Deux adolescents, soit une étudiante, D.G., âgée de 13 ans, fréquentant un collège confessionnel de l’île, et un jeune de 16 ans, habitant Boolell Road, Melrose, se retrouvent aux premières loges dans l’enquête sur le meurtre de Stellio Benjamin Coralie, 59 ans. La victime avait été découverte nue dans une mare de sang le 28 mars dernier dans un appartement qu’il louait depuis trois mois dans le complexe de la National Housing Company Limited de Melrose. Jusqu’au week-end dernier, les limiers du CID de Quartier-Militaire menés par le surintendant Ramgoolam soupçonnaient une présence féminine, outre celle des agresseurs sur les lieux du crime au moment des faits.
Mais aucun des enquêteurs mêmes les plus aguerris aurait pris le pari qu’une étudiante de 13 ans, habitant le même complexe, allait être la star witness de cette sauvage agression commise par un groupe de jeunes animés par un esprit de vengeance. Pourtant, le téléphone cellulaire de Stellio Benjamin Coralie allait livrer ses secrets après examen par des spécialistes de l’IT Unit de la police. Des messages de nature parfois osée et salace confirmant des relations étroites allaient mener directement à cette collégienne et le témoignage de celle-ci allait permettre à la police d’élucider un crime qui, à première vue, a donné du fil à retordre à plus d’un.
Lundi dernier, l’inspecteur Lollmun s’était vu confier la tâche ingrate de procéder à l’audition de cette adolescente en présence de sa mère. Confrontée aux preuves de ses relations assidues avec la victime, elle devait se soulager de ce secret qui la hantait depuis la soirée du 24 mars. Comme elle avait pris l’habitude depuis le début de l’année avec Stellio Benjamin Coralie, ce Mauricien rentré après un long passage en Grande-Bretagne aménageant dans le complexe de la NHDC, elle s’était rendue au Block E 01.
Les deux visionnaient des films pornographiques sur l’ordinateur portable du quinquagénaire. Ensuite, ils passaient à l’action. « Bolom dir anou fer kouma film », confirme la jeune fille lors de son interrogatoire. Jusqu’à ce samedi 24 mars, ils n’avaient éprouvé aucune raison de se sentir épiés lors de ces escapades illicites et aucune nécessité de se tenir sur leurs gardes.
Pourtant, depuis quelque temps déjà, Jérôme Létourdi, âgé de 27 ans, Pest Controller, habitant la route Royale Melrose et dont les parents avaient loué l’appartement à Stellio Coralie, était mal à l’aise devant les relations entre l’étudiante et son locataire. Lors de la première partie de la soirée du 24 mars, Jérôme Letourdi s’était retrouvé en compagnie de Stephan Letourdi, 21 ans, maçon de son état, Shyam Adil Koonjun, 24 ans, laboureur, Vinesh Bandhoo, 27 ans, maçon, et d’un adolescent de 16 ans. Ils avaient consommé de l’alcool pour tuer le temps.
Puis, vers 23h30, l’attention de Jérôme Letourdi fut attirée par la lumière pas encore éteinte au premier étage de l’appartement occupé par Stellio Coralie. Selon la version des faits consignée par le suspect Shyam Adil Koonjun, qui a participé à une reconstitution des faits sous forte escorte policière dans la journée d’hier, le meurtrier présumé Jérôme Letourdi aurait signifié son intention de passer à l’action si jamais la jeune fille se trouvait dans l’appartement en compagnie du quinquagénaire.
« D. pe kas poz ar Stellio ? Si li laba, Stellio pou gagn enn-dé klak ar mwa », aurait laissé échapper Jérôme Létourdi, qui était visiblement hors de lui car il avait toujours entretenu des visées sur la jeune fille. Pendant quelques instants, il s’interroge sur le meilleur moyen d’avoir accès à l’appartement en vue de les surprendre.
Connaissant parfaitement bien l’intérieur de l’appartement, Jérôme Létpourdi devait décider d’y pénétrer en passant par une fenêtre au premier étage. Une fois sur place, il s’engagea dans l’escalier pour se rendre au rez-de-chaussée, où Stellio Coralie et l’étudiante complètement nus étaient en pleins ébats.
