Malgré les coups du sort qui ont frappé par deux fois sa flotte en début d’année, COSTA CROISIERES n’a pas pour autant baissé les bras. Conscients que dans toute entreprise le risque est, de par sa proximité de tous les instants une permanence à vivre avec, les responsables de la plus prestigieuse compagnie de croisières du monde n’ont que l’horizon comme point de mire. Les aléas qui ont suivi le dramatique accident du Concordia et, plus près de nous, le cafouillage qui a fait suite à l’incident de l’Allegra, pour malheureux qu’ils soient, restent des happenings d’un passé qu’ils veulent laisser derrière en s’attelant toujours à accueillir tous ceux et toutes celles qui font du goût du voyage une manière de vivre et qui continueront ainsi à découvrir le monde, d’escale en escale…
Après une petite semaine dans le bassin méditerranéen en octobre dernier, en compagnie de quelques confrères de la presse mauricienne, nous avons, cette fois, à partir du port de Marseille, contourné toute la péninsule ibérique sur le NEO Romantica. Première escale, Barcelone, avant de longer toute la côte jusqu’à Cadix, en Andalousie, puis Lisbonne (Portugal) et Vigo avant de revenir à Santander, tout au nord de l’Espagne, dans le golfe de Gascogne, avant de débarquer, après deux jours de mer, au port du Havre, ville emblématique, s’il en est, dans cette région marquée à tout jamais par la plus grande bataille pour la libération de la France. Faite de combats épiques, avec le débarquement surprise des alliés, mettant fin à la guerre 1939/45, sur ses fameuses plages, dont Ohama Beach, immortalisées par de nombreux films, dont le chef-d’oeuvre de Steven Spielberg, Il faut sauver le soldat Ryan.
Barcelone
Capitale de la Catalogne, Barcelone est sans doute l’une des plus belles villes de cette partie du monde, se particularisant tant par son relief exceptionnel qui domine le port que pour son attachement à tout ce qui touche à la juxtaposition de l’art architectural, avec le chef de file inégalable qu’aura été Antonio Gaudi et son imposante icône, la Sagrada Familia. Œuvre monumentale, cette église néo-gothique dont la construction, démarrée il y a plus d’un siècle, se poursuit encore aujourd’hui, selon les plans mêmes de son architecte — avec ses différentes façades, certaines encore inachevées — attire sans relâche des milliers et des milliers de visiteurs qui découvrent, en constante évolution à travers le temps, l’un des monuments — de par sa taille, ses contours et sa complexité — les plus étonnants au monde. D’autres oeuvres du maître de la créativité espagnole dans des parcs et jardins, qui se voulaient tout d’abord résidentiels, donnent encore à voir les nombreuses facettes de son génie.
Si Barcelone bouillonne, le jour, de l’animation permanente de ses grandes places et avenues, à la tombée de la nuit, c’est la Rambla qui prend la relève pour une night-life des plus in, bars et restaurants s’arrachant, jusqu’au petites heures du matin, citadins et touristes, qui déambulent sans arrêt dans une atmosphère propre du farniente espagnol.
Cap plein sud
Alors que nous quittons Barcelone et qu’au loin s’estompent peu à peu les montagnes de la Catalogne, trente-six heures de mer nous attendent, pour doubler les Baléares, contourner deux caps à l‘est pour toucher Cadix, nichée après le détroit de Gibraltar, là où la Méditerranée s’ouvre toute large sur l’Atlantique.
En raison même de sa situation stratégique privilégiée, Cadix aura été pendant longtemps l’une des villes les plus riches d’Europe, non seulement de par la notoriété même de son chantier naval et de son industrie de la pêche, mais parce que c’est précisément ce port, situé dans un golfe exceptionnel, que Christophe Colomb choisira pour entreposer les nombreux trésors qu’il ramena après sa découverte de l’Amérique. Toutefois, comme la ville et son port personnifiaient justement la suprématie espagnole sur mer, elle devint tout naturellement la cible privilégiée lors de nombreuses batailles navales et, au fil du temps, perdit peu à peu de sa superbe, alors que, parallèlement, la toute puissante Espagne perdait, elle, une à une ses colonies…
Lisbonne
Comme un petit frère siamois, presque comme collé sur son flanc ouest, le Portugal, tout étroitement lié qu’il est à son voisin espagnol, ne manque pas pour autant de faire remonter sa prestigieuse histoire à chaque contour de sa capitale, Lisbonne. Centre important des affaires, que borde le fleuve Tage, devenu un lieu privilégié de tourisme, nombre de conférences internationales s’y tiennent constamment. Les urbanistes, qui l’avaient déjà anticipé, avaient jugé prudent — afin de ne pas trop bousculer les vestiges d’un glorieux passé par un développement à outrance — que la ville, qui regorge de monuments célèbres, s’étende de plus en plus vers l’intérieur des terres. On le constate encore plus quand une excursion nous conduit dans le sanctuaire de Fatima, haut lieu du catholicisme, là où la Vierge apparut plusieurs fois aux trois petits bergers portugais. Mais l’histoire même de Lisbonne ne manque pas de rappeler qu’elle fut dévastée en novembre 1775, presque anéantie même, par un des plus puissants tremblements de terre jamais enregistrés, dont l’épicentre se situait à 200 km en mer, avec une magnitude que les scientifiques estiment aujourd’hui à 8.5/9, provoquant des tsunamis géants. On compta plusieurs dizaines de milliers de morts dans la région, des trésors furent engloutis dans ce désastre: le nouvel Opéra, qui venait d’être inauguré, prit feu avant de s’écrouler sur ses bases; la librairie royale avec son unique collection de 70,000 volumes de textes célèbres fut complètement détruite. Egalement, perdus à jamais, des chefs-d’oeuvre signés Titien, Rubens et autres ainsi que les carnets de bord du célèbre navigateur Vasco de Gama.
