L’homme de théâtre Rowin Narraïdoo présente en avant-première mardi soir, au Rabindranath Tagore institute, à Ilôt, une pièce qui traite du moment le plus important de l’histoire contemporaine mauricienne. Away from Lancaster house est la première pièce de théâtre d’Aanas Ruhomaully. Cet ingénieur environnemental s’est récemment distingué avec le recueil de nouvelles Longanis, saser, korbo ek lezot ti zistwar, qui a remporté le prix littéraire décerné par la Kreol Speaking Union. Il a également publié le roman en français La constellation du tournevis en 2010. Away from Lancaster house tente de restituer l’atmosphère et les conditions dans lesquelles les négociations pour l’Indépendance se sont déroulées.
Cette magnifique demeure de la Lancaster House se situe non seulement au coeur de Londres, jouxtant Buckingham Palace et Green park, mais aussi au coeur de l’actualité politique britannique… Géré par le ministère des Affaires étrangères et du Commonwealth, ce lieu stratégique accueille les négociations les plus sensibles. Et celles de l’Indépendance de Maurice, contre laquelle s’étaient élevés quelque 48% de la population, faisant de ce pays un des rares à ne pas profondément désirer cette émancipation, l’étaient d’autant plus que le gouvernement colonial en attendait une contrepartie d’une importance stratégique cruciale…
L’auteur a donc créé ses personnages en s’inspirant de ceux impliqués dans ces tractations, du Premier ministre britannique Harold Wilson et ses différents collaborateurs (Greenwood, Rennie, Poynton, Wright, etc) aux représentants et membres de la délégation mauricienne, Seewoosagur Ramgoolam et ses 12 collaborateurs. Basée essentiellement sur le jeu de ces personnages et dépouillée de décors et costumes rutilants, cette pièce est à entendre comme une satire. Elle souligne, nous dit-on, le cynisme et la cruauté du gouvernement britannique ainsi que les querelles intestines, la profonde méfiance et, même, le racisme des membres de la délégation mauricienne. Aanas Ruhomaully nous explique que la question des Chagos est le principal thème de cette pièce, qui insiste sur le mépris avec lequel la population chagossienne a été traitée et le fait qu’elle n’ait même pas été consultée sur son sort… « Il faut aussi s’imaginer en 1965, nous dit-il, à trois ans de l’Indépendance, dans un contexte qui verra aussi naître les bagarres raciales. Ce qui se disait en public était vraiment dur, le langage était cru, souvent à caractère raciste. »