C’est au nord de Port-Louis, à partir d’une jonction de routes située à Bois-Pignolet, que l’on emprunte l’unique voie d’accès qui mène vers la vallée de Crève-Coeur, qui se situe au pied de la grande chaîne de montagnes qui comprend, entre autres, le Pieter Both, les Deux Mamelles, la montagne Calebasses et la montagne “Zaco”. Ce lieu d’habitation est réputé pour sa production agricole.
En dépit de sa topographie montagneuse, Crève-Coeur vit au rythme du développement actuel, la localité étant dotée de facilités infrastructurelles telles que chemins asphaltés et pourvus d’éclairage nocturne, bâtiments d’utilité publique pour le bien-être social de la population, un terrain de football digne de ce nom, un pont tout neuf sur un tronçon de route et baptisé “Pont Pieter Both”, etc. La localité est aussi desservie par le service du transport en commun à intervalles réguliers.
L’on remarque que les habitants sont logés dans de beaux bâtiments et que de grandes étendues de terre sont consacrées à l’agriculture. On y plante un peu de tout : des plantes potagères, des condiments, des fleurs et de la canne à sucre.
Depuis quelques décennies, l’on y prend goût à suivre avec intérêt l’évolution des jeunes dans le monde de l’éducation et, à ce sujet, voici le témoignage de M. Ghoorah : « D’une manière générale, on peut dire que les immigrants indiens des trois premières générations se sont entièrement dévoués au travail de la terre en vue de se faire une place au soleil. Par la suite, au village, tout le monde a fini par comprendre que la réussite sociale s’obtient à travers la persévérance dans le monde de l’éducation et, à partir de là, chaque chef de famille a commencé à encourager ses enfants à faire des efforts pour réussir dans leurs études secondaires et tertiaires, quitte à négliger le travail de la terre. Avec le résultat que, à présent, bon nombre de citoyens de notre village font carrière dans des emplois à caractère professionnel. Cela dit, au cas où ils sont les heureux propriétaires d’un terrain agricole, celui-ci est loué à des planteurs d’ici ou ceux venant d’ailleurs. »
Aujourd’hui, dans tout le village, on suit de très près l’évolution de la construction de l’autoroute de Terre-Rouge vers Verdun car ce développement majeur à venir permettra à Crève-Coeur d’être directement relié au nord et à l’est de l’île par de nouvelles constructions routières, ce qui apportera un changement bénéfique pour tous. Actuellement, on dit, ici, que Crève-Coeur est un endroit « fermé » puisque l’unique route qui y conduit meurt au pied de la montagne.
Dans l’arrière pays, sur le flanc de la colline et au milieu des broussailles, un sentier piéton soigneusement aménagé, doté d’une longue suite de marches en béton, relie Crève-Coeur au village voisin de Malinga. L’escalade en vaut la peine…
Binesh Dhunnoo, la soixantaine, planteur de son état, vient de mettre fin à une longue carrière de 40 ans en tant que conseiller au sein du conseil de village. C’est grâce à sa bienveillance, qui s’est manifestée d’une manière spontanée, que nous avons eu la chance d’être véhiculés, à travers les champs de cannes, jusqu’à un coin isolé du village pour y visiter un temple hindou datant du XIXe siècle et construit par les premiers immigrants indiens.
Ce temple, nous dit-il, représente un symbole charismatique pour la population du village et, en conséquence, son intérieur conserve toujours son cachet d’autrefois même si ses quatre murs ont été restaurés. L’on y souhaite que les générations actuelles et celles de demain puissent s’en inspirer en vue de se façonner un avenir encore meilleur. Le temple est très fréquenté à l’occasion des grandes fêtes religieuses comme le Maha Shivaratree.
Le fameux “Bassin Loulou”, lui, est un réservoir situé presque à l’entrée du village et dont l’eau sert à alimenter la localité voisine de Montagne-Longue. L’imagination populaire lui aurait attribué cette appellation insolite car comme il est entouré d’un mur d’eucalyptus, sa partie intérieure est toujours plongée dans l’obscurité.