Ministère de l'Education
  • Les syndicats des collèges privés et d’Etat mobilisent leurs membres en deux fronts communs distincts pour la contestation
  • Possible manifestation d’enseignants si le ministère ignore les protestations

La contestation du projet de Mauritius Educator’s Council, selon les contours dessinés par le ministère de l’Education, prend de l’ampleur dans le secondaire d’Etat et privé. Après le jour férié de lundi en raison de la visite papale, les syndicats d’enseignants de ces deux secteurs ont entamé la mobilisation de leurs membres pour contrecarrer les propositions du ministère.

Toutefois, s’il y a unanimité pour rejeter le projet dans sa forme actuelle, on relève deux groupes de syndicats distincts pour la contestation. La plateforme comprenant quatre syndicats majeurs du secondaire d’État et privé, qui s’est réunie hier au bureau de l’UPSEE, arrive à la conclusion suivante : « Plusieurs objectifs de cet Educators Council figurent déjà dans les lois de certains organismes de l’éducation. Cet Educator’s Council tel que le conçoit le ministère de l’Education n’a pas sa raison d’être et fera plus de mal que de bien à la profession. » 

La plateforme qui s’est réunie hier à Rose-Hill est composée de l’Education Officers Union (EOU), la Government Secondary Schools Teachers Union (GSSTU), la MGI Educators Union et l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE). Après une lettre de protestation adressée au ministère de l’Education, les membres de cette plateforme ont procédé à une analyse plus approfondie du document présenté récemment par le ministère concernant ce projet d’un Mauritius Educators’ Council. « En analysant ce document, on conclut que ce Council n’a pas sa raison d’être », dit Bhojparsad Jhugdambi, président de l’UPSEE.

Selon les observations de cette plateforme, plusieurs objectifs fixés par le ministère pour cet Educators Council de même que certaines de ses attributions figurent dans les lois régissant le fonctionnement de plusieurs organismes tombant sous la tutelle du ministère. À titre d’exemple, ils citent le volet relatif à la promotion de l’éducation et à la formation du personnel qui, selon eux, est déjà pris en charge par le ministère de l’Education, la Private Secondary Education Authority, la Mauritius Institute of Education et d’autres organismes.

« Les lois existantes prévoient aussi des comités disciplinaires lorsqu’il y a des allégations de manquements de la part des enseignants. Quelle sera donc l’utilité de ce Council ? » se demandaient les syndicalistes. Ces derniers sont catégoriques : « Actuellement, que ce soit dans le secondaire d’État ou dans le privé, il y a une forte résistance des enseignants à l’Educators Council imaginé par le ministère. »

Les dirigeants de cette plateforme demandent ainsi au ministère de ne pas donner suite à son intention de présenter un projet de loi au Parlement pour la création de cet Educators Council. « Les enseignants sont en colère. Ils n’hésiteront pas à manifester si le ministère fait la sourde oreille à nos protestations », prévient le président de l’UPSEE.

L’autre front commun est composé de la Secondary & Preparatory School Teachers and Other Staff Union (regroupant le personnel des collèges confessionnels catholiques et non-catholiques), de l’Union of Primary School Teachers et de la Secondary School Teachers Union. La Mahatma Gandhi Institute Educators Union, présente à la réunion tenue par l’autre plateforme hier, est aussi membre de ce front commun, qui devait se rencontrer au siège de la Federation of Civil Service and Other Union pour la première fois aujourd’hui.

« Nous avons déjà entrepris un premier travail de réflexion sur le document présenté par le ministère. À la lumière de ces premières observations, nous allons prendre une position officielle et, par la suite, les différents membres de ce front communiqueront à leurs membres respectifs cette prise de position », dit au Mauricien Patrick Freyneau, président de la SPSTSU.

Au sein de ces deux fronts communs, le principal point de désaccord avec le ministère concerne la composition du board. « Que ce soit pour le Medical Council ou pour le Dental Council, ainsi que pour le Nursing Council, le nombre de nominés au sein du board est inférieur à celui des membres élus par leurs confrères. Comment se fait-il que le nombre de nominés dans cet Educators Council sera plus élevé que celui des élus ? On a l’impression que le ministère veut contrôler cet Educators Council. Les enseignants n’accepteront jamais une telle proposition ! » déclare Sooryadanand Meetooa, président de l’Education Officers Union.

Les enseignants du secondaire estiment aussi que le nombre de membres élus proposé par le ministère pour siéger au sein du board de ce Council « est trop faible » par rapport à l’effectif de la profession dans le secondaire d’Etat et privé, comprenant en effet près de 10 000 personnes. Des enseignants suggèrent plutôt un Council séparé pour le secondaire au cas où il y aurait consensus pour la mise sur pied d’un tel Council à l’avenir.

D’autres, eux, lancent l’idée d’un National Teaching Council au lieu d’un Educators’ Council, lequel regrouperait alors tous les “stakeholders” de l’éducation, comme c’est le cas en Angleterre. « Un Educators Council se limite à la profession d’enseignants tandis qu’un National Teaching Council engloberait toutes les différentes parties engagées dans le service de l’éducation, y compris les chefs d’établissements, les “social workers”, les représentants des parents », explique un partisan d’un Teaching Council.