Ils jouent d’un instrument de musique, et en fabriquent également. Ces artistes ont appris à confectionner les instruments qui leur procurent tant de bonheur. Nous avons rencontré Marclaine Antoine, Rodoman, Toto Louison et Menwar, qui nous font découvrir certains de ces objets parfois insolites.
Ils ont une passion en commun : les instruments de musique. Ils en maîtrisent les rouages et en jouent parfaitement, mais s’attellent également à les fabriquer eux-mêmes. Marclaine Antoine, qu’on ne présente plus, souligne qu’il fut une époque où les Mauriciens n’avaient pas accès aux instruments fabriqués à l’étranger. Il fallait donc les façonner localement. C’est ainsi que s’est développée une certaine expertise locale dans le domaine.
Luthier.
Toto Louison en a fait un de ses gagne-pain pendant plus de 25 ans. Aujourd’hui encore, à l’âge de 62 ans, il partage sa vie professionnelle entre son activité de musicien d’orchestre et celle de luthier. Vous l’aurez deviné : il fabrique principalement des instruments à cordes. Guitares, violoncelles, contrebasses ou encore mandolines prennent forme dans son atelier. Mais il faut savoir que Toto Louison sait également confectionner des instruments à vent : trompettes, clarinettes ou saxophones.
Lorsque nous l’avons rencontré, il travaillait sur plusieurs instruments à la fois, notamment une contrebasse presque terminée, une mandoline et une guitare électrique. “Cela requiert de la patience. Fabriquer un instrument prend du temps. Depuis ma tendre enfance, j’aime bricoler. J’avais déjà une notion de ce qu’il fallait faire, et j’ai consulté plusieurs livres consacrés à la fabrication d’instruments de musique pour me perfectionner”, confie-t-il.
Imagination.
Marclaine Antoine s’est intéressé principalement aux instruments traditionnels provenant de certains pays africains, de Madagascar, des Seychelles ou encore des Chagos. Outre la ravanne et la maravanne, il s’est mis à en fabriquer d’autres. “Beaucoup d’instruments originaires de ces pays ont apporté de la couleur à la musique mauricienne. Même si, de nos jours, les artistes ont tendance à les mettre de côté”, souligne-t-il.
Dans sa demeure, un escalier fait office d’étagère pour de nombreux instruments, les uns plus insolites que les autres, qu’il a lui-même confectionnés. Bob, zez, coco, krapo, blok, mayosh ne sont que des exemples. “Ce n’est pas difficile. Avec un peu d’imagination, nou fer enn lamok ou de bout dibwa vinn enn instriman. Pour fabriquer un instrument, il faut savoir en jouer”, dit-il.
Rodoman s’est également mis à fabriquer ses propres instruments par le passé. Karimba, güiro, djembé et autre flûte de pan sont à mettre à son actif et font partie de ceux dont il joue.
Créativité.
Comme eux, Menwar est constamment à la recherche de nouveaux sons. Ce n’est guère une surprise lorsqu’on connaît son style, le sagaï, qui est imprégné de sonorités produites par des instruments uniques, les uns plus étonnants que les autres. Menwar sait reproduire des instruments originaires de certains pays d’Afrique, mais il en a aussi inventé quelques-uns. C’est avec une certaine fierté qu’il nous présente un instrument qu’il surnomme pistas ou danseuse, confectionné à base de coques de pistache malgache, rattachées les unes aux autres par du nylon et qui entourent une sorte de baguette en peau. “Il reproduit le son du vent caressant les feuilles. J’ai eu l’idée de concevoir cet instrument en mangeant ces pistaches alors que j’étais en France. J’ai vu que les graines faisaient un bruit intéressant quand elles s’entrechoquaient. Il fallait juste trouver un moyen d’en rattacher une quantité suffisante pour arriver au son désiré.”
Lardwaz komik.
Pour ces dénicheurs de sons, chaque objet peut se transformer en instrument de musique. Marclaine Antoine nous en donne la preuve en produisant un rythme intéressant rien qu’avec deux cuillères mises dos à dos, qu’il fait se cogner l’une contre l’autre en les tapant sur sa jambe. Menwar en fait de même avec ce qu’il surnomme lardwaz komik. Il s’agit d’une feuille de plastique dur qui, dès qu’elle est cintrée, produit un son presque similaire à celui d’une scie égoïne lorsqu’elle est cintrée également. On peut d’ailleurs entendre ce son particulier dans le morceau Mélodie la mer.
Manque d’intérêt.
Certains de nos interlocuteurs déplorent le manque d’intérêt des Mauriciens pour les instruments qu’ils confectionnent. C’est le cas de Rodoman, qui avoue d’ailleurs ne plus en fabriquer. “Jamais un Mauricien n’est venu vers moi, ne serait-ce que pour poser quelques questions sur les instruments que je fabrique. Je n’ai pas pu vivre de mon art”, regrette-t-il. “Ces instruments auraient pu beaucoup apporter à la musique mauricienne”, ajoute-t-il.
Comme un écho à Rodoman, Marclaine Antoine déplore que les sonorités particulières des instruments traditionnels disparaissent peu à peu. “Sa bann linstriman-la pa tro prize, linn sorti net dan nou sega. Se sa ki ti donn nou sega enn lot kouler.”