La communauté de planteurs d’oignons et de semences du Sud-Est, principalement installée en bordure de la mer à Grand-Sable, Petit-Sable et Bambous-Virieux, a reçu la semaine dernière des appareils issus de technologie moderne permettant de mesurer, entre autres, la salinité de l’eau et d’apporter en conséquence les mesures correctives à leurs méthodes de culture. Le don de ces appareils fait partie d’un programme d’empowerment d’environ 200 planteurs, membres de l’Association des planteurs du Sud-Est, confrontés depuis une dizaine d’années aux effets néfastes des changements climatiques, particulièrement la montée du niveau de la mer, sur leurs cultures.
Dans le temps, les planteurs savaient d’instinct quant ils pouvaient arroser avec l’eau saumâtre, en prenant comme indicateurs les petites grenouilles. Si elles s’y baignent, le taux de salinité est bonne. Au fil des ans, ce savoir s’est perdu lorsque nombre d’entre eux ont dû cesser leurs activités en raison d’une part de l’érosion de leurs terres par les eaux pluviales descendant des montagnes avoisinantes et d’autre part le phénomène grandissant de salinité, auquel s’ajoutent les sécheresses qui en augmentent le taux.
Il a été constaté en effet que l’eau de mer pénètre de plus en plus à l’intérieur des terres, affectant le seuil de tolérance de salinité des plantes, qui peinent à puiser les nutriments nécessaires à leur pousse. L’excédent de sel, par un système semblable au système capillaire, remonte alors à la surface et se dépose sur le sol, bloque l’aération de la plante, dont les racines sont brûlées, et empêche l’infiltration de l’eau.
Ce taux de salinité augmente également par la méthode d’irrigation utilisée car majoritairement faite à partir d’eau saumâtre puisée en bord de mer. Chaque matin, les planteurs utilisent l’eau saumâtre pour enlever l’eau saline qui s’est déposée sur les feuilles des plantes. Il s’agit donc d’apprendre aux planteurs à faire une bonne gestion de la salinité de ces deux sources d’eau. Ainsi, si le taux de concentration de l’eau de mer est d’une moyenne de 50 000 microsemen, l’eau saumâtre, elle, ne doit pas dépasser le seuil de 2 000 microsemen.
Pour l’heure, il n’existe aucun autre moyen d’irrigation dans la région en raison du manque d’infrastructures nécessaires pour retenir les pluies. Selon les promoteurs du projet, si un jour l’eau saumâtre arrive à devenir trop salée, il faudra envisager de trouver les fonds nécessaires à la construction de réservoirs. D’où le présent projet visant à former les planteurs à recueillir eux-mêmes des échantillons d’eau saumâtre et d’en mesurer le PH, la conductivité, la salinité et la température au moyen de Multiparameter PCS Tr TM 35, dont six exemplaires ont été fournis par l’entreprise Ducray Lenoir. Cet exercice, suivi de l’enregistrement des données en fonction de la date et de l’heure, doit être entrepris tous les trois mois. Il permet de prendre les mesures correctives à court et long termes, à savoir adapter les habitudes d’arrosage à une période propice de la journée, par exemple à marée basse, ou encore l’utilisation de matières organiques.
« C’est un pas important qui est fait en vue d’amener les planteurs à plus de discipline, mais plus important encore à une culture de la recherche, de l’analyse et de discussions avec les laboratoires concernés par la recherche agricole et environnementale », déclare Eric Mangar, président du Mouvement pour l’Autosuffisance alimentaire, promoteur du projet conjointement avec le National Environment Laboratory du ministère de l’Environnement. La MAA est présente dans la région depuis une quinzaine d’années où elle travaille entre autres sur les cultures tolérantes à la salinité de l’eau. Si le projet s’avère concluant, il sera reproduit dans d’autres régions agricoles en bordure de mer.