Les candidatures à l’inscription sur les listes du patrimoine culturel immatériel ont été examinées par le comité intergouvernemental de l’Unesco pendant deux jours d’affilée, soit mercredi et jeudi, donnant lieu le plus souvent à des effusions de joie, mais aussi parfois à quelques déceptions pour les candidats qui ont été invités à compléter leur dossier pour renouveler leur candidature lors d’une prochaine session. Sept candidatures ont été inscrites sur la liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, tandis que 31 l’ont été sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Voici quelques exemples illustrant la grande diversité des patrimoines vivants et leur intérêt pour l’humanité.

Rites de passage massaï (Kenya)

Trois rites de passage masculin de la communauté massaï ont été inscrits sur la liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. Au Kenya, l’Enkipaata, l’Eunoto et l’Olng’esherr sont des rites interdépendants. L’Enkipaata permet de préparer les garçons à l’initiation. L’Eunoto concerne le rasage des moranes, ou jeunes guerriers, qui ouvre la voie vers l’âge adulte. Et enfi n, l’Olng’esherr est la cérémonie de consommation de viande, qui conclut le “moranisme” et marque le début de l’âge adulte. Âgés de 15 à 30 ans, les initiés apprennent ainsi leur rôle futur dans la société massaï. Ils abordent les questions de respect et de responsabilité, de sauvegarde de la lignée et de transfert des pouvoirs d’un groupe d’âge au suivant. La transmission des savoirs est au coeur du processus, sur l’élevage, la gestion des confl its, les légendes et traditions, etc. Neuf clans massaïs partagent ces rites, qui ont lieu en avril. S’ils attirent encore des foules, ils sont menacés par l’émergence de l’agriculture, les réformes du système foncier et le changement climatique. 

Le hurling (Irlande)

Le hurling, ou le camogie s’il est pratiqué par les femmes, est un jeu de terrain qui oppose deux équipes. Très présent dans la mythologie irlandaise, il remonterait à plus de 2 000 ans et se joue dans toute l’île ainsi qu’à l’étranger. Les équipes d’adultes comptent 15 joueurs, qui utilisent une crosse en bois (le “hurley”) semblable à celle du hockey mais avec un bout aplati, et une petite balle (le “sliotar”). Le but du jeu est de frapper le “sliotar” de manière à l’envoyer entre les buts de l’équipe adverse. Le hurling joue un rôle clé dans la promotion de la santé et du bien-être, de l’intégration et de l’esprit d’équipe. De nos jours, les techniques sont transmises dans le cadre de l’entraînement et de la pratique dans des écoles et des clubs. En tant que dépositaires du hurling, l’Association athlétique gaélique et l’Association Camogie, toutes deux bénévoles, jouent un rôle clé dans la transmission des compétences et valeurs associées au hurling. 

Les bains médicinaux Lum (Chine)

Les bains médicinaux Lum de la Sowa Rigpa sont pratiqués par les Tibétains, dont les principes de vie reposent sur les cinq éléments et l’idée selon laquelle la santé et la maladie dépendent de trois humeurs (Lung, Tripa et Pekan). En tibétain, Lum désigne les connaissances et pratiques traditionnelles liées aux bains dans des sources naturelles chaudes, dans de l’eau additionnée de plantes et dans la vapeur pour rééquilibrer le corps et l’esprit, garantir la santé et soigner les maladies. Influencés par la religion bön et le bouddhisme tibétain, ces bains reflètent les expériences populaires en matière de prévention et de traitement des maladies. Ils illustrent aussi la transmission des connaissances traditionnelles, présentées dans le traité Gyushi des quatre tantras, dans la pratique médicale actuelle. Les détenteurs et les praticiens sont des agriculteurs, des bergers et des citadins résidant dans les zones concernées. Le médecin (“Manpa”), le pharmacien (“Lum Jorkhan”) et l’assistant (“Manyok”) ont des responsabilités spécifiques dans la transmission.

Les parrandas (Cuba)

Organisées pour la première fois en 1820 dans la ville de Remedios, les fêtes des parrandas sont désormais célébrées par 18 communautés du centre de Cuba au cours des derniers mois de l’année. Il s’agit de compétitions culturelles entre les deux quartiers ou parties qui divisent chaque ville… Les deux parties oeuvrent tout au long de l’année à la préparation de ces fêtes des parrandas, qui ont lieu le soir.

Elles font appel à une grande variété d’expressions : conception et fabrication de répliques et de monuments, de chars et de costumes; chansons et danses; feux d’artifice; et décorations, telles que lampes, lanternes, banderoles et emblèmes aux couleurs de chaque quartier. Ces processions spectaculaires démontrent l’imagination et la créativité des groupes qui recréent et réinterprètent des histoires à grand renfort de lumières, de couleurs et de formes, d’approches à la fois traditionnelles et contemporaines.