Le secteur musical est en panne. La vente de disques a chuté drastiquement, les espaces de diffusion deviennent de plus en plus inaccessibles et, faute de subventions adéquates, la circulation des artistes stagne. L’ampleur du piratage familial n’arrange évidemment pas les choses…
Tous les acteurs du monde musical sont unanimes : la musique est en pleine crise. Les producteurs éprouvent de grosses difficultés pour produire et éditer de nouveaux albums. Les auteurs-compositeurs se sentent lésés : leurs droits sont bafoués par le piratage mais également par d’autres formes d’exploitation comme les caller tunes, les téléchargements sur le net ou encore le piratage familial. La diffusion musicale se heurte aussi au manque d’espaces ou à la cherté des prix de location de salles ou de stades, malgré les subventions du ministère des Arts et de la Culture.
Vente de disques.
“La vente de disques a connu une chute de plus de 40%. C’est énorme pour notre pays. C’est un gros manque à gagner pour les producteurs”, souligne Siva Pareemanum, de Dodo Music. Les producteurs réfléchissent à deux fois avant de lancer un disque. “Je ne peux plus produire comme avant. Ce n’est pas rentable, le piratage nous tue. Bientôt, il n’y aura plus de disques sur le marché à cause des pirates”, affirme Mario Justin, chanteur et producteur.
Valeur du jour, un jeune artiste vend en moyenne 50 à 200 disques, alors qu’un artiste confirmé peut atteindre la barre des 1,500. “Si l’artiste a un tube qui cartonne à la radio, il peut vendre entre 3,000 à 4,000 disques sur quelques mois. Avant, il vendait 10,000 à 15,000 exemplaires. C’est difficile de travailler dans ces conditions. Il n’est pas encourageant d’investir dans la musique”, souligne Siva Pareemanum.
Le piratage est le plus gros facteur en cause. “Si la loi était appliquée correctement contre ceux qui sont trouvés coupables de piratage, le plus gros problème serait réglé”, disent les producteurs. Il est stipulé dans la loi que le délit de piratage est passible d’une amende de Rs 300,000 ou d’une année de prison. Toutefois, malgré les nombreuses arrestations pour ce délit, personne n’a été condamné à cette peine. “Le pirate s’en sort le plus souvent avec une amende de Rs 1,000 à Rs 3,000. Ce n’est pas normal”, dit Siva Pareemanum.
Piratage familial.
À côté de la forme la plus connue de piratage, qui voit des marchands ambulants dans les rues des villes offrant à la vente des compilations à Rs 50, ou encore des disquaires proposant des copies d’albums d’artistes locaux au même prix, il y a aussi le piratage familial qui prend de l’ampleur. “Aujourd’hui, lorsqu’une personne achète un disque, c’est toute la famille qui en profite pour faire des copies ou pour l’enregistrer sur des ordinateurs. Cela affecte la vente : un seul acheteur va le partager avec un minimum de dix autres acheteurs potentiels. Cette forme de piratage est néfaste pour l’avenir de la musique locale”, note Siva Pareemanum.
Subventions.
Pour exister au-delà du support audio, l’artiste doit pouvoir s’exposer, se produire en public afin de promouvoir sa musique. Il lui faut un soutien et un espace adapté pour présenter sa création. Il se heurte alors à un obstacle de taille : le prix de location des salles de concert. Il existe bien une subvention prévue à cet effet, mais elle n’est allouée que pour un jour, alors que pour un concert, il faut compter au minimum trois jours de location. Le ministère des Arts et de la Culture offre une subvention de 50% pour un jour de location uniquement aux organisateurs d’événements culturels. Cette subvention ne concerne que les salles gérées par l’État : MGI, Swami Vivekananda, Théâtre Serge Constantin, Indira Gandhi Institute, Octave Wiehe…
Cela fait plus de dix ans que le montant pour l’aide à la réalisation d’un projet artistique est plafonné à Rs 15,000. Un chiffre aujourd’hui dérisoire lorsqu’on sait que la réalisation d’un album varie de Rs 200,000 à Rs 300,000. Lors d’une rencontre entre le ministre des Arts et de la Culture et des membres de l’Association des Auteurs Compositeurs (AAC), une demande a été faite pour revoir cette subvention à hauteur de Rs 50,000. “Nous sommes encore au stade de négociations. Rien n’est encore finalisé”, souligne Bruno Raya, de l’AAC.
Il y a aussi le grant pour les concerts à l’étranger, qui ne couvre que les frais des billets d’avion. Cette subvention se situe entre Rs 50,000 et Rs 250,000. Le seul hic est qu’un artiste ne peut y avoir recours que tous les deux ans. Ce qui signifie que si un artiste est invité à un festival international et qu’il revient avec d’autres contrats pour la même année ou l’année suivante, il ne peut pas bénéficier de ce grant. À ce niveau aussi, l’AAC est en pourparlers avec le ministre des Arts et de la Culture.
Copyright Bill.
Pour arriver à changer la donne, il faut passer par la loi. D’où l’importance de revoir le Copyright Act, explique Zanzak Arjoon, membre de l’AAC. L’ébauche du nouveau Copyright Act est déjà en chantier, mais il y a des manquements que les artistes veulent rectifier avant de l’amender. “Surtout au niveau des droits d’images et des supports intangibles, qui ne sont pas dans le Copyright Bill”, soutient Zanzak. Conscient que le support CD ne pourra rivaliser avec la nouvelle technologie, il devient urgent de se mettre à l’ère du numérique pour continuer à exister. “Il faut une volonté générale à tous les niveaux afin de trouver une solution pour sortir de cette voie et donner un nouveau dynamisme au secteur de la musique”, souligne l’auteur de Joker.
MASA.
Si la MASA gère les droits mécaniques des auteurs compositeurs, des arrangeurs musicaux et des éditeurs, elle ne traite pas directement les cas de piratages liés à des oeuvres locales ou internationales. “Toutes les plaintes et informations sur le piratage sont immédiatement canalisées vers l’Anti-Piracy Unit. Nos officiers sont ensuite appelés à consigner des dépositions, à authentifier les produits saisis et à être présents en cour lors des procès”, souligne Hansley Antoine de la MASA.
Dans le cas du non-respect du Producer Right entre Harbour Music et la MASA suite à une déposition de Méli Mélo et qui a vu la suspension du directeur par intérim de la MASA, Harold Lai, ainsi que la demande de retirer l’enquête à Hector Tuyau pour cause de conflit d’intérêt (sa fille travaille à la MASA), la société explique que cette demande n’émane pas d’elle. “La MASA n’est pas apte à intervenir dans les enquêtes policières. Cela ne relève pas de sa responsabilité ni de sa compétence. En tant qu’organisme parapublic, la MASA entretient une relation professionnelle et cordiale avec l’Anti-Piracy Unit”, précise Hansley Antoine.