Quel avenir pour le peloton local en cette année des Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI) à La Réunion ? En tout cas, il s’annonce sombre, tant le nombre de coureurs a réduit comme peau de chagrin ces dernières années. Les faits ne mentent pas : disparition des clubs, absence de sponsors, peloton amoindri. La préparation souffre d’un manque considérable à quelques mois des Jeux (1er-8 août).
La sélection mauricienne arrivera-t-elle à reproduire sa performance de 2011, quand elle avait conquis l’or au contre-la-montre par équipes ? Seul le temps le dira. Mais à la lecture des événements survenus depuis l’année dernière, les choses ne s’annoncent pas aussi roses.
Premièrement, il y a l’arbre qui cache la forêt : Yannick Lincoln. Leader inamovible du peloton local, il a remporté l’année dernière son sixième Tour de Maurice devant une forte opposition. Mais c’est justement le seul fait d’armes de ce groupe. Si du côté de la Fédération mauricienne de cyclisme (FMC) on avance que la préparation a commencé, certaines langues ne se privent pas pour parler d’une débâcle lors des Jeux. « Il n’y a pas de relève. C’est là tout le problème du cyclisme local », avance-t-on.
D’ailleurs, la FMC a occasionné et essuyé de nombreux revers. Déjà, le climat délétère qui a prévalu pendant la saison 2014 a été propice à une levée de boucliers en règle. La suspension de Lawrence Wong et la traduction de Jean-Philippe Lagane devant un comité disciplinaire pour avoir tenu des propos contre la FMC a seulement contribué à enflammer une situation qui couvait sous les cendres.
Il faut le dire, la FMC n’a pas fait l’unanimité auprès des coureurs et des dirigeants de clubs, surtout dans sa gestion des dossiers prioritaires. On notera pour l’histoire l’absence de sponsors pour trois maillots distinctifs sur le Tour de Maurice.
« C’est le signe qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. On n’a jamais vu un maillot de leader sans un sponsor sur le Tour ».
Mais plus que ce signe, on a noté l’année dernière la disparition d’un des plus vieux clubs de l’île. Le Vélo Club de Pamplemousses (VCP) a disparu, emportant dans son sillage les quelques coureurs qui restaient. « C’est vraiment le moment où tout a basculé. C’est le signe qu’il faut tout recommencer ».
Pas de relève
Ensuite, il y a eu le KFC-FFCC qui contestait ouvertement la non-sélection de Steward Pharmasse aux Jeux du Commonwealth en Écosse. La suite était donc écrite, tous les coureurs du Faucon Flacq ont décliné les appels pour intégrer la présélection. Et pour ne pas arranger les choses, il se chuchote que Sébastien Tyack a définitivement rangé le vélo. Dans le même souffle, le KFC-FFCC a signifié son intention de ne pas honorer une éventuelle sélection.
Pour remplacer les quatre coureurs, le comité technique a fait appel à quatre autres cyclistes, dont un qui n’a pas enfourché son vélo depuis plus d’un an. Signe que la relève n’est pas là : on retrouve cinq coureurs de plus de 30 ans dans ce premier groupe de 15 coureurs. « C’est ce qui fait dire que les choses seront compliquées aux JIOI. Il y a deux sprinters de moins dans le groupe. C’est vrai qu’avec eux on aurait eu plus de cartes à jouer », poursuit notre interlocuteur.
D’ailleurs, on a souvent reproché, à demi-mots, l’absence de la sélection dans les années suivant les JIOI. « L’idéal aurait été de garder le groupe actif, qu’il s’entraîne ensemble. Mais c’est tout le contraire qui se produit. On attend un an avant que les JIOI arrivent pour mettre sur pied un groupe de quinze coureurs, qui sera réduit par la suite ».
Cependant, tout n’est pas si noir. La FMC a de l’ambition. Elle souhaite envoyer, début février, un équipe complète aux championnats d’Afrique de cyclisme sur route en Afrique du Sud. « Cela fera partie de la préparation pour les Jeux des îles et des Jeux d’Afrique », avait alors avancé le président Hervé Flore. De plus, deux jeunes coureurs, Yohan Pirogue et Kimberley Lecourt, seront en stage avant la compétition.
Mais le vrai problème se pose au niveau de la densité du peloton. Le nombre de coureurs diminue d’année en année. La relève, elle, tarde à s’affirmer. « C’est un fait que beaucoup de parents n’aiment pas l’idée que leurs enfants s’entraînent en pleine rue, à la merci des automobilistes. Mais le vélo est tel qu’il est ». Un argument souvent avancé par la FMC, mais pas toujours compris par les parents.
Mais cette année 2015 sera l’année des vrais tests. Déjà, les quelques jeunes qui restent, à l’image de Jordan Lebon et Yohan Pirogue, devront prouver qu’ils pourront reprendre le flambeau de leurs aînés. Surtout qu’ils sont tous les deux dans la présélection.
La préparation pour les JIOI devrait prendre, dans les semaines à venir, une autre tournure. Sinon, la claque en terre réunionnaise sera magistrale.