Toujours dans la journée d’hier, la jeune fille, accompagnée d’une policière, a confirmé les détails de sa déposition en indiquant aux enquêteurs l’endroit où elle se trouvait quand les cinq avaient fait irruption dans l’appartement. En se retrouvant presque face à face avec Stellio Coralie en position des plus compromettantes, Jérôme Letourdi, fou de rage, aurait lâché : « Samem to loué mo lakaz ek pou fer sa bann zafer-là ! » Le tout était accompagné d’une bordée d’insultes et de jurons.
La jeune fille était tétanisée de frayeur par la tournure des événements avec son compagnon, quasiment impuissant, assommé de coups les uns plus violents que les autres. Entre-temps, les autres étaient venus prêter main-forte à leur camarade pour administrer une correction à la victime. Dans sa déposition initiale, elle avait révélé l’identité des cinq agresseurs sans aucune difficulté.
« Zot finn pil so latet ar miray. Jérôme finn pousse li kot leskalier », devait-elle poursuivre en confirmant que dans un premier temps les assaillants auraient traîné la victime au premier étage avant de la redescendre.
« Zot finn kontinyé batte li. Ene kout, mo finn trouv disan sorti depi so labus », ajoute la collégienne qui profitant, du désordre,  se rhabilla pour évacuer les lieux le plus discrètement possible. La dernière image qu’elle retiendra de cet horrible épisode est celle de Jérôme Letourdi bâillonnant la bouche ensanglantée de Stellio Coralie, littéralement sans vie.
En effet, les policiers, avertis le 28 mars au matin par des voisins quant à des odeurs pestilentielles émanant de cet appartement, ont relevé sur les lieux du crime que la bouche de Stellio Coralie était bouchée avec un bout de tissu en jeans tâché de sang. Ils avaient également relevé un autre bout de tissu rempli de sang sur le plancher tout près du bras droit de la victime.
De ce soir du samedi 24 jusqu’à lundi denier, D.G. aura gardé pour elle les détails du meurtre de ce voisin qu’elle avait rencontré en début d’année et avec qui elle avait tissé des relations des plus intimes au point de coucher avec lui en pas moins de trois occasions pour de l’argent ou encore de la confiserie. Une façon de gagner la confiance et d’acheter le silence de l’adolescente, qui avait été attirée initialement par la bicyclette du quinquagénaire.
De son côté, probablement pris de remords, Jérôme Létourdi est passé aux aveux quant aux faits dès son arrestation par les limiers du CID de Quartier-Militaire. Dans les grandes lignes, ses confessions correspondaient aux détails fournis par la jeune fille à la police. D’ailleurs, il ont pris part à un premier exercice de reconstitution des faits dès mercredi.
Son jeune frère Stephan Létourdi est également passé à table lors des séances d’interrogatoire au cours de la semaine. Il était retourné sur les lieux du crime dans la journée d’hier. Un troisième suspect, Shyam Adil Koonjun, a également collaboré avec la police après avoir rejeté dans un premier temps les allégations portées contre lui. Les deux autres suspects maintiennent catégoriquement qu’ils sont innocents dans cette affaire malgré leur présence alléguée sur la scène du crime au moment des faits.
Les cinq suspects, qui sont en détention policière, ont été inculpés provisoirement de meurtre. D’autre part, après la comparution des suspects en cour mardi dernier, les limiers de la CID de Quartier-Militaire devaient être saisis d’une tentative de perverting the course of justice avec des hommes de loi dans le collimateur. Après une private interview avec son homme de loi, l’un des suspects devait faire comprendre aux policiers qu’il avait été approché pour modifier complètement ses confessions faites de son propre gré précédemment. Il n’était pas d’accord avec cette stratégie de défense.
Une enquête a été confiée au Central CID en vue de faire la lumière sur ces allégations en vue de remettre en question les conclusions de ce dossier de meurtre alors qu’un des avocats s’est désisté dans cette enquête.