Monsieur le Ministre,
CT Power – comment se réjouir d’une telle volte-face de la part de votre ministère ? Il avait pourtant clos toutes les portes mais avait, semble-t-il, oublié une fenêtre.
Notre déception est totale, notre confiance ébranlée. Merci d’avoir fait de Pointe-aux-Sables un dépotoir. Auprès de qui doit-on se plaindre ? La communauté sait qu’il existe encore des gens bien au gouvernement ; pourquoi ont-ils peur d’émettre leurs opinions ? Par manque de consultations nous sommes parvenus à un point très embarrassant pour notre île durable. Et pourquoi nos jeunes se taisent-ils ?
Les décideurs ont-ils songé un seul instant à l’impact socio-économique et écologique d’un tel projet ? Il semble que cela ne leur fait ni chaud ni froid. Il ne s’agit d’ailleurs que du District de Rivière-Noire. Notre demande ne consiste pas à aller décrocher la lune ; elle est toute simple : épargnez nos enfants de cette catastrophe ! C’est en votre pouvoir.
Le Mouvement Civique de Pointe-aux-Sables s’est joint à ses collègues d’Albion, de Petite-Rivière et des localités avoisinantes pour dire un « non » catégorique à ce sale projet, et pour qu’il soit rayé de la liste du gouvernement. Nous sommes bien décidés à tenir tête à ceux qui s’en prennent à notre terre, à nos côtes, à nos enfants, à nos amis aux dauphins et aux baleines entre autres. Allez ailleurs, s’il vous plaît, où il y a encore des gens pour vous accueillir à bras ouverts mais pour être des nôtres changez de méthode, et nous pourrons ainsi vous suivre.
Qu’en est-il des dommages que pourrait causer le mastodonte : où passeront ces camions de plus de trente tonnes ? Des véhicules congestionnent nos voies d’accès 24 heures sur 24. Une humble suggestion : recommandez des “camions amphibie” qui utiliseraient la voie maritime ou encore des hélicoptères géants ! Nous en paierons les frais, nous, les éternels tondus…
Nos dirigeants ne raisonnent plus. Comment nous défaire de cette fine et cruelle poussière tout au long du trajet vers CT Power. Dieu seul le sait car nos dirigeants n’y ont même pas pensé…
Par ailleurs, qu’en sera-t-il de la fumée chargée de particules que relâcheraient les nombreuses cheminées ? Saviez-vous, Monsieur, que la demeure la plus rapprochée du site se situe à quelque 400 mètres, et il en existe des dizaines autour. Quant à la santé même des gens, qui s’en soucie ? Qui s’en émeut ? Un sanatorium ne fait-il pas partie du projet ? Eh bien ! pensez-y sérieusement. On nous a déjà condamné à respirer une odeur nauséabonde.
Paradoxe
Pourquoi, d’une part, dépenser des milliards de nos deniers pour encourager les touristes à nous visiter alors que, de l’autre, on détruit des beaux sites du pays. Au lieu de fluidifier le trafic routier, vous le congestionnez de manière conséquente. Ces pauvres touristes vont s’éloigner, c’est aussi simple que ça. Veuillez visiter le site : on alloue des permis de morcellements dans la région adjacente et, dans la même foulée, un destructeur à charbon. Vous serez étonné de vos décisions. Allez comprendre !
Les alternatives au projet en question sont très intéressantes, comme l’ont déjà suggéré nos experts (les vrais). Même nos aînés s’en sont mêlés pour essayer d’éliminer la construction du projet CT Power.
Par ailleurs, que fait-on des eaux de pluie dont nous gratifie la nature ? Prenons, par exemple, une de nos principales cours d’eau : la Grande Rivière Nord Ouest. Nous sommes en 2012 : aucun projet de barrage comme celui de Sorèze, proposé par trois de nos ingénieurs en 1965. Barrage assez large pour une route à deux voies reliant Beau-Bassin à la route nationale. Eau captée : 75% du volume de la Mare aux Vacoas pour les turbines du CEB – eau servant à l’irrigation et eau potable via Pailles pour alimenter Port-Louis et une partie de la région nord. Les experts japonais s’y sont mêlés, avaient même travaillé le coût du projet; bis experts peuvent-ils nous dire où est passé ce projet de valeur ? Savez-vous que l’eau de pluie – on parle là de milliards de mètres cubes qui, faute d’être captée, va à la mer et rougit le bain même à Pointe-aux-Sables. Tout cela suggéré pour votre information. Pourquoi alors nous imposer le détestable charbon comme combustible ?
Aussi, Monsieur le Ministre, tout n’est pas perdu. Vous pouvez encore rectifier le tir. Nous ajoutons que nous ne sommes pas contre le développement de notre île. Qu’on nous offre une île durable comme promis, et non le contraire ! Nous vous suggérons de trouver un autre terrain, il n’en manque guère dans le pays. Les districts de Moka, Pamplemousses, regorgent de terres non utilisées ou sous culture de cannes à sucre. Suivez l’exemple des propriétés sucrières, vous en tirerez profit ; qui plus est, elles ne gênent personne dans leurs activités.
Nous souhaitons ne pas avoir à répéter cette triste phrase : « Pleure, pleure mon île Maurice bien aimée, on te fait du mal ! »