Au commencement, il y a un homme, un tronçon de bois et un outil. Puis viennent des formes et une sculpture. Au bout de tout cela, un artiste, une transmission, mais aussi une deuxième vie offerte. Jean Marc Mardi est un sculpteur qui ressent le besoin de partager son histoire, de nous communiquer son admiration de la beauté de l’existence, et surtout de modeler ses créations en fonction de sa vision engagée de la société. Rencontre.
Beaucoup ont découvert son travail lors du lancement de Lasosiasion Pratikan Sega Tipik, qui a vu naissance au Jardin de la Compagnie en juillet. Parmi une brochette d’artistes venus célébrer leur engagement en faveur de cette cause, Jean Marc Mardi, 45 ans, avait sculpté un homme à la ravanne. Depuis, une danseuse et un chanteur de sega tipik se sont ajoutés à la scène. “Mais quelques modifications sont encore nécessaires avant que le travail ne soit terminé”, confie le sculpteur. Le plaisir de militer pour la visibilité d’une cause est décuplé par la satisfaction d’avoir redonné vie à un bout de bois “ramassé non loin d’un moulin”, qui était bon pour la poubelle.
Ayant vu émerger et évoluer bon nombre de sculpteurs, Bambous est connu comme un haut lieu de formation pour s’adonner à la sculpture en bois. Jean Marc Mardi fait partie de cette histoire. Dans sa cour s’entremêlent plusieurs tronçons de bois, ainsi que des ébauches de sculptures.
Tronc sur les jambes, comme perdu dans ses pensées mais très concentré, l’artiste travaille les contours d’une ravanne, essayant de le reproduire le plus fidèlement possible. Il observe, galbe les volumes et dégage les détails du motif. Un travail de fourmi à devenir marteau. En tant qu’artiste engagé vers la promotion de la culture, “travailler des sculptures qui me permettent de faire passer des messages en faveur d’une cause est beaucoup plus intéressant”.
Un métier et une passion.
La sculpture se veut une plate-forme pour oeuvrer en faveur du sega tipik, mettre à l’honneur la femme mauricienne, rendre hommage à un ami égaré qui a perdu la vie dans des circonstances tragiques. Parmi toutes les ébauches disposées à l’extérieur, celle d’un homme à la morphologie atypique interpelle. “C’est un ami qui était complexé par rapport à ses différences, et n’acceptait pas l’image qu’il renvoyait”, confie Jean Marc Mardi. Mettre en lumière la beauté des êtres, dans une île Maurice qui accepte et tolère mal la différence, est important pour le sculpteur. S’inspirant du monde qui l’entoure et des faits de société, “je transcris le plus possible mes sculptures en ce sens”.
Après avoir échoué aux examens du CPE, Jean-Marc Mardi intègre à 12 ans le Centre d’apprentissage St Sauveur à Bambous. Une institution qui ouvre alors ses portes aux jeunes qui souhaitent s’orienter vers une formation technique. “En optant pour la menuiserie, j’ai commencé à côtoyer des outils. J’ai découvert un métier mais aussi une passion. Car le bois est aussi source d’inspiration.” Plongeant dans ses souvenirs, il se rappelle avoir ramené chez lui des outils, avec l’autorisation de ses professeurs.
Préférence pour le bois noir.
Sa première création : l’image d’un dodo sur une boîte d’allumettes, qu’il taille à travers un bout de bois. “Au vu du résultat, il y avait matière à continuer.” Il enchaîne avec des statuettes de la Vierge Marie et d’autres créations, jusqu’à devenir un sculpteur chevronné. À un moment donné, il est très actif au sein de l’École de sculpture de Bambous de Lewis Dick. Il enchaîne les expositions en groupe et remporte même des trophées avec le Regroupement Artistique Bambous.
Sa notion sur le bois s’approfondit avec ses divers emplois au sein de compagnies de menuiserie de renom. Aujourd’hui, il en connaît un rayon sur cette matière, un atout dans sa manche de sculpteur. “Pour sa qualité et sa solidité, c’est le bois noir que je préfère. Je n’utilise pas de tronçonneuse, mais directement le ciseau et le maillet pour sculpter”, précise-t-il. “Avant de m’attaquer à la pièce maîtresse, deux ou trois jours sont nécessaires pour dégager l’écorce”, confie notre interlocuteur. La plupart de ses travaux sont éparpillés à travers l’île et une bonne partie se trouve à l’étranger.
Exposition en solo.
Dans son quartier, Jean Marc Mardi est un exemple à suivre pour beaucoup d’enfants, qui aiment graviter autour de lui quand il se retrouve dans le feu de l’action. Il passe graduellement le relais à son fils. “Transmettre est très important. J’essaie souvent de partager des techniques avec les enfants du coin. Et si l’essai est concluant, je les aide autant que possible.” Avoir une connaissance en dessin est important, mais les maîtres mots pour faire la différence, ce sont l’amour et la passion.
La prochaine étape pour Jean Marc Mardi est une exposition en solo. Comme en témoignent les nombreuses maquettes disposées dans sa cour, elle est en bonne voie. “J’ai des projets plein la tête et j’ambitionne de les sculpter dans la réalité dans un très proche avenir.” L’un d’eux, c’est la reproduction en bois de personnages phares de dessins animés : Lucky Luke, Donald Duck, Batman, Superman, etc.
Même si ses obligations professionnelles freinent légèrement ses projets, il pense continuer pendant encore longtemps à tailler des vibrations positives de ce qui l’entoure.