Le dixième forum de la Commonwealth Telecommunications Organisation a pris fin hier à l’hôtel InterContinental, Balaclava. Plusieurs intervenants ont défilé depuis lundi pour aborder le thème principal : « Le haut débit comme un facteur majeur de développement socio-économique pour les pays du Commonwealth ». L’île Maurice fait d’ailleurs figure de bonne élève en matière de déploiement de broadband, son effort pour l’élaboration d’un plan national stratégique s’étendant jusqu’à 2020 ayant été salué par les délégués.
L’accès à l’Internet haut débit est devenu une condition essentielle pour s’informer, s’éduquer, se former, se divertir et bénéficier de divers services administratifs. L’île Maurice serait ainsi un exemple pour les pays du monde, notamment grâce à son plan stratégique national pour le déploiement de l’Internet broadband. Selon Fabio Lette, représentant de l’Union internationale des télécommunications, pas moins de 62 pays ne possèdent pas un plan stratégique national, ce qui pourrait y compromettre le déploiement du haut débit.
Les initiatives de l’Information Technology, Communications and Telecommunications Authority (ICTA) – dont la mise en place d’un système de filtrage pour lutter contre la pédophilie sur le web avec la collaboration des fournisseurs d’accès à Internet – ont été citées comme exemple lors du forum de la Commonwealth Telecommunications Organisation (CTO). Cette rencontre a été l’occasion d’étudier comment le broadband contribue et peut contribuer au développement socio-économique dans les pays membres. D’ailleurs, selon plusieurs études, le développement d’Internet serait un facteur soutenant la croissance.
Des intervenants des pays du Commonwealth ont ainsi fait état des pratiques et initiatives de leurs pays pour le déploiement de l’Internet haut débit. Les contraintes freinant la pénétration du broadband, en particulier dans le continent africain, ont été abordées durant un atelier organisé lors du CTO Forum. L’Afrique, encore enclavée numériquement, est le continent le plus en retard dans le domaine. Il représenterait moins de 5 % des utilisateurs Internet dans le monde, la majorité des pays africains comptant un très faible nombre d’usagers Internet.
Le secteur de l’Internet haut débit en Afrique est encore très peu développé du fait des vastes étendues géographiques et de l’éloignement de certains pays enclavés qui n’ont pas accès aux câbles sous-marins à fibre optique ou qui ne sont pas connectés aux pays qui y ont accès et qui sont donc limités aux connexions satellites de faible capacité et très chères. Les directeurs des sociétés satellitaires Aventi, Intelsat et O3b, ont ainsi présenté la nouvelle génération de satellites permettant de couvrir de plus petites régions et pouvant devenir complémentaires aux câbles sous-marins. L’on apprend qu’aux îles Fidji, une taxe de 6 % est prélevée sur les appels internationaux. Dans d’autres pays comme la Trinité-et-Tobago, l’on projette de mettre en vente aux enchères leurs bandes de fréquence pour la 4G afin de lever des fonds et de rendre l’accès à l’Internet haut débit plus accessible.
Enjeux majeurs
L’un des enjeux majeurs immédiat est la migration vers l’IPV6 (Internet Protocol Version 6), le successeur de l’IPV4 (Internet Protocol Version 4). Un sujet que le citoyen lambda ne maîtrise pas aisément, à moins d’évoluer dans le monde des technologies de l’informatique. Le Programme Manager de l’IPV6, Hisham Ibrahim, a tenté de fournir une explication simple de ce concept lors d’un exposé et d’expliquer les enjeux aux délégués présents. Il a d’abord procédé à une définition des ressources internet actuelles.
L’exemple d’un service postal est utilisé : pour s’échanger des courriers, l’on a besoin de connaître l’adresse de l’expéditeur et celle du destinataire. Les deux doivent impérativement être uniques. Le même principe s’applique à l’Internet. Dans le monde internet, ces adresses prennent la forme d’adresses IP qui permettent les échanges de données depuis la source et l’origine. Des séries de numéros sont utilisées pour identifier les ordinateurs et autres périphériques. L’IPv4 ne suffit plus aujourd’hui pour fournir une adresse à chacun des habitants de la planète avec le nombre de connexions qui augmente. Son successeur IPv6 a été choisi pour le remplacer, mais il nécessite tout une adaptation. Les deux protocoles, fait comprendre Hisham Ibrahim, sont différents et ne sont pas directement compatibles.
Maurice, soulignons-le, accueille les locaux d’AFRINIC (African Network Information Centre) situés à Ébène. Ce centre n’est autre que le Registre Régional d’Internet desservant l’Afrique et l’océan Indien. Son CEO Adiel Akplogan a défini le rôle d’AFRINIC, qui se consacre aussi à la formation depuis 2004, dans la migration de l’IPV4 à l’IPV6, notamment en termes de déploiement technique. « Nous avons par la suite pris conscience du fait que les décideurs et les policy makers devraient eux aussi comprendre les enjeux de cette migration, de même que leurs implications », a-t-il expliqué. Avec le nombre grandissant d’utilisateurs d’Internet, la demande se fait en effet pressante pour allouer plus d’espace aux adresses, ce qui n’est plus possible avec l’IPv4. Pour cette association à but non lucratif, il est important que les pays d’Afrique se dotent de cette technologie afin que leurs réseaux Internet ne se saturent pas. Le réservoir des adresses IPv4 allouées à l’Afrique arrivera à épuisement d’ici la fin 2015.
L’ICTA a d’ailleurs évoqué les mesures adoptées pour décider de la meilleure approche pour le passage vers l’IPv6. Elle a ainsi organisé un atelier de travail avec les différentes parties prenantes en mars 2011 et a mis en place des recommandations pour que les entreprises mauriciennes puissent réussir la transition vers le nouveau protocole de l’Internet.
Le dixième forum de la CTO a pris fin hier après-midi avec des discours de remerciement à l’intention de Beatrice Khamisa Wani, vice-ministre des Télécommunications et des Services Postaux du Sud Soudan et de Nizam Baksh, ministre des Services publics de la Trinité-et-Tobago.