1,80m, gabarit de rouleur, Michael Khedoo, 24 ans, est celui qu’on n’attendait pas dimanche matin pour l’arrivée de la Dry Cleaning Challenge Cup. Après 125 km et 3h42’32 d’efforts, le sociétaire de l’UCRH-Engen a devancé Yannick Lincoln, son compagnon d’échappée venu le rejoindre sur le tard dans un sprint qu’il disputait pour gagner. Il signe ainsi sa première victoire en toutes catégories.
Michael Khedoo est de ces coureurs qui tentent souvent leur chance mais qui n’arrivent pas à aller au bout de l’effort. Toutefois, dimanche matin, il savait ce qu’il lui fallait faire. Pourtant, il n’était pas favori de la course. Mais il a su la modeler à sa guise pour aller lever les bras sur la ligne d’arrivée. « Je me suis entraîné dur cette semaine. J’en ai parlé à mon coach, Fabrice Bénard, j’ai été faire du repérage », avoue Michael Khedoo, alors qu’il est félicité par Ashley Sumbhoolaul.
Au kilomètre 0, le peloton semble souffrir du manque de course. Dès les premiers faux-plats, on retrouve Arnaud de Commarmond (VCJCC-Bank One) et Jean-Hugues Labonne (VCP) aux commandes. À Rivière Noire, Thierry David vient se joindre à l’échappée, poursuivi par Sébastien Tyack, qui n’arrivera jamais à refermer. On aborde le km 34, et rien à signaler dans le peloton, les principaux leaders ayant choisi de rester tranquilles.
Devant, l’échappée était en verve. En témoignent les 40 km affichés après la première heure de course. Et la révolte du peloton viendra à Macondé. Un réveil un peu brutal mais qui n’inquiète pas outre mesure les échappés.
À Bel Ombre, nouveau son de trompette, et Michael Khedoo rapplique, avec dans son sillage Jordan Lebon (VCP). Le groupe fait la course en tête sans être inquiété par le peloton. Commence la première ascension, la Montée-Gaston, suivie de la route qui mène vers Bassin-Blanc. Au pointage, le peloton se retrouve avec près de 4’00 de retard. Intercalé, on retrouve le jeune William Labonne.
Dans le groupe de chasse, on retrouve donc Yannick Lincoln, Steward Pharmasse, Ashley Sumbhoolaul, Mike Chong Chin, Fabien Halbwachs et Anthony Laurent. Et devant, on essayait tant bien que mal de rester en tête.
Le premier à lâcher était Arnaud de Commarmond, suivi de Thierry David. Jordan Lebon et William Labonne accusaient eux aussi le coup. Le seul qui restait devant était Michael Khedoo. « Oui, j’ai grimpé mieux que d’habitude. Je dois un merci spécial à mon coach », lance-t-il à l’issue de la course.
Lincoln déçu
Il basculait donc en tête au moment d’aborder la descente de Chamarel. Mais derrière, deux choses se sont produites. Dans un premier temps, Yannick Lincoln avait refait son retard et basculait avec Thierry David. Dans un deuxième temps, ce même Thierry David chutait lourdement, alors qu’il avait mis les gros braquets et tentait de rejoindre Khedoo devant.
En attendant, Khedoo avait pris la poudre d’escampette depuis très longtemps. Avec seulement deux difficultés à passer — Bois Puant et la montée de Casela — la ligne d’arrivée semblait toute proche. « Je me suis dit que si je passais Bois Puant seul et avant les autres, je tiendrais jusqu’au bout. Donc, pas de risques inutiles, j’ai tout géré. »
À la sortie de Tamarin, Lincoln recolle définitivement. « Je me suis dit que s’il était fort, il allait me déposer. » Mais en abordant la bosse de Casela, il sent que Lincoln peine un peu. « J’ai vu que son pas n’était pas aussi assuré. » Ils apprennent alors que Steward Pharmasse a lui aussi mis la tête dans le guidon.
« On a décidé de collaborer et de ne pas lui laisser la chance de revenir », commente Yannick Lincoln. Les derniers kilomètres entre Bambous et Vallijee se résument à une succession de relais bien orchestrés par les deux fuyards. Puis, juste dans l’ultime bosse, à Vallijee, l’heure était venue de désigner le vainqueur.
D’un côté Yannick Lincoln, pas vraiment le physique de l’emploi pour les sprints, de l’autre Michael Khedoo, massif et justement en quête d’une victoire. Chacun se lève, mais Lincoln va mal évaluer la distance. « C’est vrai : j’avais mal calculé le coup. Et il y a de quoi être déçu, surtout après tout le travail pour recoller. »
Khedoo jubile. Il tient enfin sa première victoire en toutes catégories. « Je voulais une victoire comme celle-là. Une victoire où ça se joue à la pédale, pour montrer que je peux tenir 125 km », soutient Michael Khedoo, qui remercie le sponsor Engen, ses parents, Pierrot et Claudia, ses amis et son coach. Steward Pharmasse vient compléter le podium au terme de 3h43’25, devant le courageux Thierry David, qui terminera la course en sang après 3h46’56.
À un mois du Tour de Maurice, on sait au moins qui a des ambitions et les moyens de se montrer sous son meilleur jour. Khedoo et Lincoln font partie de ceux-là. Pour les autres, on attend toujours…