Le confinement a été levé depuis le 15 avril à Rodrigues et à Agaléga, où aucun cas positif de Covid-19 n’a été enregistré. Conscients de l’impact qu’aura ce virus sur Maurice, Rodriguais et Agaléens s’inquiètent des répercussions qu’ils subiront. A cela se mêle la crainte qu’une personne infectée ne débarque chez eux.

Après 25 jours le confinement a été levé à Rodrigues et Agaléga. Mais le retour à la normale semble compliqué. Des craintes subsistent quant aux répercussions du Covid-19 sur leurs îles. Et qu’adviendra-t-il si une personne infectée débarque chez eux à l’ouverture des ports et aéroports ? A Rodrigues, dont l’économie dépend énormément du tourisme, l’impact du Covid-19 se fait déjà ressentir. L’artisan Gabriel Azie évoque “une ambiance très morose où nous sortons toujours par nécessité”. Plus loin à Agaléga, “on sort et on travaille mais cela ne nous empêche pas d’avoir l’esprit troublé”, relate Paulette Marina.

Récession.

Rodrigues est “plus qu’à genoux”, prévient Christian Léopold, porte-parole d’une association de tourisme. En effet, le directeur du restaurant Le Pandanus explique : “C’est uniquement le couvre-feu qui a été levé. Nous sommes nombreux à nous retrouver sans travail. Personne n’est en mesure de savoir si le tourisme reprendra. Samem leker ek poumon Rodrig. Il faut être honnête et se dire que nous sommes déjà en récession. On ne peut même plus parler d’économie ici. L’État mauricien et l’Assemblée régionale de Rodrigues ne cessent de se renvoyer la balle. Nous en pâtissons. Sans soutien, impossible de nourrir un soupçon d’espoir.”

A Agaléga, la situation semble “sous contrôle” : il y a des stocks de nourriture en réserve et aucune difficulté ne se fait ressentir pour l’instant. Les Agaléens ne demeurent pas moins sur leurs gardes. « D’ici quelques temps l’île subira les conséquences du virus car nous dépendons de Maurice. Si là-bas les choses vont mal, cela nous atteindra même indirectement”, soutient Paulette Marina.

Craintes.

D’autre part, malgré la mesure de “no passenger, only cargo” en vigueur, les Agaléens sont conscients que des résidents, travailleurs indiens et autres officiers gagneront bientôt leur archipel. Sans un centre de quarantaine, une équipe médicale formée et des équipements de protection, les habitants se sentent “très exposés au danger”.

En attendant, une campagne de sensibilisation a été lancée dans l’île. “Je suis reconnaissante envers les docteurs et officiers qui tiennent des réunions pour nous sensibiliser”, souligne Paulette Marina. Toutefois, “quand on voit que le virus s’est propagé malgré les précautions et équipements de protection existant ailleurs, j’ai très peur pour nous. Sirtou ki nou pena tou bann ekipman isi.”

Le Covid-19 met également en suspens le développement des deux îles. “Kan gouverna pou komans ser sintir dan Moris, eski zot pou koup bann finansman dan Agaléga ?”, se demandent des Agaléens. “Les différents projets de construction ne vont-ils pas s’arrêter? Zot pou get pou zot avan get nou”.

Enn gran lamizer

Quarante-sept ans qu’il exerce le métier d’artisan avec des hauts et des bas surmontés jusqu’à présent. Mais aujourd’hui, Gabriel Azie est contraint de retourner vers la terre pour nourrir sa famille. “Je me sens dépassé. Je me retrouve sans clients et j’ai puisé de toutes mes réserves pour payer les femmes qui travaillent avec moi. J’ai toujours travaillé sans relâche et je n’ai jamais demandé l’aumône à l’État. Mais nous avons besoin d’aide et l’État doit prendre en considération que nous avons toujours participé au développement du pays. Il nous est impossible de nous relever surtout que le gouvernement ne nous accorde plus de Wage Assistance Scheme.”

Le présentation du budget de l’Assemblée régionale de Rodrigues est très attendue. Initialement prévu pour le 27 mars, il devrait être dévoilé le 30 avril. Tout comme Gabriel Azie, Christian Léopold compte sur “un vrai plan de sauvetage”. Et d’ajouter : “Ce n’est pas en nous donnant des facilités d’emprunt que notre situation s’arrangera. Nous avons déjà des dettes à payer et d’autres coûts à régler. Il est urgent de revoir les choses avec des aides concrètes et basées sur la réalité de la vie. Biento, nou pou resanti enn gran lamizer. Les commerces se vident, et même si les Rodriguais ont la réputation d’être résilients et débrouillards, cette fois, la situation est grave. Nous avons le sentiment d’avoir été lâchés en pleine nature.”