Qui n’est pas convaincu que la criminalité est en hausse à Maurice ? Les journaux en font leurs choux gras : l’arrestation des suspects, leur inculpation par la police et leur procès devant la justice sont fort médiatisés. Mais qu’en est-il des victimes ? C’est cette interpellation qui a incité Raj Moothoosamy en 2002 à fonder Victim Support Mauritius, une organisation à ramification internationale qui vient au secours des victimes.
« En mai 2002, en lisant une édition du journal britannique The Guardian, je suis tombé sur un encart publicitaire de Victim Support UK recrutant des volontaires ! Cela a été un déclic », raconte au Mauricien Raj Moothoosamy. « C’est alors que j’ai pris conscience du battage médiatique autour des criminels et de cette indifférence criarde envers les personnes qui sont affectées par ces crimes », ajoute-t-il. « On parle tous du criminel, mais personne ne parle de la victime », déplore-t-il.
Raj Moothoosamy raconte qu’à la suite de cette « révélation », il a immédiatement pris contact avec les responsables de Victim Support UK. « Ils ont été enthousiasmés par ma proposition de fonder une filiale de leur association à Maurice, d’autant qu’à l’époque, il n’y avait aucune antenne de leur association en dehors du territoire britannique ». L’association britannique lui a alors envoyé toute une documentation sur Victim Support UK, mais lui a clairement fait comprendre qu’elle ne pouvait considérer sa demande « à cause de notre crédibilité nationale » et sans une formation poussée de manière à travailler dans le domaine de la prévention des crimes.
Convaincu de la nécessité de monter une telle association à Maurice, Raj Moothoosamy s’entoure alors de volontaires, dont Jagdish Sanhye (Cofondateur), le Dr Mahendranath Motah (psychologue) et l’avocat Me Dick Ng Sui Wa, également conseiller légal de l’association.
Durant la même année, une délégation de Victim Support UK débarque à Maurice afin de dispenser une formation poussée de six mois aux aspirants mauriciens. « Le 24 octobre 2002, Helene Reeves, Chief Executive Officer (CEO) de Victim Support UK, est venue personnellement constater le degré de notre préparation avant de recommander à son association de nous autoriser à utiliser officiellement son logo et son nom ».
Depuis, Victim Support Mauritius a fait du chemin et est affiliée à VS England, VS Scotland et VS Ireland, puis au MACOSS, à United Way et à la municipalité de Curepipe.
« La première chose qu’on nous a apprise c’est que les gens réagissent différemment par rapport à un crime. Même si la plupart ne gardent pas pendant très longtemps les séquelles, ils peuvent néanmoins en être sérieusement affectés sur le moment et ont besoin d’aide pour se rétablir », explique Raj Moothoosamy.
« Depuis le cambriolage de ma maison, je ne me sens plus chez moi » ; « Je ne peux m’empêcher de penser à cet individu qui m’a attaqué dans la rue » ; « J’ai peur d’avoir à faire face à mon agresseur en cour » ; « Ma vie s’est brisée le jour où j’ai été violée » ; « Ce n’est que maintenant que je réalise que je ne dois pas avoir honte ou me sentir coupable et que je dois rapporter ce cas à la police »… Pour le fondateur de Victim Support Mauritius, les phrases ci-dessus trahissent la difficulté ou souvent l’incapacité des victimes à surmonter le traumatisme subi. « Notre principal mission consiste à amener le public à prendre conscience des conséquences souvent insoupçonnées des crimes sur les victimes et leurs proches. Nous nous engageons donc à soutenir les victimes, leurs proches ainsi que les témoins qui subissent eux aussi des traumatismes mais qu’on ignore complètement ».
Aussi Victim Support Mauritius intervient-elle, entre autres, dans des cas de viol, de meurtre, d’assassinat, d’inceste, de cambriolage, de racisme, de violence domestique. « Nous apprenons aux victimes à connaître leurs droits, tout en leur offrant un soutien psychologique et légal ».
La prévention de la criminalité est également une large sphère d’intervention de Victim Support Mauritius. « Nous conscientisons les personnes vulnérables, principalement les enfants et les personnes du troisième âge, à la nécessité d’adopter les attitudes appropriées et à prendre les précautions nécessaires afin de ne pas devenir la proie des prédateurs qui sont toujours aux aguets de leurs moindres faiblesses pour les attaquer ».
À cet effet, les animateurs de l’association visitent les centres sociaux, les centres communautaires, les forces vives, les écoles et collèges ainsi que les clubs de jeunesse et les associations féminines pour animer des causeries. « Nous profitons de ces rencontres pour encourager des volontaires à se joindre à nous ».
Présentement, Victim Support Mauritius intensifie ses efforts sur deux projets. D’abord School Watch qui consiste à conscientiser les petits écoliers, les élèves et les collégiens à la déviance sociale et la criminalité. Puis, avec le concours de la police, Neighbourhood Watch, pour la surveillance du voisinage.
Parmi les autres projets que caresse Victim Support Mauritius : disposer d’un lopin de terre pour construire un abri pour les victimes, avoir un moyen de transport pour intensifier les campagnes de prévention et ouvrir une antenne à Rodrigues. « Pour tout cela, on a besoin qu’on comprenne que notre mission principale est de soutenir les victimes et qu’on nous aide », dit le président fondateur. Pour contacter Victim Support Mauritius, appeler sur la Support line 6704815 entre 10 h et 18 h en semaine, entre 12 h et 15 h les samedis.