Jean Maurice Labour

La Commission Diocésaine Justice et Paix, représentée par le père Jean-Maurice Labour, aumônier, et Jean-Paul de Chazal, président, s’élève contre le recours à des lois d’exception dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Cette instance du diocèse de Port-Louis demande au gouvernement de « rectifier le tir » et de revenir à la table des discussions pour prendre note des « craintes » exprimées par la population.

« Cette démarche (de réformer des lois, ndlr) honore le rôle des autorités politiques en tant que législateurs et nous nous devons de le saluer et de le respecter. En même temps, nous ne pouvons mettre sous silence des sentiments que nous partageons avec la population : nous craignons que les lois d’exception que le gouvernement se propose de faire voter à l’Assemblée aujourd’hui génèrent dans la population une inquiétude qui pourrait déboucher sur une crise sociale de plus grande ampleur », note un communiqué officiel émis à cet effet hier après-midi en marge des débats à l’Assemblée nationale.

La Commission Justice et Paix regrette de plus « l’absence d’initiative » de dialogue et la précipitation avec laquelle le gouvernement veut faire adopter ces textes de loi « de cette ampleur touchant à la sécurité de l’emploi et à l’effondrement possible des entreprises, à l’équilibre de la dette publique et à la liberté des citoyens ». Elle demande ainsi « plus de temps pour évaluer les enjeux et un engagement de toute la nation ».
Les autres points d’appréhension portent sur « la rétroactivité des lois, amendes et période d’emprisonnement ; la non-nécessité de mandats délivrés par un magistrat pour la perquisition d’un domicile ou pour une arrestation; encore d’autres pouvoirs discrétionnaires donnés au Premier ministre et d’autres ministres » aussi bien que les pouvoirs étendus accordés à la police.

« Pouvons-nous nous payer le luxe d’un désaccord massif ou d’une incompréhension d’une large partie de la population alors que nous devons faire face à une crise sans précédent ? Quelle assurance avons-nous à propos de la durée des lois d’exception ? Combien de temps dureront-elles, car, en effet, la grande tentation serait qu’une fois adoptées, ces deux lois installent de nouvelles habitudes au sein de la conduite de l’économie, et qu’à la longue, les décideurs de ce secteur ne veuillent plus les perdre ? », se demande la Commission Justice et Paix.

Elle poursuit : « Les droits des travailleurs sont menacés par les facilités de licenciement qui seront données aux employeurs. Beaucoup sont angoissés devant une possibilité de perte d’emploi à n’importe quel moment. Comment accompagner ceux qui sont ou vont se retrouver sans emploi ou au chômage technique ? Nous entendons certains dire publiquement qu’il n’y a pas eu, au préalable, de concertation assez large pour penser ces ‘Bills’, tandis que d’autres craignent que ce soit surtout les Très petites entreprises (TPE), les Petites et moyennes entreprises (familiales surtout), les entrepreneurs plus modestes, etc., qui vont souffrir. » La Commission Justice et Paix lance donc un appel aux gouvernants pour faire remonter « les appréhensions de la société civile, entendre ses objections et pouvoir y répondre ». Elle conclut : « La chose la plus importante serait peut-être d’inspirer la confiance et l’espoir dans un avenir meilleur pour notre belle société mauricienne. »