Le leader du MMM estime que la loi actuelle interdisant l’avortement dans n’importe quelle situation, qui date de 1838, est devenue « archaïque ». « Le statu quo n’est tout simplement plus possible », a déclaré Paul Bérenger qui votera pour le projet de loi. Les députés de son parti, a-t-il cependant souligné, auront la liberté de voter d’après « leurs convictions ». « Nous vivons un moment historique et solennel qui exige respect mutuel et ouverture d’esprit », a-t-il souhaité.
« Nous vivons un moment historique et solennel et c’est pour ça que j’avais exprimé le souhait d’une séance spéciale de l’assemblée consacrée uniquement aux débats de ce projet de loi de manière à donner suffisamment de temps à tous ceux qui veulent s’exprimer de le faire avec aise et sans précipitation. Malheureusement cela n’a pas été le cas », a dit Paul Bérenger qui craint fort que tous les 40 orateurs prévus n’aient le temps de s’exprimer à la séance de vendredi qui commence dans l’après-midi.
Dès le début de son intervention, le leader du MMM a tenu à préciser que son parti n’a donné aucune directive à ses députés sur ce sujet spécifique. « The MMM, as in the past, allow its members to express them and vote according to their own conviction », a rappelé Paul Bérenger.
Le leader de l’Opposition a ajouté que son parti « a eu de longues discussions » ces derniers jours à ce sujet notamment avec l’Attorney General, Mgr Maurice Piat, des représentants d’autres religions et des responsables d’ONG. Il a aussi apprécié l’attitude de Yatin Varma face aux propositions formulées par son parti. « Nos propositions ont eu l’attention qu’elle méritait. »
Lors de son intervention – applaudie à la fin par les deux côtés de la Chambre –, le leader du MMM a souligné avoir fait part de son « own personal view ». D’abord, il constate que la loi ne répond pas aux nouvelles réalités. « Cette loi date de 1838 et est archaïque. Non seulement le statu quo n’est plus possible, cette loi qui interdit l’avortement dans n’importe quelle circonstance n’est pas respectée par des médecins », a commenté Paul Bérenger au sujet de la loi actuelle.
Selon Paul Bérenger, le projet de loi n’a aucune similitude avec les législations en vigueur en Angleterre et en France car l’interruption de grossesse, a-t-il souligné, ne sera autorisée que dans quatre cas spécifiques. « We are proposing something specific in Mauritius », note le leader de l’opposition. Il se dit aussi rassuré car il a été « bouleversé devant l’angoisse » qui a prévalu dans certains milieux religieux et quelques associations regroupant des handicapés « en raison d’une mauvaise compréhension » de la législation qui est proposée. « Dans tous les quatre cas concernés, l’avortement sera un choix et non imposé. J’ai été bouleversé par l’angoisse que ce malentendu a provoqué. »
Tout en étant en faveur du Criminal Code (Amendment Bill), Paul Bérenger a néanmoins émis quelques réserves sur certains aspects. Par exemple, il ne croit pas que des médecins spécialistes devraient, dans un cas de viol, conclure qu’une grossesse est due à un tel acte. « They are not equipped to conclude that there has been a rape. They are not police nor court. It’s not the duty of specialists to form such an opinion and to share that opinion. »
Paul Bérenger regrette que sa proposition pour faire jurer un affidavit aux victimes dans un cas de viol allégué – de manière à empêcher toute tentative de « false declaration » pour avoir la possibilité de faire un avortement – n’ait pas été retenue par l’Attorney General. « À la place, Yatin Varma a proposé une peine d’emprisonnement ne dépassant pas dix années. Je suis à demi-satisfait. In Mauritian mind an affidavit is taken seriously and it means something. The deterrent will be less » dit le leader du MMM qui prévient que son parti surveillera de près à la mise en oeuvre de la loi. « Nous nous réservons le droit de revenir avec d’autres amendements si nécessaire», a mis en exergue Paul Bérenger.