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Le spectre d’une pénurie de légumes plane actuellement sur le marché plane. L’absence de légumes sur les étals de marché pourra être l’amère réalité à laquelle il faudra faire face après le confinement sanitaire. Les prix des légumes ont déjà déraisonnablement pris l’ascenseur. Les Mauriciens sont appelés à commencer la culture des légumes avant que ces mauvais jours n’arrivent et à reveni à des activités d’antant autour du porager familial dans l’arrière-cour non encore bétonnée.

Même si l’assurance est donnée qu’il n’existe pas de pénurie de légumes sur le marché en ce moment, le président de la Small Planters’ Association, Kreepalloo Sunghoon, prévoit des difficultés d’ici à un mois et demi. « Nous sentirons cette pénurie de légumes d’ici un mois et demi », dit-il au Mauricien. Il ajoute : « Le fait que les planteurs n’aient pas le droit d’envoyer leurs travailleurs dans leur plantation de légumes sera la cause de cette situation. » Il avance que les planteurs, seuls, vont dans leurs champs pour travailler un peu.

Kreepalloo Sunghoon explique que les légumes, qui sont récoltés en ce moment, seront laissés à l’abandon. Il dit aussi noter que plusieurs champs sont déjà abandonnés. Selon lui, les planteurs ont aussi peur d’aller dans leurs champs à cause des voleurs. « Auparavant, les voleurs ne venaient pas car les champs étaient remplis de travailleurs », dit-il, et ajoute avoir demandé aux planteurs âgés de ne pas se rendre dans leurs champs. Le manque de travailleurs, dit-il, est l’un des facteurs qui entraîneront cette pénurie de légumes. Et d’avancer que les légumes dans les champs pourrissent et constituent un « grand manque à gagner » pour les planteurs.

Pour le président, le secteur agricole est « très sensible » et il fait ressortir que ce secteur vit des moments « difficiles » depuis un certain temps. « La situation s’est aggravée », dit-il catégoriquement, estimant que le gouvernement « n’a pas agi avec doigté dans la présente situation. « On aurait pu continuer de travailler dans les champs en respectant les consignes sanitaires », précise le président. Alors que certains Mauriciens se tournent vers la culture des légumes pour leur propre consommation, il regrette que les points de vente des semences, des pesticides et de fertilisants sont fermés et que personne ne veut comprendre cette situation. « D’autre part, les petits planteurs ne sont pas représentés au gouvernement mais que les grands noms », déplore-t-il. Pour lui, une solution existe pour que cette pénurie ne soit pas une réalité, mais il regrette que « personne au gouvernement ne veuille écouter les planteurs ».

Kreepalloo Sunghoon explique que les légumes sont abondants dans les champs. « A cause d’un manque de main-d’œuvre suite à l’annonce du confinement, le prix des légumes a augmenté. Il faut qu’on arrive à récolter tous les légumes pour que la population puisse en profiter. Ainsi, le prix diminuera », soutient le président. Il déplore que ce sont les acheteurs qui paient les pots cassés car, ajoute-t-il, « le gouvernement nous a refusé l’autorisation d’envoyer des travailleurs pour récolter les légumes et cela a brisé notre chaîne de distribution ». Selon le président, les planteurs envoyaient leurs légumes aux maraîchers du pays.

Depuis que ces derniers n’ont pas le droit de vendre des légumes, personne n’en profite. Malgré cette situation, il avance que les planteurs essaient tant bien que mal de récolter leurs légumes et les écouler sur le marché. « Ces légumes sont vendus de bouche à oreille, par téléphone ou sur les réseaux sociaux », dit-il. Il regrette que tous les légumes ne soient pas vendus et qu’une bonne quantité soit toujours stockée chez les planteurs. Il concède également que ce genre de situation « fait profiter des marchands malhonnêtes » qui achètent les légumes raisonnables mais qui en vendent à un prix exorbitant.

