La culture d’Arundo Donax pour la production énergétique. Tel est le projet dans lequel la Solitude Water Users’ Cooperative Society se dit prête à se lancer. C’est en tout cas ce qu’affirme Vijaye Chuturdharee, secrétaire de la coopérative de Solitude. Cette décision a été prise à la lumière des résultats « positifs » obtenus par la société Equilibre, à l’origine du premier projet de culture d’Arundo. Cette entreprise, en collaboration avec l’AREU, a initié la culture de l’Arundo depuis 2010 et a pour objectif de développer cette culture en partenariat avec les planteurs.  
Deux champs d’Arundo, d’une superficie totale de 15 hectares, donneront prochainement leur première récolte : un succès pour ce projet lancé dans le Nord il y a 12 mois. M. Chuturdharee et les membres de la coopérative sont convaincus que l’Arundo présente de nombreux atouts pour les planteurs ayant délaissé leurs terres. A ce jour, et d’après les chiffres publiés par la MSIRI, Maurice compte environ 6 000 hectares de terres délaissées. Cet abandon continue tous les ans, même si un certain ralentissement a été noté ces dernières années. Pour la coopérative de Solitude, ces planteurs, soutenus par le Biomass Energy Scheme annoncé par le gouvernement lors du dernier Budget, pourraient retourner vers leurs terres en friches pour se lancer dans la culture de l’Arundo pour la production de biomasse. « Beaucoup de planteurs ont en effet abandonné leurs champs car leur travail devenait trop pénible ou parce que la culture de leurs terres marginales est rendue difficile par un mauvais accès à l’eau d’irrigation en période sèche, par le manque de main-d’oeuvre et le haut coût de production.  Ils ont désormais une alternative très intéressante car l’Arundo est une plante facile du point de vue agricole », affirme M. Chuturdharee.
Prenant diverses formes, mais toujours issue de la nature, la biomasse est la source d’énergie renouvelable la plus utilisée dans le monde. « A Maurice, nous connaissons tous la bagasse comme forme de biomasse. Mais il a été découvert que l’Arundo, une plante qui existe chez nous depuis presque deux siècles, serait idéale pour la production énergétique », explique M. Chuturdharee. Ainsi, depuis 2010, l’Arundo Donax a fait l’objet d’études par l’AREU, l’Université de Maurice et les moyens planteurs de la région, en coordination avec la société Equilibre, qui travaille à la production de sources d’énergie verte. Du haut de ses 6 à 10 mètres, l’Arundo a des allures de canne géante, mais elle est en fait un grand roseau aux multiples atouts. Sa robustesse lui permet de survivre aussi bien aux sécheresses qu’aux inondations. Elle est aussi moins gourmande en eau que la plupart des cultures. Sans compter qu’elle s’adapte facilement à son environnement et tolère d’être cultivée sur des sols très variés, argileux ou caillouteux, et même peu fertiles, comme les sols sableux et salins. La culture de l’Arundo est respectueuse des sols car elle n’a besoin que de faibles quantités de fertilisant, et se développe bien grâce au composte naturel, toujours selon des tests effectués par l’AREU. En outre, elle ne nécessite pas d’insecticide, car elle est très résistante (ni son feuillage, ni sa tige creuse n’attirent les parasites et les maladies). De plus, elle n’est pas envahissante, car elle produit des fleurs stériles qui empêchent sa propagation. « Il faut comprendre qu’une plante envahissante a la capacité de coloniser rapidement une zone et de se propager très loin, causant beaucoup de perturbations à l’environnement. L’Arundo est présente chez nous à l’état sauvage depuis 1835, et nous n’avons eu aucun problème de ce type à ce jour. »
Selon les études de l’AREU et de l’Université de Maurice, l’Arundo présente aussi des atouts remarquables  du point de vue financier : sa croissance est rapide, ce qui autorise jusqu’à 3 récoltes annuelles. Les études faites notent un rendement mesuré jusqu’à 90 tonnes par arpent, alors que dans d’autres pays où l’Arundo est cultivé, le rendement peut atteindre plus de 120 tonnes par arpent. Que ce soit le rendement obtenu à Maurice ou le potentiel par rapport aux pays étrangers, l’avenir des planteurs, qui sont aujourd’hui en difficultés, pourrait être bientôt plus… vert !