L’avocate Pramila Patten, qui agit actuellement comme expert à la Convention for the Elimination of Discrimination Against Women (CEDAW) des Nations unies, se réjouit de la nouvelle loi visant à décriminaliser l’avortement. Elle rappelle que dans son dernier rapport, la CEDAW avait exprimé ses préoccupations concernant les pratiques clandestines et le problème sanitaire concernant l’avortement à Maurice. Selon elle, le pays pourra enfin honorer ses obligations internationales avec le Criminal Code Amendment Bill.
Pramila Patten qui avait présidé une task force visant à amender la section 235 du code pénal sous le gouvernement MMM/MSM en 2003 note que le présent Criminal Code (Amendment) Bill a repris toutes les propositions de cette instance. « Même à l’époque, les propositions avaient été bien accueillies. Mais ensuite, il y a eu des résistances et le projet de loi a capoté. Aujourd’hui, la nouvelle loi a pu aller jusqu’au parlement. J’ai pris le temps de la décortiquer. La loi est bien ficelée. On pourra passer à la mise en application directement une fois qu’elle sera votée. »
Pramila Patten qui a rejoint le front commun en faveur de l’avortement rappelle que Maurice a pris des engagements auprès des instances internationales et que grâce à la nouvelle loi, elle va pouvoir honorer ses engagements. Elle souligne que les recommandations de l’ONU pour la décriminalisation de l’avortement à Maurice font suite à l’enquête d’un rapporteur spécial qui a mentionné l’impact des lois restrictives sur les femmes. « Le rapport fait mention de dignité humaine et d’atteinte aux droits des femmes. »
S’arrêtant sur les cas spécifiques où l’avortement serait autorisé sous le Criminal Code (Amendment) Bill, Pramila Patten a évoqué des cas dont elle a été témoins au cours de sa carrière, où de jeunes filles de 11-12 ans ont donné naissance après un viol. « L’une d’elle est aujourd’hui à l’asile car elle n’a pas pu supporter ce drame. »
S’exprimant à son tour au nom du front commun, Lindsey Collen a tenu à remercier tous les ministres de différents gouvernements qui, à un moment ou un autre, ont essayé de faire amender le code pénal pour décriminaliser l’avortement. « Le fait que l’actuel projet de loi comprend des propositions de la task force initiée sous le gouvernement MMM/MSM démontre qu’il y a unanimité sur la question des deux côtés de la chambre. » Elle souhaite ainsi que les parlementaires votent pour la nouvelle loi.
Lindsey Collen a rappelé les deux raisons pour lesquelles le front commun soutient le projet de loi : « Il permet de décriminaliser l’avortement dans des cas extrêmes et les femmes ayant eu recours à des avortements clandestins seront plus aptes à se rendre à l’hôpital en cas de complications car il n’y aura plus de tabou. » Selon elle, il était important de mettre en place ce front commun pour soutenir la démarche du gouvernement car un tel projet de loi a été évoqué en neuf occasions dans l’histoire du pays, mais jamais personne n’est allé jusqu’au bout.
Intervenant au nom de Women in Networking (WIN), Marie-Noëlle Elissac-Foy a soutenu que la nouvelle loi ne viendra pas inciter à l’avortement. Pour elle, le Criminal Code (Amendment) Bill agira comme un test à la fois pour les politiciens et la société. « C’est une question de santé publique, le débat est derrière nous. » Elle invite chaque député à penser à la réponse qu’il ou elle va donner aux personnes se trouvant dans les cas extrêmes cités dans le projet de loi.
La Nursing Association s’est aussi joint au front commun depuis peu. Les professionnels de santé expliquent leur engagement du fait qu’ils sont en contact avec des personnes en détresse quotidiennement.