Alors que les marchands agissent ainsi, il note également que pour les légumes vendus par l’Agricultural Marketing Board, notamment la pomme de terre ou l’oignon, les consommateurs n’en trouvent pas facilement sur le marché. Kreepalloo Sunghoon fait ressortir qu’il a payé cher ces légumes alors que le prix est déjà réglementé. Il note également que cette situation de manque de légumes a créé un « marché noir », où les pommes de terre et l’oignon sont vendus cher. « Que feront ceux qui n’ont pas d’argent ? » demande-t-il aux marchands. Cette situation est là même dans les supermarchés, où un manque de pommes de terre et d’oignon est observée. Pour Kreepalloo Sunghoon, les points de vente de l’AMB ont la responsabilité d’aller en vendre aux supermarchés. Pour que cette tendance ne continue pas, il dit avoir envoyé une lettre au ministère de l’Agro-industrie pour qu’un suivi soit fait sur la quantité de tonnes de pomme de terre et de l’oignon distribuée à travers le pays.

Priorité à la plantation

La culture de légumes doit être la priorité chez les Mauriciens en cette période de confinement. Selon Eric Mangar, directeur du Mouvement pour l’Autosuffisance Alimentaire (MAA), les gens doivent bénéficier de moyens pour cultiver leurs légumes car la situation pourra empirer dans les jours à venir si les planteurs ne cultivent plus. Dans un moment pareil, il se demande combien des familles arrivent à cultiver leurs légumes chez eux dans un contexte, où il n’y a pas de légumes sur le marché. « La sécurité nutritionnelle devient aussi importante pour que les gens puissent être nourris convenablement », dit-il. A cause du capitalisme industriel, il constate que les Mauriciens sont coupés de leur environnement et mangent plutôt à la façon européenne. Il regrette qu’on ait « un manque de vision » à long terme sur l’utilisation des terres abandonnées.

Par ailleurs, il se demande si les grands pays, qui ont l’habitude d’aider Maurice dans des moments difficiles, arriveront à le faire étant donné qu’eux-mêmes sont en confinement. Pour parer à l’éventualité d’un manque de légumes sur le marché, il demande aux Mauriciens de cultiver ce qu’ils peuvent. Conscient que certaines personnes habitent dans des appartements et n’ont pas autant d’espace pour la culture, il leur demande de prendre de petits récipients et planter quelques légumes qui poussent vite pour ne pas souffrir dans les jours qui viennent.

(In)sécurité alimentaire…

La crainte qu’il n’y ait pas de légumes après cette période de confinement est aussi partagée par Anooradan Pooran, entrepreneure et présidente de l’association pour l’éducation des enfants défavorisés (Apeded). Constatant déjà l’absence de certains légumes et le prix exorbitant des légumes dans les supermarchés, elle croit que le problème de sécurité alimentaire pointe son nez.

Mais pour cette entrepreneure, le Covid-19 a permis aux Mauriciens de prendre conscience de l’importance de cultiver des légumes chez eux. « Les gens commencent à réfléchir que tout le monde peut planter n’importe où ils vivent. Il existe des moyens pour qu’on puisse cultiver des légumes », dit-elle. Anooradah Pooran, qui s’est déjà fait un nom dans le domaine médicinal, soutient que la plantation peut être faite de différentes manières. Pour elle, le manque de légumes sur le marché après le confinement sera réel mais demande aux Mauriciens de cultiver les légumes et d’arrêter de penser que ces derniers sont habituellement bon marché.

« Nous avons encore une dizaine de jours de confinement. Nous ne savons pas si cette période sera étendue, mais nous avons encore du temps pour commencer à planter », dit-elle. Des légumes qui poussent vite peuvent être plantés. Anooradah Pooran est d’avis que Maurice a réussi en quelque sorte sur la cause de la sécurité alimentaire mais il existe encore ceux qui ne s’en soucient pas. « Certaines personnes ne font qu’aller aux supermarchés et ont tout. Ils ne se préparent pas pour les moments difficiles », dit-elle.

En tant qu’entrepreneure dans le domaine médicinal, elle craint que les herbes médicinales qu’elle utilise pour la confection des différentes tisanes traitant des maladies spécifiques soient en manque dans les jours à venir. Elle avance n’avoir pas pu se rendre dans son usine depuis plusieurs semaines. Le stock de matières premières qu’elle avait gardé dans son usine est périmé ; elle craint qu’une valeur de Rs 200 000 de produits devra bientôt être mise à la poubelle.