L’idée de faire connaître le poème d’Alain Fanchon Ti bato papyé à travers le monde, avec une traduction en 54 langues,  a été lancée par l’agence Immedia et l’association militante Ledikasyon Pu Travayer. Le mouvement ainsi initié pourrait d’ailleurs continuer son chemin d’ici la sortie de l’ouvrage en septembre. Ainsi pourrons-nous nous amuser à imaginer le son de ce poème dans une multitude de langues, des plus pratiquées aux plus rares… Il existe également en braille ainsi que dans le silencieux langage des signes mauricien.
Ti bato papyé sera publié en septembre prochain dans au moins 54 versions dont une enregistrée sur CD, une en langue des signes et une autre en braille. Si l’appel avait été lancé pour quarante-six traductions en lien avec l’anniversaire de l’Indépendance, les initiateurs de ce projet ne se limiteront pas à ce chiffre puisque la réaction a dépassé leurs espérances. « Nou gagn 46 plis plis », se réjouit Rama Poonoosamy pour illustrer la situation, précisant qu’il existe même une version dans la langue internationale que voulut être l’espéranto. Aussi le responsable de l’agence Immedia a-t-il insisté sur l’importance de la traduction des textes pour mieux toucher les lecteurs à travers le monde, en évoquant l’anecdote d’une personnalité rencontrée à Abu Dhabi qui lui a précisé mieux ressentir la portée de ce texte dans sa version arabe plutôt que dans sa version anglaise qu’elle parle pourtant couramment.
La poésie, comme la musique des mots, parle au coeur et ce court poème d’Alain Fanchon avait été remarqué très tôt, puisqu’il a remporté le premier concours littéraire lancé par Ledikasyon Pu Travayer en 1988. Ces traductions en chaîne, qui ont été faites le plus souvent à partir de la version anglaise, sont aussi parfois issues d’autres langues internationales, ou se sont faites entre langues voisines sur les plans géographique ou linguistique. Alain Ah Vee considère qu’il s’agit d’un événement inédit pour la poésie créole mauricienne d’avoir ainsi suscité autant de traductions en si peu de temps. Aussi relève-t-il qu’une version a même été transcrite d’une langue qui ne se pratique guère qu’oralement, le garieb, une variété d’afrikaans qui se parle en Namibie et au nord du Cap. « Se enn poem ki tou deswit rememor nou lanfans. Ninport kot sa nou ete, enn bato papye revel bokou kiksoz… » Ainsi outre les grandes langues internationales que sont l’espagnol, le français, le chinois, le portugais, l’allemand, l’arabe, l’hindi ou le russe etc., Ti bato papye existe aussi en finois, en alsacien, en estonien, en catalan, en urdu, grec, gikuyu, xhosa, japonais, dans les créoles de Haïti, des Seychelles et de la Réunion, en tagalog (Philippines), en tamoul, télégou ou marathi, en suédois, polonais ou bahasa (Indonésie), entre autres. Rama Poonoosamy voit bien ce livre entrer dans toutes les bibliothèques et ambassades mauriciennes et se laisser feuilleter ici et là comme « coffee table book » …