Ce n’est pas encore cette année que Maurice brisera la malédiction de la course en ligne aux JIOI. Hier matin, le premier Mauricien, Hugo Caëtane, a terminé quatrième, derrière le Réunionnais Stéphane Lucilly, vainqueur au terme des 120,4 km et 3h05’51, Olivier Boyer, deuxième en 3h06’52, et le Seychellois Hedson Mathieu, troisième à une demi-roue du Mauricien. Immense déception, mais aussi un grand sentiment de frustration parmi la sélection.
Tous les indicateurs étaient au vert pour que les Mauriciens brisent cette malédiction qui a commencé en 1979, lors des premiers Jeux, et qui n’a jamais été conjurée. « Il n’y a pas lieu d’attendre samedi. Vous savez depuis quand les Mauriciens n’ont pas remporté la course en ligne ? » râlait Mike Chong Chin après la course.
Il avait raison. Car les Mauriciens ont été chercher cette victoire. Mais ce n’est pas encore aujourd’hui qu’ils pourront la célébrer. Déjà, ils pensaient tenir le bon bout pendant près de 70 km.
Km 0, le Mauricien Hugo Caëtane s’offre un premier bond de sortie. Mais il sera vite repris. « On a vraiment tout tenté. Mais c’était peut-être mal calculé. Ou on a encore joué de malchance », lâchait Yannick Lincoln à l’issue de la course. Lui aussi est déçu.
Car quand les cadors s’observaient, Yolain Calypso s’offrait une autre sortie. On venait à peine de parcourir 25 km. Calypso, en mode chrono, met un peu plus d’une minute au peloton. De là, les choses changent.
Les Réunionnais comprennent la tactique des Mauriciens. Alors, ils mettent le nez à la fenêtre. Non pour voir s’ils pouvaient lâcher le peloton, mais pour essayer de reprendre le fuyard.
À peine Calypso repris, c’est Pascal Ladaub qui se jette dans la bataille. Coups de pédale après coups de pédale, il mettra près de trois minutes au peloton. Le parcours, assez sélectif, ne favorise pas les rouleurs. Mais les Réunionnais ont ce petit quelque chose de plus.
« Quand on a compris la tactique des Mauriciens, on s’est mis à rouler. C’est à peu près le même scénario que 2007 », lâchait le vainqueur du jour. Dire qu’il a subi une opération chirurgicale il y a un peu plus d’un an. Déjà médaillé d’argent en 2007, le voilà en or cette fois. « En fait, ils nous ont fait le coup de l’arroseur arrosé. » En gros, ça veut dire quoi ? « Ils ont fait exactement ce qu’on voulait faire. »
Donc, utiliser le coureur le plus fort n’a pas servi à grand-chose pour les Mauriciens. Lorsque Pascal Ladaub est sorti, les Réunionnais étaient toujours à se gratter la tête et penser tactique. Quand il est repris, c’était au tour de Yannick Lincoln, le joker, de tenter sa chance.
Lui prendra 20 secondes au peloton de 29 coureurs, alors scindé en plusieurs groupes. « Quand Lincoln est sorti, j’ai vu qu’il a légèrement plafonné. C’est ce qui a motivé les gars à tenter un coup. »
Le putsch de Lincoln ayant tourné court à moins de 20 km de l’arrivée, c’était sûr qu’une arrivée groupée était à prévoir. À trois kilomètres, le petit groupe, composé d’une dizaine de coureurs, ne se laissait personne réussir sa sortie. Mais Lucilly, en vieux rusé, avait déjà tout planifié. « Quand j’ai vu que ça n’allait pas se décanter, alors, j’ai décidé de tout prendre à mon compte. » Histoire de voir si ça pouvait fonctionner.
Et comme c’était un jour où tout réussissait aux Réunionnais, il ira au bout, avec un chrono de 3h05’51. « C’est nous qui avons subi la course des Mauriciens. » Olivier Boyer, un des meilleurs sprinters de la région, réglera le petit peloton au sprint pour prendre la deuxième place en 3h06’52.
Le Mauricien Hugo Caëtane, dans ce groupe, a lui aussi espéré le bronze. Mais il se fera surprendre sur la ligne par le Seychellois Hedson Mathieu. Maurice, partie à la quête de l’or, a encore une fois échoué…