Le projet du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, de venir de l’avant avec une Economic Mission Statement sous forme de Blueprint 2030 en vue de baliser la voie vers le second miracle économique, ne laisse pas insensible. En attendant le rendez-vous de samedi prochain, Reeaz Chuttoo de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP), Lindsey Collen de Lalit, de même que des syndicalistes de la fonction publique, Rashid Imrith et Narendranath Gopee, partagent leurs réflexions au sujet de cette étape visant à insuffler un nouvel élan au gouvernement de Lalyans Lepep. La priorité qui se dégage concerne la nécessité de créer des emplois pour repousser le spectre du chômage, qui affecte plus d’un jeune sur trois (33,8%).
Sceptique quant à l’exercice envisagé par le gouvernement, le syndicaliste de la CTSP l’est. Il ne le cache pas. Et pour cause, il lâche sans crier garde : « si pa kapav guet 2015, kouma pou guet 2030 ? » Il ajoute avec un brin d’aigreur que « kapav zot koné zot pa pou là en 2030, samem zot koz sa ». Il met en garde contre le fait que « ce Blueprint Horizon 2030 li koumadir finn asiz lor enn bourik ki finn an pandan enn karot divan li ». Il soutient que depuis le début de cette année, la situation ne cesse de se détériorer, alors que les solutions pour soulager les difficultés de la population se font attendre.
« La condition sine qua non du miracle économique et de la stabilité sociale passe par une réduction du chômage parmi les jeunes. Or, que constatons-nous ? Les décisions politiques adoptées ont un effet contraire et ne font qu’augmenter le nombre de sans-emplois. Avec une politique salariale favorisant un gel des salaires ou même une augmentation minimale de salaires au cours des dix dernières années, les contributions de ceux partant à la retraite sont au strict minimum. Une fois à l’âge de la retraite, ils cherchent toujours à faire partie du monde du travail pour arrondir leurs fins de mois », déclare Reeaz Chutto, qui rappelle qu’avec des salaires de Rs 15 990 en tant que plafond pour les contributions au Fonds national de pension, 85% des salariés du secteur privé ne sont pas parvenus à ce niveau.
Le syndicaliste de la CTSP met également l’accent sur des salaires variant entre Rs 10 000 et Rs 15 000 accordés à des détenteurs de diplômes universitaires, alors que quelque 100 000 employés dans le textile, le seafood hub et les services survivent avec des salaires de base de Rs 5 000. « Demain devra-t-on importer 100 000 ressortissants étrangers, ne se souciant pas pour travailler pour des salaires de misère, en vue de remplacer cette main-d’oeuvre mauricienne ? Vous n’avez qu’à voir ce qui se passe dans le secteur de la construction avec des contracteurs venus de Chine. Ce sont des conditions susceptibles de déboucher sur une explosion sociale si des mesures d’urgence ne sont pas entérinées sur le plan de l’emploi », s’insurge-t-il.
Reeaz Chuttoo tire la sonnette d’alarme par rapport au projet de Smart Cities, dont le résultat pourrait transformer des Mauriciens en des étrangers dans leur propre pays. « 75% du patrimoine foncier seront alloués à des étrangers. Ce n’est pas du développement. C’est une braderie et n’importe qui peut se vanter d’avoir attiré des investissements étrangers », déclare-t-il en dénonçant ce qui se passe à Rodrigues. Le syndicaliste de la CTSP est catégorique. « La population a soif de résultats dans l’immédiat sous forme de distribution équitable de la richesse nationale et de la valorisation des emplois ».
Dans le camp de Lalit, on mise sur un plan en dix points dans l’immédiat avec accent sur l’emploi. « Premye priorite ki gouvernman ti bizin adrese, li kreasyon anplwa dan kad enn diversifikasyon agrikol masif, akonpayne par kreasyon lizinn pou prezerv/transform prodwi an alimantasyon », déclare Lindsey Collen, qui remet en cause la politique de « nouvo zeografi ekonomik » avec l’élimination des emplois permanents dans les régions rurales.
« An memtan, gran Mall finn vinn instale rezyon riral, divan lizye sa lepep riral san anplwa stab. Gouvernman pa kapav asize, les tou dimounn lakanpayn vinn travayer domestik pou dimounn ris, dan IRS, Smart Cities, ERS, lotel, bengalo, etc. Bizin sirtou asir kreasyon anplwa dan nouvo prodiksyon pou fam, osi byin ki pou zom », s’appesantit Lalit.
Les autres propositions de Lalit, en sus de la revendication de la souveraineté des Chagos, et le boycott d’Israël et la préservation de l’Etat-providence sont la reconnaissance de la « kapasite inovatif » de la population avec l’usage du kreol et du bhojpuri et tant que médium, une politique de logement décente et « affordable » pour les plus défavorisés, la destruction de la base de données centralisée constituée avec le projet de Biometric ID Card, une nouvelle politique visant à décriminaliser les utilisateurs de drogue, le droit aux membres de la force policière de se joindre en un syndicat et une politique favorisant des sources d’énergie propres et non la bagasse, le charbon et l’huile lourde.