La violence inouïe qu’a connue notre pays ces derniers jours en termes de crimes atroces interpelle tout un chacun. Nul ne peut prétendre rester insensible à une telle dégradation des moeurs. Quatre crimes crapuleux sur des femmes commis en l’espace d’une dizaine de jours. L’une d’elle a été mutilée, même après sa mort, au grinder. Du jamais vu ou entendu. Des enfants, témoins impuissants de la folie meurtrière des adultes, des enfants marqués à jamais. Les agressions envers les femmes se multiplient en dépit des campagnes en faveur du gender equality. Cette descente aux enfers effraie.
Notre île, autrefois considérée paradisiaque, ne doit pas être sous l’emprise de tant de violence. Les couples s’entre-déchirent. Les relations amoureuses se dégradent subitement pour se transformer en haine viscérale, résultant en des crimes atroces. Les couples se séparent aussi rapidement qu’ils se forment, avec presque pas de préparation au mariage et à la vie à deux. Aucun respect pour son partenaire, avec des insultes pleuvant à chaque petit anicroche, se terminant en bagarres et crimes. Attaques à l’acide et coups de couteaux, on se croirait dans des films d’horreur. Cette multitude de crimes risque de créer une psychose parmi les femmes et les enfants, ce qui serait néfaste pour notre société. Les causes de cette dégradation sont multiples et les débats dans les médias font rage. Mais beaucoup passent à côté de la plaque. Pourtant des solutions existent en amont. La seule solution reste l’Education des valeurs : obligatoire et examinable, si besoin est.
Ainsi, depuis des décennies, des problèmes sociétaux aigus continuent à plomber l’évolution de la société mauricienne. L’accent est davantage mis sur des considérations pécuniaires que sur les impératifs moraux. Un déficit dans l’éducation des valeurs a résulté, comme attendu, en une dégradation totale des moeurs.
Rétrospective
Nous sommes en 1989. Le ministre de l’Education d’alors, Armoogum Parsooramen, a vu juste. Il préconise l’enseignement des valeurs humaines à tous les élèves. L’Academy of Human Values de feu Dr Ramnauth est sollicité pour chapeauter ce projet fort louable. M. Maywah, aujourd’hui recteur du Bhujoharry College, un proche ami à moi, collabore pleinement en écrivant des histoires/anecdotes sur les Human Values. Une compilation en plusieurs volumes. M. Maywah me rapporte les livres, et je lui fais part que cela ne fonctionnera pas. Que l’EHV sera broyé par la machinerie du CPE et connaîtra le même sort que d’autres “non-examinable subjects”. Il ne semble pas être d’accord. Je lui dis que je connais la réalité de l’école primaire et que cet aspect de l’enseignement primordial sera jeté aux oubliettes. La dure réalité est que les parents ne voudront pas que l’enseignant se consacre à l’enseignement des valeurs ou autres en négligeant l’aspect académique dans un système hypercompétitif.
M. Maywah suggère donc que nous rencontrons le ministre Parsooramen. Je fais une proposition au ministre : faites que l’enseignement des valeurs humaines se fasse lors de l’assemblée du matin pendant quinze minutes quotidiennement par un ou un groupe d’enseignants qui auront fait des recherches, par le biais de Power Points entre autres supports ! En vue de la réussite effective de cette initiative fort louable, voire essentielle, le ministère s’engage à payer une allocation à chaque enseignant qui se porte volontaire. Je suggère la somme modique de Rs 100 mensuellement par enseignant (à l’époque). Le ministre n’a pas considéré la proposition et l’enseignement des valeurs a été voué aux gémonies. Cette absence de l’enseignement des valeurs durant les 25 dernières années a eu un impact considérable dans la société. Si seulement on avait investi dans ce créneau primordial, la société mauricienne aurait été tout autre. Mais il n’est pas trop tard pour se ressaisir et bien faire. Il faudrait sérieusement envisager à prendre le taureau par les cornes, discuter avec les syndicats pour une mise en oeuvre douce de cette initiative et rechercher le soutien des ONG dotées d’expérience en la matière, dont le HOPE.
Ce n’est qu’à cette condition que nous serons en mesure de lutter contre la recrudescence de violence et autres crimes atroces au sein de notre société.