Le fait majeur de la série de consultations initiées par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, avec le Joint Economic Council aussi bien qu’avec d’autres Stakeholders, demeure ces signaux contrastants et divergents sur les perspectives pour 2012. Avec le National Resilience Fund de Rs 7,3 milliards, annoncé dans le discours du budget de novembre dernier, passant à une étape supérieure, il devient évident que les retombées de la crise secouant les économies de l’Euro-Land se font de plus en plus pressantes. D’où l’urgence de l’apport des Crisis Support Mechanisms pour faire face à risques de pertes d’emplois conséquentes. Par contre, l’analyse du gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, dans le cadre de sa lettre annuelle aux opérateurs économiques, mise sur i, tableau complètement différent face à des faits économiques qui deviennent de plus en plus têtus.
En tout cas, la séance de travail de mercredi avec le Joint Economic Council (JEC) présidée par le vice-Premier ministre et ministre des Finances a établi des convergences de vue entre ces deux partenaires sur l’étendue des répercussions de la crise économique européenne sur Maurice. Du côté du gouvernement aussi bien que du secteur privé, l’on félicite de ces échanges dans cette conjoncture économique difficile. La conclusion principale est que trois secteurs économiques, soit le tourisme, les exportations et la filière de la Technologie Informatique et des Communications (TICs), sont exposés à des risques de ralentissement de la croissance ou encore à une contraction.
Les chiffres d’arrivées de touristes pour le mois de janvier, publiés en fin de semaine, viennent renforcer la possibilité d’une croissance négative pour cette année. En janvier, le nombre de touristes débarquant à Maurice a régressé de 3% par rapport à l’année dernière, pour se retrouver sous la barre des 100 000, laissant présager que pour les deux autres mois de ce trimestre, la performance pourrait être encore plus difficile.
Mais plus inquiétant encore concerne la performance enregistrée par les marchés-phares du tourisme mauricien en Europe. La baisse de 5,9% sur l’ensemble des marchés européens est plus conséquent que la moyenne nationale de -3% en janvier. Tous les principaux pays d’Europe concernés ont été affectés avec la France essuyant un recul de 7,4% et la Réunion enregistrant une baisse de 8,2%. La Grande-Bretagne et l’Italie se retrouvent avec des Double-Digit Contractions de 12,6% et de 11,9% respectivement, alors que l’Allemagne a régressé de 8,9%.
Les prévisions soulignent que malgré la progression sur des marchés émergents comme la République populaire de Chine, la contre-performance du bassin touristique européen pourra être difficilement rééquilibrée à court terme. A cela, il faudra tenir compte des signes d’affaiblissement sur le plan régional avec le nombre de touristes venant d’Afrique du Sud affichant une baisse de 2% en janvier.
Sur le plan des exportations de biens, les indications en ce début d’année sont que les carnets de commande des entreprises ne constituent pas de sujet d’appréhensions. Le problème se pose davantage au niveau des prix avec les producteurs appelés à jouer extrêmement serré pour ne pas perdre des parts de marché en cette période de crise.
« Il faut tenir comte du fait que le secteur des exportations, principalement le textile, a connu deux étapes de Re-Engineering, soit avec l’élimination des filets de protection sous le Multu-Fibre Agreement (MFA) et ensuite la crise Lehmann de 2008. Les dividendes de la diversification des marchés, notamment une percée en Afrique du Sud, se traduisent en une plus forte résilience de secteur », affirme-t-on du côté du JEC.
Par contre, la filière des TICs anticipe d’affronter ses premières graves secousses avec la crise en Europe. Les principaux opérateurs appréhendent des répercussions dans la fourchette de 10 à 15% de leurs chiffres d’affaires. Du côté du JEC, l’on se dit conscient que des efforts s’imposent par rapport à la diversification des marchés et également au niveau de la Value-Added pour les services offerts par cette filière économique.
« A ce stade, les prévisions privilégient une croissance économique dans la fourchette de 3,3% à 3,7% au lieu du 4% initial. Attention avec un potentiel non-négligeable de détérioration économique sur le front européen, la croissance pourrait devenir encore plus difficile et plus fragile », avancent des sources qui ont participé aux délibérations au ministère des Finances, mercredi dernier. En privé, ils soutiennent que le Worst-Case Scenario d’un taux de croissance inférieur à 3% cette année, évoqué par la Mauritius Commercial Bank, ne relèverait nullement de prévissions de Cassandre.
Dans la conjoncture, l’une des mesures urgentes adoptées par le ministère des Finances concerne la mise en opération du Crisis Support Mechanism pour lutter contre des licenciements dans des entreprises affectées par la crise en Europe. « Avec la réunion de mercredi, nous sommes passés à une étape supérieure par rapport au National Resilience Fund doté d’allocations de Rs 7,3 milliards. Le principe de Burden Sharing entre les banques, les entreprises et l’Etat a été réitérée avec en contrepartie la garantie des entreprises bénéficiaires de ne pas procéder à des dégraissages. Au cours de ces dernières semaines, nous avons noté une tendance à la hausse du nombre de cas d’unités en difficulté sollicitant un ballon d’oxygène sous le Crisis Support Mechanism », confirment des sources autorisées.
Les premières initiatives sous le National Resilience Fund tenteront de sauvegarder au moins un millier d’emplois dans d’importantes unités industrielles affectées par les retombées de la crise. Les dossiers devront être étudiés dans les prochaines en vue de formuler des plans de sauvetage d’emplois. Alors que dans certains milieux, l’on avance que les premières injections effectuées à partir du Rainy Day Fund du budget 2012 pourraient être de l’ordre de Rs 300 millions, officiellement, l’on se garde de confirmer ou d’infirmer ce montant au vu de l’adoption de la Mauritius Approach pour la répartition des risques.
Outre les mesures à court terme pour lutter contre toute progression outre mesure du taux de chômage, les échanges entre le gouvernement et le secteur privé ont été axés sur une gamme de propositions à moyen et à long terme. Le JEC s’est appesanti sur la nécessité de maintenir l’esprit de la réforme engagée depuis 2006, notamment par rapport au secteur des utilités publiques, soit l’eau et l’énergie, à l’infrastructure en particulier le transport et à l’éducation.
« Le maintien du cap sur la réforme s’impose dans la stratégie visant à transformer Maurice en tant qu’une High Income Economy. La poursuite de la réforme dotera l’économie de la résilience nécessaire pour faire face à d’autres étapes de la crise. Nous ne pouvons pas passer sous silence le besoin pour l’élaboration d’une Ten-Year Economic and Social Strategy. En l’absence d’un ministère du Plan, celui des Finances se doit de mettre en place les ressources pour combler ce Missing Link dans la stratégie de développement », ajoute le porte-parole du JEC.
Les autres initiatives économiques complémentaires portent sur la cohérence de la gestion économique, que ce soit avec la politique monétaire ou fiscale pour lutter contre le chômage, le besoin de se replacer parmi les Top Performers au chapitre du Ease of Doing Business, une révision de la politique de promotion des exportations et du tourisme avec un appui financier puisé du National Resilience Fund et une politique d’accès aérien bien définie.
Toutefois, en conclusion, le JEC concède que l’un des plus gros obstacle à surmonter en 2012 tourne autour de la relance de l’investissement privé. « C’est le véritable défi auquel nous avons à faire face pour soutenir la croissance et encadrer les efforts de création d’emplois », indique le JEC.