En analysant les résultats du Certificate of Primary Education (CPE), mercredi dernier, le ministre de l’Éducation, Vasant Bunwaree a eu deux réactions. En premier lieu,  il s’est dit satisfait. Pour cause, la réforme pour laquelle il s’est battu a, dit-il, porté ses fruits. Cette réforme dans le secteur primaire, qui aurait été bénéfique aux élèves qui ont décroché leur certificat, comprend principalement leEnhancement Programmeet le projet Sankoré. Résultat: les 18 223 first-timersde 2013 ont mieux travaillé que les 18 015 candidats de 2012. Le pourcentage de réussite est ainsi passé de 76.44% en 2012 à 77.48%, cette année. Mieux encore, les résultats de 2013, selon les statistiques du Mauritius Examinations Syndicate(MES), sont meilleurs que ces 7 dernières années. Mais pendant que le ministre jubile, la commission de l’éducation du MMM remet en question la nouvelle stratégie déployée par le ministère et le MES visant à présenter des statistiques en faveur de taux de réussite ascensionnel “pour masquer la réalité.”Pour la commission, le pourcentage de réussite de 77.48% relève de la légère hausse en nombre de first-timers cette année, du départ des repeatersdans le prévocationnel et la comptabilisation des résultats de ces derniers séparément La commission  explique le taux de réussite (46.41% cette année contre 40.6 % en 2012) amélioré de la ZEP par le départ de nombreux élèves du secteur, toujours pour le prévocationnel. D’ailleurs, le nombre de candidats de la ZEP est passé de 1867 en 2012 à 1571cette année.
Et deuxième réaction du ministre, il n’a pas caché son désarroi face à un constat – que tous savent depuis longtemps: la performance des enfants a révélé que bon nombre d’entre eux ont des difficultés à maîtriser l’anglais. D’ailleurs, des 1779 candidats qui prendront part à l’examen de rattrapage vendredi prochain, 992 ont échoué en anglais. Cet handicap n’est pas sans impact dans les matières comme les mathématiques, les sciences et l’histoire/géographie. Pour remédier à cela et améliorer la qualité des résultats en mathématiques et histoire/géographie, le ministre Bunwaree a annoncé une mesure on ne peut plus surprenante: l’introduction de questionnaires bilingues au CPE 2014.  
S. Tengur, GHTU: “Additional burden on our children”
La  possibilité d’introduire des questionnaires de mathématiques et sciences, rédigés en anglais et en français, a soulevé plus de réflexions et d’interrogations que des réactions approbatrices. Même que l’intention du ministre Bunwaree a étonné plus d’un dans le secteur éducatif. À ce stade, on ne connaît pas encore les modalités de cette mesure. “Le ministre n’a  jamais travaillé dans une salle de classe. Il ne sait, sans doute, pas qu’il y a d’autres moyens pour rehausser le niveau des enfants en anglais”, dit Vinod Seegum, président de la Government Teachers’ Union (GTU). Pour sa part, Suttyhudeo Tengur, président de la Government Hindi Teachers’ Union(GHTU), s’interroge d’abord sur la nature du problème. “Pouvons-nous nous baser uniquement sur le taux d’échec en anglais pour dire que nous avions compris d’où vient le problème? Si un enfant réussit en mathématiques, mais échoue en anglais, on ne peut attribuer son échec et ses difficultés qu’à la langue anglaise. Il faut situer la source du problème. Est-ce que les enfants ne maîtrisent pas la grammaire, le vocabulaire, la compréhension? Y a-t-il eu une étude dans ce sens? Je crois qu’il faut d’abord cerner le problème avant de proposer des solutions. Y a-t-il eu une étude démontrant que des questionnaires bilingues résoudront l’échec en anglais?”
Les solutions, affirme Vinod Seegum, résident dans les classes de rattrapage, l’allègement du curriculum, la révision du pupil-teacher ratio.Abordant les solutions, Suttyhudeo Tengur pose une autre question: “Qu’a fait le ministère de l’Éducation pour améliorer la maîtrise de l’anglais par les écoliers?”En ayant recours au français, dit-il, un autre problème surgira: la compréhension de la langue.“Will our children need to know that right angle is angle droit? Square root is racine carrée? Is it not an additional burden on our children?”, se demande le président de la GHTU. Et celui de la GTU de se demander: “Quid de l’histoire-géographie?”
Pour passer aux questionnaires bilingues, une préparation s’impose. Notamment, la traduction du matériel: manuel et autres supports, le mode d’enseignement des matières par des enseignants habitués à l’utilisation de l’anglais et du kreol. Hormis l’aspect technique de la question, il faudrait aussi se demander si, après 5 ans d’apprentissage des matières en langue anglaise, les enfants qui passent à la 6e année du cycle primaire sont psychologiquement aptes à aborder une telle transition!