Intervenant lors de la cérémonie d’ouverture marquant la 10e commémoration de la Journée du Volontariat, vendredi matin, au Caudan, le directeur de PILS, Nicolas Ritter, n’a pu cacher sa « vive inquiétude quant à une éventuelle coupe drastique dans les budgets des CSR, l’an prochain, ainsi que nous l’avons compris dans le dernier discours budgétaire. » M. Ritter a ajouté : « Les Ongs représentent la troisième force dans le pays. Ces personnes qui s’engagement bénévolement sont remplis de volonté. Mais pour un service plus adéquat et efficace, il est temps de professionnaliser ce secteur. Et sans financement, nous n’y arriverons pas ! »
Le Non-State Actor (NSA) Unit, de concert avec Volonter Pou Moris, le PNUD et UNVolunteers ont organisé, cette année, deux jours d’activité pour marquer la 10e commémoration de la Journée Internationale du Volontariat, observée dans le monde le 5 décembre. Les organisateurs ont réuni diverses Ongs sur l’esplanade du Port-Louis Waterfront deux jours durant – vendredi 2 et samedi 3 – avec l’objectif de mieux faire connaître le volontariat dans les divers secteurs aux Mauriciens.
Paul Mercier, technical manager du NSA Unit a présidé à l’ouverture de ces deux journées et étaient conviés à partager leurs expériences en matière de volontariat Audrey d’Hotman, directrice du CSR du groupe Rogers ; Nina Gopaul de la fondation Partners in Progress du groupe BAI ; Nicolas Ritter, directeur de PILS ; Cassam Uteem, ancien Président de la République ; Danny Philippe, travailleur social et responsable de LEAD, et Dan Callikan, directeur de la MBC.
« Le dernier discours budgétaire nous a tous fortement interpellés, a relevé Nicolas Ritter. Il y a quelques années, quand est venu le projet de loi de verser 2% des budgets aux projets sociaux, nous, au sein de la communauté des volontaires, avons sauté de joie face à l’immense opportunité incroyable qui s’ouvrait : cela voulait dire qu’enfin nous allions pouvoir structurer, rémunérer, former ; bref, améliorer les services et prestations offertes. Or, nous avons tout aussi vite déchanté quand les « guidelines » ont été présentés et que, de fil en aiguille, plus personne ne comprenait plus rien… ! » Mais, relève encore le directeur de PILS, « ce qui n’a pas manqué de nous interpeller fortement, dans le dernier discours budgétaire, c’est l’annonce d’une éventuelle coupe drastique dans le budget des CSR. » Nicolas Ritter continue : « Pas plus tard qu’hier (ndlr : jeudi 1er décembre), le ministre de la Santé, Lormus Bundhoo, a, à deux reprises dans le courant du même jour, marquant la Journée Internationale de la lutte contre le Sida, fait remarquer que sans les Ongs, tous les efforts conjugués par le gouvernement ne mèneraient à rien ! Et je suis d’avis que le ministre n’a pas dit ces mots en l’air. » Qui plus est, ajoute notre interlocuteur, « Ce constat est valable pour les volontaires engagés dans tous les secteurs : qu’ils s’occupent des enfants, des handicapés, des vieux, de l’environnement… Dans chaque secteur, il est grand temps de professionnaliser le volontariat. » Pour N. Ritter, « chez PILS, le volontaire a un statut. Et pour nous, un volontaire, c’est un être en lequel nous investissons, à qui nous dispensons de la formation, un suivi et une évaluation. Parce que ce que nous attendons du volontaire, c’est qu’il s’engage pour notre cause dans la durée. C’est aussi le cas dans les autres secteurs. »
Cassam Uteem, autre intervenant de cette plateforme, devait nuancer l’argument, relevant que « je ne crois pas que le CSR à lui seul peut régler les problèmes existants. L’état partage une grande part de la responsabilité en ce qu’il s’agit de la pauvreté, par exemple. Ce n’est qu’avec la collaboration, cependant, de tous les stakeholders, que des solutions durables et efficaces peuvent être trouvées. »
L’ex-Président de la République devait, dans un autre temps, partager « des leçons apprises de ma propre expérience de volontaire sur 50 ans d’engagement. » Il fit ressortir que « l’on donne trop de fil à retordre avec des tracasseries inutiles, des paperasseries entre autres aux Ongs en vue de bénéficier du CSR. Il faudrait une formule pour éviter tout cela. »
Tous les intervenants de la cérémonie devaient relever que « sans les volontaires, on ne sait pas trop à quoi ressemblerait notre pays. » C. Uteem a remarqué « dans nombre de secteurs, la drogue, par exemple, le travail a été commencé par les Ongs à pied d’oeuvre sur le terrain avant que l’État ne prenne le relais. » De même, estime-t-il, « ce n’est pas en restant derrière son bureau et en donnant des ordres qu’on vient à bout des problèmes comme la pauvreté. Les pauvres sont les spécialistes de la pauvreté. A moins de les inclure dans la riposte, on n’avancera jamais dans ce combat ! »
Prenant à partir de son expérience personnelle, « initiée par mes parents quand j’étais enfant. Le CSR n’existait pas en ces temps-là. On occupait une échoppe dans les fancy-fair pour lever des fonds et venir en aide aux crèches, les vieilles personnes, les handicapés… », Audrey D’Hotman a plaidé pour qu’un module « Service to the nation » soit inclus dans le cursus scolaire. C. Uteem devait, lui aussi, soutenir que « les études en travail social étaient dispensés à un certain moment à l’université de Maurice. Si elles ont été stoppées, ce serait bien de les recommencer ! »
Nina Gopaul, encadrée de quatre étudiants de l’établissement secondaire sir Abdool Razack Mohamed et soutenue par un assistant, devait rappeler que le groupe BAI « offre des cours en volontariat et prépare les jeunes dans les collèges. Les sens des valeurs doivent être inculqués et c’est ce que nous faisons via le programme Youth Engaged in Service. » Elle a rappelé que « ici, à Maurice, nous n’avons ni pétrole ni diamants. Ce sont les hommes et les femmes qui sont nos trésors. Il nous faut donc investir en eux ! »
Danny Philippe salua, pour sa part, « les efforts des bénévoles dans différentes régions où LEAD travaille. Sans des partenaires financiers, comme la NSA Unit, nous, les Ongs on ne peut réaliser nos projets. » Le responsable de LEAD qui est aussi le National Coordinator du AIDS National Candlelight Memorial depuis 5 ans a relevé que « le travail en réseau avec d’autres Ongs, comme PILS, mais aussi avec ENL Foundation, les ministères concernés, entre autres, est important ».
La manifestation instiguée par la NSA Unit se poursuit aujourd’hui et verra sa culmination avec un concert par des artistes comme Richard Beaugendre, Eric Triton, Gina Jean-Charles, Alain Auriant, le groupe Etae, et Dagger Kila. Ce dernier, avec Danny Philippe, s’est engagé dans le courant du dernier mois dans le SidArt Tour « qui a attiré environ 500 à 1000 personnes dans chacun des différentes régions où nous sommes passés », a précisé M. Philippe.