La nouvelle ne manquera pas d’horrifier plus d’un : c’est dans des fosses communes que les Curepipiens auront désormais à inhumer leurs proches au cimetière de Bigara. Cette décision, qui n’a pas manqué de diviser le conseil, a été récemment approuvée par la municipalité lors d’une réunion du comité de la santé publique.
« Pour éviter tout malentendu, nous avons rencontré le 28 septembre les représentants des diverses confessions religieuses. Nous leur avons exposé notre projet et ils l’ont approuvé ! » affirme Iqbal Bundheea, président du comité de la santé publique.
Dans l’imaginaire populaire, une fosse commune est une fosse, dans une concession, dans un cimetière, où l’on enterre le corps des personnes pauvres (sans ressources, comme les SDF), non identifiées ou non réclamées ou encore tuées lors de catastrophes ou épidémies.
« Notre système n’a rien de si lugubre. Nous proposons tout simplement la fin de la possession des concessions individuelles privées à vie et à la place, c’est la municipalité qui devient propriétaire et gère l’occupation de toutes les concessions du cimetière et se donne par conséquent le droit de faire enterrer dans une fosse le proche de n’importe qui en fera la demande, pourvu qu’on respecte le délai de cinq ans et la croyance religieuse de la personne décédée », explique Iqbal Bundheea.
« Avec le présent système de concession privée, il y a des gens qui en possèdent plusieurs alors que leurs concitoyens ne trouvent pas place à Bigara », indique le président du comité de la santé publique. Iqbal Bundheea cite son cas en exemple. Il possède trois concessions à Bigara car trois de ses proches sont morts et dans chaque cas, le délai de cinq ans n’a pas été atteint. « Cela a commencé bien avant que je devienne conseiller et la municipalité a accédé à ma demande, n’ayant aucun autre choix. Aujourd’hui, je suis disposé à céder successivement les fosses pour qu’on puisse enterrer les autres ! » confie-t-il.
Iqbal Bundheea cite à ce propos le récent cas d’un Curepipien qu’on est allé enterrer à Plaine Magnien, faute de place à Bigara. « C’est inconcevable que quelqu’un ne puisse se faire enterrer dans le cimetière de sa ville alors qu’il y a des gens qui possèdent plusieurs concessions ! » s’indigne-t-il. « Avec le nouveau système que nous proposons la municipalité pourra faire enterrer quelqu’un dans n’importe quelle concession dès que le délai de cinq ans est passé ! »
À ceux qui arguent que leurs proches ne pourront pas venir se recueillir sur la tombe parce qu’il y aurait un étranger enterré, le maire de la ville lumière indique qu’un mémorial sera érigé où l’on pourra venir accrocher une plaque. « Il y a déjà ce genre de fosses communes dans les autres cimetières du pays », affirme Sunil Beedassy.
Selon le maire, c’est le manque aigu de place qui motive cette décision. « Au départ, le cimetière de Bigara couvrait une superficie de 15 arpents et comprenait 8 000 concessions. Mais aujourd’hui il est saturé. Avec la nouvelle extension de 11 arpents que nous avons récemment acquis, nous avons calculé qu’avec le rythme actuel d’une trentaine d’enterrements par mois, d’ici une dizaine d’années, cette nouvelle superficie sera également saturée », indique-t-il. Pour prouver ses dires, Sunil Beedassy avance qu’à ce rythme d’ici six ans, les 2 000 concessions de la première phase du projet seront occupées.
Tous les arguments ne convainquent cependant pas certains, à l’instar de Michel Labour-Adrien, qui est adjoint au maire. « En tant que citoyen, je ne peux m’empêcher de m’élever contre une mesure qui équivaut à un manque inqualifiable de respect envers nos morts et qui plus est, s’apparente à une profanation de sépulture caractérisée ! » s’indigne-t-il. Il précise par ailleurs qu’une telle décision aurait dû être prise non dans un petit comité restreint « presqu’à l’insu des citoyens », mais lors d’une réunion élargie du conseil où il y aurait eu un débat public sur la question.