À Maurice comme partout ailleurs dans le monde, la propagation du nouveau coronavirus (Covid-19) est suivie avec une grande appréhension. Vendredi après-midi, l’épidémie avait touché à des degrés divers quelque 50 pays. Quelque 83 700 personnes avaient été infectées alors que le nombre de victimes tournait autour de 2 859, dont le plus grand nombre en Chine. En Europe, l’Italie est le pays le plus touché, mais la maladie gagne du terrain en France et en Allemagne. En Afrique subsaharienne, qui a été préservée pendant longtemps, un premier cas a été observé vendredi.

Les pays de la région du sud-ouest de l’océan Indien, y compris Maurice, ont jusqu’ici été épargnés. Mais jusqu’à quand ? Après un bref moment de piétinement début janvier, les autorités mauriciennes ont pris conscience de la gravité de la situation et ont multiplié leurs efforts afin de faire barrière contre l’expansion de cette épidémie, quitte à créer des problèmes diplomatiques. Cela avait été le cas pour la mise en quarantaine des visiteurs en provenance de Corée du Sud, ce qui avait provoqué le déplacement de diplomates sud-coréens à Maurice pour rencontrer les autorités mauriciennes.

Le choix devant lequel 40 Italiens avaient été placés (soit la quarantaine, soit le retour) avait provoqué quelques signes de mécontentement en Italie, et s’est semble-t-il très vite dissipé. Même deux ressortissants américains s’étaient retrouvés à un certain moment dans le centre de quarantaine de Souillac. La requête des autorités américaines auprès du gouvernement mauricien pour permettre à un paquebot en provenance du Vietnam de faire escale à Maurice a été rejetée.
Il est bon que le gouvernement ait lancé cette semaine une vaste campagne d’information afin de préparer les Mauriciens à l’idée que, malgré toutes les mesures prises, Maurice n’est pas pour autant totalement protégée et que des précautions additionnelles doivent être prises. Le ministre de la Santé, Kailesh Jagutpal, a pour la première fois cette semaine fait comprendre que Maurice se prépare à faire face au pire. Et que pour parer à toute éventualité, 25 000 masques sont d’ores et déjà en stock.

Ce qui, en passant, est nettement insuffisant. Il a annoncé qu’un plan d’action national sera mis en place dans l’éventualité où un cas était détecté. Il faudra dans un délai le plus court possible établir la liste des personnes avec lesquelles le malade aurait été en contact durant une période donnée. Dans les milieux médicaux, on considère qu’il serait irresponsable à toute personne de garder le silence si, par accident, il avait été contaminé. Il est bon de savoir que des salles d’isolation ont été prévues dans tous les hôpitaux. L’arrivée ce week-end de plusieurs paquebots sera un moment délicat qu’il faudra gérer avec prudence.

Par ailleurs, le discours gouvernemental concernant le passage prochain au statut de pays à revenus élevés est pour le moment inapproprié, car l’inquiétude concernant l’avenir économique est palpable. La situation dans nos principaux marchés touristiques – comme la France, l’Italie et l’Allemagne – affectera l’industrie. La situation au niveau du secteur manufacturier n’est pas non plus encourageante. La baisse de 0,3% du PIB prévue par les autorités n’est pas plus optimiste.
Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a raison d’en appeler à l’unité des Mauriciens pour faire face à cette maladie. Toutefois, il faudrait pour cela que les conditions appropriées soient en vigueur à tous les niveaux, y compris au niveau parlementaire. Ce n’est pas des sessions parlementaires comme celle qu’on a vécue hier qui favorisera la création d’un environnement marqué de sérénité et de paix. Chaque leader de parti parlementaire, et surtout le Speaker, doit faire son examen de conscience. Alors qu’on s’apprête à entrer dans une période économique difficile, chacun doit « set its priority right ».