nombre de cas chutera drastiquement. De toutes les façons, nous ne sommes qu’à quelques jours de vérifier cela par nous-mêmes hors des modèles de simulation et des recherches scientifiques.

Conclusion

Avec des économies et des populations ne pouvant pas se permettre de rester confinées trop longtemps, la pression pour une levée des mesures se fera de plus en plus forte. Le confinement, bombe à retardement selon certains, aurait dû servir à préparer cette population à faire face aux défis de la réouverture. Mais hélas avec les moyens du bord, peu de pays ont pu le faire. Ce qui laisse craindre un avenir incertain…