Cap ensuite sur Vigo, au nord-ouest de la péninsule ibérique, chef-lieu de la Galice, région connue pour son industrie de la pêche et surtout pour la haute qualité de sa conserverie de poissons. Plantée sur l’estuaire, qui semble se faufiler à perte de vue entre les chaînes de montagnes, dont les flans, ici, sont particulièrement gratifiés d’une nature luxuriante, Vigo est le pied à terre idéal pour rallier un des lieux de pèlerinage les plus emblématiques de la chrétienté et, ce, depuis même le début de note ère: Saint-Jacques de Compostelle. La Cathédrale construite sur les lieux mêmes où furent découverts les restes de l’apôtre, reste, avec Rome et Jérusalem, l’un des clefs de voûte de la foi chrétienne. Sans relâche, depuis des temps immémoriaux, des milliers et des milliers de pèlerins convergent, souvent à pied, sur des centaines de kilomètres, vers cette route qui mène à ce lieu unique, reconnu depuis une vingtaine d’années comme Patrimoine de l’Humanité.
Santiago de Compostela
Chance inouïe, notre visite tombant le jour même de l’ascension. Au moment même où nous suivions, à l’aide des oreillettes, les explications du guide, se préparait une fonction tout aussi rare qu’exceptionnelle, qui n’a lieu que deux fois l’an: le spectaculaire balancement de l’énorme encensoir de la cathédrale, cérémonie connue comme le «vol du Batafumiero», sur toute la largeur du transept (environ une quarantaine de mètres), à partir d’un mécanisme unique. Outre la visite de la cathédrale, la ville même de Santiago de Compostela offre au visiteur à découvrir nombre d’ateliers d’une longue tradition populaire artisanale, privilégiant des travaux en jais et en argent.
Dernière escale sur la côte ibérique, Santander, ville très prisée comme centre balnéaire pour ses belles plages donnant sur le golfe de Gascogne. Ici aussi, c’est plus l’arrière-pays qui attire le touriste, avec ses petits villages médiévaux éparpillés çà et là et qui, dans la culture espagnole, restent sacrés, d’où le souci constant de leur préservation à l’état naturel. Santillana del Mar, à une quarantaine de kilomètres de là, que Jean-Paul Sartre avait surnommé « le village le plus charmant d’Espagne » est, en effet, un de ces exemples-là. Et, comme pour toute excursion en Espagne, on peut compter sur le taximan pour vous guider et vanter les mérites de ce qui meuble d’ailleurs toutes ses journées, tant il a l’histoire de sa région, anecdotes et légendes, sur les lèvres. Un peu plus loin, la petite ville côtière de Comillas, qui attire principalement bateaux de plaisance et surfers, n’a pas laissé insensible le fameux Antonio Gaudi, qui aura planté, ici aussi, ses tours aux formes toujours bizarres et qui défient encore aujourd’hui la marche du temps…
En s’éloignant de la côte espagnole, cap vers le nord pour atteindre Le Havre, à trente-six heures de mer, notre dernière escale. Au coeur de la Normandie, cette ville complètement reconstruite – puisqu’entièrement rasée pendant la guerre par les bombes alliées pour déloger l’occupant allemand – est devenue, en dehors d’être le deuxième port de France après Marseille, un peu le centre culturel de la région. Située à l’embouchure même de la Seine, la ville aura bénéficiée d’une ré-urbanisation intelligemment planifiée, tant pour son développement immobilier que pour l’aménagement des artères principales de la ville, qui se dote actuellement d’une voie de tramway ultra-moderne. Pour les quelques heures que nous y étions, un choix difficile s’offrait à nous entre une virée sur les plages du débarquement ou Honfleur. Notre option fut pour une petite escapade dans le petit village côtier unique, planté sur l’estuaire, où le port est encore desservi par un pont à bascule, permettant à quelques embarcations l’amarrage dans le bassin, qui fait un peu centre ville. C’est là, nous dit un écriteau, que fut tentée la première expérience au monde de l’hélice à propulsion. La ville du Havre, à une vingtaine de kilomètres à l’est, doit s’enorgueillir aujourd’hui d’avoir eu un ex-voisin aussi visionnaire…