De la culture de légumes il y a 25 ans, Anand Huzoree, un entrepreneur agricole habitant Belle Vue Maurel, cultive aujourd’hui des letchis, des bananes, des papayes, des fruits à pain, des pistaches et de la citronnelle sur des terres qu’il loue en divers endroits à des particuliers. Et cela ne suffit pas à cet entrepreneur agricole passionné de la terre, qui fait maintenant dans les « provins » (boutures) de letchis, une nouvelle activité qui « rapporte bien ». Et de dire : « Il y a une bonne demande pour les boutures. J’ai en environ 800 de letchis en stock. J’envisage d’en faire dans le fruit à pain maintenant. »
C’était en 2011. Comme à son habitude, Anand Huzoree part récupérer des plantes de fruit à pain à la station agricole de Pamplemousses. Sur place, il voit alors une personne en train de travailler sur la production de boutures à partir de plantes de letchis. « Je lui ai parlée et je me suis intéressé à développer ce business à condition qu’elle m’aide dans cette nouvelle activité. J’ai été aussi encouragé par un cadre du FAREI, qui m’a offert un guide agricole. Tout était dedans et j’ai demarré d’abord un projet de verger de letchis avec une centaine de plantes, que j’ai obtenues de la station agricole de Barkly », raconte-t-il.
Au début, des gens qui passaient près du verger lui volaient des plantes. Mais Anand Huzoree était nullement découragé, « ni en colère, ni stressé », dit-il. « J’avais toujours des plantes en réserve chez moi. Je les remplaçais très vite pour ne pas laisser des fossés vides. Dimoun ti pe kokin me mo finn pran li byen. Kombyen zot pou kokin ? » poursuit-il avant d’exprimer sa joie d’avoir pu devenir propriétaire d’un verger de letchis, qui lui rapporte aujourd’hui de bons revenus. Ce verger lui a aussi permis de produire 260 boutures de letchis l’année dernière, qu’il a vendues directement à un marchand. Cette année, il en a fait pour la deuxième fois et en a obtenu environ 800, qu’il écoule à Rs 175 l’unité.
Des plantes solides
Anand Huzoree estime que les plantes issues des boutures sont « plus fortes » que celles qui ont germé à partir des graines. Leur rendement en fruits est aussi meilleur, car bien que petites, ces plantes ont l’âge de l’arbre dont elles sont issues, soit de plusieurs années, tandis que celles ayant germé à partir de graines « ne sont que des bébés ». Il explique : « Certaines fois, les boutures fleurissent un an seulement après les avoir mis en terre. Mais il faut enlever les fleurs et laisser les plantes grandir au moins pendant trois ans avant de les laisser fleurir et produire des fruits. » Vu le succès qu’il remporte avec ses boutures de letchis, cet entrepreneur envisage maintenant de produire des boutures de fruit à pain et de longane. « Autant en profiter car les demandes pour ces boutures pleuvent en ce moment. Plus tard, on ne sait pas… »
Notre interlocuteur, âgé de 62 ans, travaille la terre depuis qu’il a quitté l’école primaire, soit à 11 ans. Mais il n’est devenu un entrepreneur agricole que depuis 25 ans environ. Quatre personnes travaillent à plein temps pour lui. « J’ai tout le temps travaillé sur la propriété sucrière d’Antoinette et je pratique l’agriculture à mi-temps. Outre mon verger de letchis, sur une superficie d’un arpent et demi, je cultive aussi le fruit à pain sur un arpent, de même que la citronnelle, la banane et la papaye. Je ne fais que cultiver. Le reste, ce sont les marchands qui s’en occupent. Ils viennent et me les achètent. Certains pour les revendre aux hôtels… » indique-t-il. Anand Huzoree s’est aussi essayé à l’élevage de poulets en 1985, qu’il a pratiqué pendant dix ans. S’il avait 1 200 poulets, il aura cependant dû arrêter ses activités en raison d’un problème sanitaire.
Assurer son avenir
A ses débuts dans l’agriculture, cet entrepreneur n’avait qu’un but en tête : assurer sa retraite. « Mon but était de commencer à pratiquer l’agriculture très tôt dans la vie pour qu’elle me donne de bons revenus lorsque j’atteindrai le troisième âge. Pour que je n’ai aucun souci à faire rouler ma cuisine, car ce n’est pas pareil lorsqu’on a des salaires réguliers et lorsqu’on vit grâce à une pension. Je peux dire que j’ai réussi à atteindre mon objectif », poursuit-il, avant de dire toute sa satisfaction d’avoir pu bien gagner sa vie « même sans grandes qualifications », et ce tout en élevant ses deux enfants, aujourd’hui gradués.
Cependant, Anand Huzoree est quelque peu inquiet de l’avenir car la relève est difficile dans l’agriculture. Au pis aller, estime-t-il, seulement 5% des jeunes d’aujourd’hui s’intéressent à ce secteur. « Je ne sais pas ce qui se passera à l’avenir. Eski pou kontinye ena manze dan pei ? Tout ce qu’on mange vient de la terre et les gens ne veulent pas travailler la terre. Ki pou manze ? J’ai créé ce verger pour qu’il rapporte des revenus à mes enfants sans trop de peine, mais les autres, que deviennent-ils ? » s’interroge-t-il.
Anand Huzoree dit comprendre les parents qui ne veulent pas que leurs enfants travaillent la terre. Lui aussi est de ceux-là. Il dit cependant qu’on peut guider ceux qui échouent sur le plan académique à se tourner vers l’agriculture, « qui leur rapportera de bons revenus ». Au cas contraire, dit-il, ils resteront au chômage. « Osi, kan nou pou plant mwins, nou pou bizin import pli boukou e pey pli ser », fait-il ressortir, avant d’estimer qu’à l’avenir, « les grandes compagnies produiront davantage de fruits et légumes » et que les petits planteurs disparaîtront. Il n’est pas trop tard pour les jeunes, selon lui, de commencer à pratiquer l’agriculture. « Ils ne seront pas perdants grâce au guide agricole et le FAREI. »