La polémique autour de la centrale thermique à charbon de 100 MW de CT Power (Mauritius) Ltd à Pointe-aux-Caves, Albion, reprend de plus belle mais tourne à l’avantage des promoteurs. Intervenant à l’Assemblée nationale et malgré les recommandations de la National Energy Commission (NEC), écartant de manière catégorique l’option charbon, le Premier ministre adjoint et ministre des Utilités publiques, Rashid Beebeejaun, a pesé de tout son poids politique en faveur de cette centrale thermique à charbon, dont le coût total devrait être dans la fourchette de Rs 6,5 milliards à Rs 7 milliards. Avec le rapport de la NEC sous les bras, les militants anti-charbon, dont ceux de Rezistans ek Alternativ, ne s’avouent pas pour autant vaincus et reviennent à la charge avec un projet de Coalition for Peoples’ Cooperative Renewable Energy dans la région de Pointe-aux-Caves pour contrer CT Power (Mauritius) Ltd.
Les recoupements d’informations effectués par Week-Endauprès des sources concordantes sont que le Central Electricity Board (CEB) et CT Power (Mauritius) Ltd mettent actuellement les bouchées doubles pour conclure les procédures en vue du démarrage du chantier de la centrale thermique à charbon de 100 M, dont la connexion au National Grid s’annonce pour la fin de 2016, avec une première phase de 50 MW. A cet effet, ce mois de décembre s’annonce crucial.
La formulation de l’Amended Power Producer Agreement (PPA), tenant en ligne de compte les nouvelles exigences de l’Environmental Impact Assessment (EIA) Licence, est la priorité de l’heure. Les consultations relatives ont atteint un stade bien avancé alors que les conseils légaux britanniques du CEB sont attendus à Maurice vers la fin de cette semaine pour le feu vert à cet accord d’importance avec CT Power (Mauritius) Ltd.
A ce stade, très peu d’indications ont transpiré au sujet des changements intervenus dans le PPA d’autant plus que le Premier ministre adjoint et ministre de tutelle a déclaré récemment qu’il n’y a aucun chiffre pour ce qui est du prix du kiloWattheure de CT Power Ltd. D’autres sources avancent que l’unité d’électricité générée à partir de la centrale d’Albion devra être sensiblement similaire à celle du mazout, soit dans la fourchette de Rs 4.80 à Rs 5.20.
Si le coût est nettement inférieur à l’unité de la centrale de turbines à gaz de Nicolay avec une moyenne de Rs 14.83, il est par contre nettement moins compétitif que les Rs 3.40 des Independent Power Producers. Pour sa part, Rashid Beebeejaun demande de “compare likes with likes”. Un premier ordre de grandeur du kiloWattheure devra être disponible dès la mi-décembre avec la signature de l’Amended PPA.
Une délégation des promoteurs étrangers de cette centrale thermique est attendue à Maurice vers cette période pour la cérémonie de signature avec le CEB. Le calendrier revu et corrigé prévoit le démarrage des travaux sur le chantier de Pointe-aux-Caves à partir de juin de l’année prochaine. La firme indienne Tata Engineering pourrait être appelée à travailler de concert avec les contracteurs de Shapoorji Pallonji de Mumbai, qui a construit l’Ebène Cybercity, pour le CT Power Turnkey Project.
Avec la signature de l’Amended PPA, CT Power (Mauritius) Ltd devra compléter le montage financier pour les travaux de construction. Le feu vert du secrétaire financier, Dev Manraj, qui est également le président de la NEC, est une condition sine qua nonimposée dans l’EIA Licence allouée.
Le respect de cette exigence est surveillée de très près par des représentants mauriciens des intérêts chinois, pilotant un projet parallèle de centrale thermique dans la zone économique de Jin Fei à Riche-Terre. En cas de gros macadam, ce groupe chinois affirme être prêt à bondir pour prendre le relais avec leur centrale à charbon.
Revirement de situation
De leur côté, les militants anti-charbon et surtout ceux contre le projet de CT Power (Mauritius) Ltd, qui ont vu dans le rapport de la NEC“une victoire qualitative de la résistance sociale”avec le rejet de l’option charbon, ont été carrément contrariés par Rashid Beebeejaun. Ce dernier a pris fait et cause pour le projet en affirmant que “there is a lot of disinformation, a lot of manipulation of public opinion on this project”.
Le Premier ministre adjoint et ministre des Utilités publiques se félicité qu’avec le nouveau design du projet “all these new EIA conditions will satisfy the most stringent European Standards for emissions. A plant well in advance of European standards, of European practice and well in advance of World Bank standards”.
Face à ce revirement de situation, Rezistans ek Alternativ souligne que “le rapport de la NEC démolit l’argument de Black-Out brandi par l’Establishment, préconise une alternative au charbon sous forme de sources d’énergie renouvelables tout en recommandant un Levy sur les IPP existants pour assurer le financement de coopératives d’énergie renouvelables avec l’engagement des citoyens et des petits planteurs”.
Rezistans & Alternativ s’appuie sur le rapport de la NEC pour se lancer dans une campagne en vue de traduire dans la réalité la Coalition for Peoples’ Cooperative Renewable Energy. Vu l’urgence de la situation, Albion et les environs ont été ciblés pour une campagne de sensibilisation pour un vaste projet d’énergie photovoltaïque sur une base coopérative dans une tentative de contrecarrer la centrale thermique à charbon. En tout cas, face à l’adversité du jour, les militants anti-charbon ne comptent nullement baisser les bras.
Par ailleurs, en cette fin d’année également, le projet de Bagatelle Dam, dont la fin des travaux était prévue dans douze mois, se présente sous la forme d’un véritable casse-tête pour le Premier ministre adjoint et ministre des Utilités publiques. Avec de graves manquements au niveau des investigations initiales sur la qualité du sol et la nécessité de changer d’Ogee Spillwaypour le Morning Glory Type of Spillwayet des arrêts des travaux subséquents sur ce vaste chantier, le Bagatelle Dam est en passe de devenir l’un des plus gros scandales.
En cours de route, le projet a dû être modifié sur les conseils d’un consultant indépendant faisant de la place “par mesure de précaution to a safer dam, to be sure that it does not permeate and cause diffusing loss and collapse of the dam”.Des consultations ont été initiées sur le plan légal en vue de déterminer la responsabilité des consultants de Coyne & Bellier dans ce grave problème.
Les conséquences de ces changements sur la réalisation de ce projet sont d’envergure avec les contracteurs chinois ayant déjà logé auprès du gouvernement 12 réclamations d’un montant de Rs 1,3 milliard avec, dans un premier temps, des paiements de Rs 300 millions validés par le consultant. Plus grave encore est le fait que la fin de la construction de Bagatelle Dam a été étendue de deux ans, soit décembre 2016 au lieu de décembre 2014 avec les coûts grimpant à Rs 5,4 milliards.
En tout cas, ce n’est qu’un bout de voile qui a été levé sur la controverse de Bagatelle Dam, et qui devra faire très bientôt les choux gras du rapport de l’Audit comme cela a été le cas pour les projets de tout-à-l’égout de sinistre mémoire avec des Cost Overruns majeurs…