Que ce soit du côté du MCBGroup ou de la Banque de Maurice, la même inquiétude est partagée : la léthargie qui accapare le secteur des investissements dans l’économie. Les analyses découlant de la dernière édition de MCB Focus, ou encore les premières indications des délibérations de la dernière réunion en date du Monetary Policy Committee de la Banque centrale sont unanimes. Ainsi, le MCBGroup et la Banque de Maurice prévoient que la croissance devra être de 3,8% cette année, soit un taux considéré comme étant trop faible pour être « annonciateur d’un miracle économique tant annoncé, mais qui se fait toujours attendre pour se dessiner ».
Le communiqué émis par la Banque de Maurice, après la réunion de mercredi, est loin de comporter des éléments réconfortants. Plus grave est ce commentaire à l’effet que « the economy is still operating below its potential level, reflecting mostly sluggishness in investment ». Ce qui veut tout dire du mood dans le monde de la finance et des affaires. Les autres problèmes, qui ont retenu l’attention des membres de cette instance de la Banque centrale, sont aussi inquiétants, notamment « productivity trends and wage growth in the economy, debts levels and trends in non-performing loans in the banking sector ».
Les dernières données sur le plan de l’endettement en date du 31 décembre de l’année dernière démontrent une progression d’un peu moins de Rs 2 milliards par mois au cours de ces douze derniers mois. A la fin de l’année dernière, la dette publique frôlait la barre des Rs 260 milliards, soit Rs 259,4 milliards, dont Rs 54,7 milliards de dettes étrangères. Ce dernier indicateur devra progresser de nouveau avec la signature dans les jours à venir d’un accord de financement avec la Banque africaine de Développement. Le Central Electricity Board contractera un emprunt de Rs 4 milliards avec la BAD pour le financement de l’installation de quatre turbines à gaz de 15 MW chacune à la centrale thermique de Saint-Louis. Le Public Sector Debt en pourcentage du PIB demeure encore élevé, soit à 63,8%. Depuis juin 2014, cet indicateur se maintient dans la zone rouge de plus de 60%.
Détérioration de l’économie
Justifiant la décision de revoir à la baisse le taux de croissance à 3,8%, le Chief Strategy Officer du MCBGroup, Gilbert Gnany, cite deux facteurs, en l’occurrence la détérioration de l’économie sur le front international, mais surtout des « slightly lower projections as regards the evolution of national investment ». Le dernier MCB Focus anticipe que la part de l’investissement sur le plan national par rapport du PIB, qui était de 25% il y a dix ans de cela, se retrouvera à hauteur de 18%, soit sept points de moins, cette année.
Le Chief Strategy Officer confirme que cette performance sur le plan des investissements « is far below the targeted level for the counry to successfully accomplish its socio-economic ambitions ». Toutefois, le MCBGroup fait état de « the commitment displayed by the authorities and private stakeholders to set into motion several projects to modernise the country’s infrastructure set-up and productive apparatus ».
Même avec l’annonce de l’ouverture de nouveaux chantiers comme Heritage City ou des composantes du Road Decongestion Programme pour le second semestre, le MCBGroup fait état de son scepticisme quant aux effets sur la croissance pour 2016. « All in all, investment would cast only a contained influence on growth over 2016, the more so given (i) the lead times for enabling project financing packages to be effectively put in place and initiated ventures to gain their footing; and (ii) the associated sizeable import leakages generally observed during the first stages of project life cycles », soutient Gilbert Gnany, qui ajoute que “Mauritius Inc.’s economic growth pathway remains an enduring cause for concern to the extent that it tends to undercut, from a dynamic viewpoint, the nationwide wealth creation capacity of households and enterprises as well as the leeway for sustainable job creation by economic operators.”
Voeux pieux
Sur le plan sectoriel, le MCBGroup mise sur la possibilité que les TIC et les services financiers puissent tirer profit de leurs « sound fundamentals and competitiveness-enhancig moves ». Le document rendu public mardi après-midi note que « the tourism sector should carry on growing in 2016 – albeit at a softer tempo by virtue of the statistical base  effect – on the back of sustained efforts to expand and diversify the industry’s value proposition and the range of targeted markets as well as further liberalize air access”.
L’industrie sucrière, qui a connu une mauvaise passe en 2015 avec une récolte de 365 000 tonnes et la raffinerie d’Omnicane obligée d’avoir recours à des importations de quelque 40 000 tonnes de sucre du Brésil pour éviter un arrêt temporaire de ses opérations, devra connaître un rebond en 2016. Ces importations viendront s’ajouter aux 35 000 tonnes de sucre déjà Earmarked pour la consommation locale. Le Seafood Hub est présenté comme étant « on track » pour :maintenir son momentum de croissance alors que le textile devra profiter des « productive efficiency gains. » L’industrie du bâtiment reste sujette au lancement de gros projets, qui se font de plus en plus rares ces derniers temps.
En conclusion, Gilbert Gnany réitère le voeu pieux que « the country be called upon to increase our long-term potential growth rate from its current level within the 4.0 – 4.2% range to above 5% by dealing with the binding constraints to growth, gearing up our resilience to outward shocks, and adapting to international trends”