JEAN PIERRE LENOIR

Le monde entier est désemparé. Malgré sa sophistication apparente il constate les limites de sa technologie et pleure ses morts. Engoncés dans notre zone de confort que rien ne semblait pouvoir déranger, nous avons batifolé allègrement et indécemment dans une sorte d’inconscience collective nimbée d’anesthésiant toujours un peu plus fort. La crise économique de 2008 ne nous a rien appris si ce n’est que nous étions invulnérables! Les marchés revenus à leur vitesse de croisière, les excès ont repris de plus belle comme si de rien n’était, le capitalisme financier trottant allègrement entre profits démesurés et insouciance de façade : « Qu’importe demain pourvu qu’aujourd’hui on soit très riche » semblaient penser tous ces petits malins plus riches aujourd’hui qu’hier et moins que demain. Dans leur foulée c’est le monde développé qui s’est accroché à cette sinistre locomotive, laissant derrière lui les plus démunis et autres damnés de la terre…

Aujourd’hui c’est à une autre sorte de crise à laquelle nous devons faire face ; celle que nous n’attendions pas. Sorti de cette Chine dominatrice devenue l’usine d’un monde plus soucieux de profits faits en délocalisant ses industries que de faire travailler ses propres industries et ses ouvriers, ce virus nous met face à nos faiblesses et nos travers. On fermait en Europe des usines rentables mais pas assez aux yeux des actionnaires toujours plus gourmands. Cette rétribution de plus en plus indécente du capital au détriment de cadres et de travailleurs sacrifiés sur l’autel du toujours plus semblait ne pas avoir de fin. Et pourtant !

Nous ne savons toujours pas quand interviendra la fin de cette crise économico-sanitaire mais une chose est aujourd’hui sûre; il y aura un avant et un après-coronavirus et notre monde globalisé ne sera plus le même, ni dans sa structure ni dans son fonctionnement. À moins que notre stupidité et notre avidité prennent encore une fois le dessus sur tout le reste. Déjà fragilisée ici et là par le poids d’une dette énorme, l’économie mondiale aura à affronter des lendemains loin d’être roses. À moins d’un miracle, la récession nous guette et les prochaines victimes risquent d’être ces hedge funds spéculatifs américains. Les dettes publiques déjà insoutenables (France, 110% du PIB et Italie 135%) vont l’être de plus en plus au sortir de cette crise economico-sanitaire…

La petite île Maurice n’est qu’un spectateur impuissant – comme les autres d’ailleurs – du déroulement de cette tragédie mondiale comme ce fut le cas lors du dernier conflit (39-45). Comme dans les moments de grande douleur et de peur, notre petite île avait alors prié collectivement et avec ferveur afin que les Dieux des uns et des autres protègent Maurice des méfaits de la guerre. Comme ce maudit coronavirus, les sous-marins allemands et japonais n’étaient pas loin de nous. Indépendamment des Mauriciens qui s’engagèrent dans les armées anglaise et française et dont certains périrent les armes à la main, notre île fut épargnée des combats sur son sol. Beaucoup y virent là le résultat des intenses prières qui montaient inlassablement tous les jours vers le créateur. Aujourd’hui ici, comme ailleurs, une grande vague d’athéisme ou d’agnosticisme a balayé notre monde parfois de façon violente et souvent de façon moqueuse ou occulte. On se rend compte malgré tout qu’ici et là cet acte spirituel qu’est la prière regagne du terrain malgré les embûches de toutes sortes mais aussi à cause de ceux qui ne croient en rien parce qu’incapables d’élever leurs esprits au-dessus du matérialisme ambiant qui les empêche d’aller plus loin…

Sans pour autant parler de miracles on doit se convaincre que la prière est aussi une forme de consolidation spirituelle et physiologique capable d’éloigner le défaitisme, la peur et le désespoir devant l’adversité…

Alors mes amis, pourquoi ne pas lancer une grande campagne de prières publiques où toutes les religions (du latin ‘religare’ – qui relie l’homme à son dieu) invoqueraient la toute-puissance du créateur pour qu’il éloigne, ou atténue les effets de ce maudit virus comme du temps des sous-marins allemands et japonais…Si l’idée leur plaît, il faudrait que les responsables des grandes religions locales en prennent le leadership. Il est encore temps de se réunir en grand nombre avant que le virus touche éventuellement notre île et qu’on soit alors astreint à des règles sanitaires qui passeraient par l’interdiction des rassemblements. Mais nous n’en sommes pas encore là …