Les cyclistes mauriciens auront à coeur de laver l’affront subi aux Jeux de 2007 à Madagascar. Cependant, sur les routes seychelloises, il s’agira de se montrer plus costauds à plusieurs niveaux : mentalement, physiquement et surtout tactiquement. Mais attention ! Les Réunionnais ont toujours dans leur sac une petite portion de leur fameuse recette-péi, celle qui fait qu’ils arrivent (presque) toujours à dominer les Mauriciens. Assistera-t-on à une épopée aussi fantastique que 2003 ? C’est la grande question…
Tous les facteurs sont réunis pour que les Mauriciens brillent en terre seychelloise. D’ailleurs, le récent stage de trois semaines en France a montré une équipe mauricienne qui a pris goût à la victoire, avec quatre succès du leader Yannick Lincoln. « C’est bon pour le moral », confiait l’entraîneur national, José Achille, joint au téléphone vendredi dernier, au lendemain de la dernière victoire du Mauricien.
Alors, que peut-on attendre de cette équipe ? Déjà, quelque chose de bien. « Ils sont prêts pour les Jeux. » Mais encore ? « Ils ont appris à réagir au bon moment. » Et ça paye, puisque les six coureurs n’ont pas tardé à monter à l’assaut. « Il a parfois fallu leur crier dessus. Mais ils ont compris ce qu’il fallait faire », souligne le coach.
L’espoir est d’autant plus grand que ce groupe — Hugo Caëtane, Yolain Calypso, Mike Chong Chin, Pascal Ladaub et Yannick Lincoln — a travaillé ensemble depuis le Tour de Maurice 2010. Ils ont été au Tour de La Réunion en septembre. Puis, ils ont fait les Jeux du Commonwealth en Inde, à l’exception de Mike Chong Chin. « L’esprit d’équipe est là et bien là. C’était également un des buts de ce stage », affirme José Achille.
Cependant, les forces mauriciennes résident dans d’autres domaines. Le contre-la-montre par équipes, qui a échappé à Maurice en 2007 à Madagascar, est un peu le totem de cette sélection. Pour l’heure, personne ne sait qui seront les quatre qui disputeront cette course, mais José Achille affirme que l’équipe a été préparée en conséquence. « Il y a eu un gros volume d’entraînement à ce sujet. Le travail foncier a également été axé autour du chrono par équipes. »
Or, Maurice peut aussi jouer sa carte au chrono individuel, avec Yannick Lincoln, spécialiste de l’effort en solitaire. Lui aussi va tenter d’écrire enfin son nom au palmarès des Jeux, lui qui s’est vu en deux occasions rater l’or après l’argent de 2003 et le bronze de 2007.
Sur ce plan, la menace ne viendra pas seulement des Réunionnais. On oublie un peu facilement le Seychellois Hudson Matthieu, véritable locomotive. Il l’a d’ailleurs prouvé récemment en devenant champion des Seychelles du contre-la-montre par équipes. Mais est-ce à dire que les Seychellois seront des adversaires de premier plan pour les Mauriciens au chrono par équipes ? Là est la grande question, tant le niveau de Matthieu est élevé comparé à ses camarades de la sélection… On l’a d’ailleurs vu au Tour de La Réunion : il a souvent dû lever le pied lors du prologue pour attendre ses coéquipiers…
Mais il est une course, une seule, que les Mauriciens n’ont jamais gagnée : la course en ligne. Demandez à Alain Denis (1998) ou à Yannick Lincoln (2003). C’est vraiment la course la plus dure. Comme à chaque compétition majeure, c’est la loterie. Car il s’agira d’allier technique de course et condition physique afin d’être au top pour ce grand rendez-vous.
Et c’est là que la tactique collective devra se mettre en place. Et surtout, les chances mauriciennes dans cet exercice sont réelles. Prenons, par exemple, le profil de la sélection. Yannick Lincoln est le seul à ne pas avoir le profil d’un pur sprinter. Mais il sait se convertir, si besoin est, en spécialiste de la dernière ligne droite. Il l’a d’ailleurs prouvé lors de sa troisième victoire en France.
Les quatre autres — Yolain Calypso, Hugo Caëtane, Pascal Ladaub et Mike Chong Chin — possèdent des qualités qui pourront leur permettre de s’illustrer dans le cas d’une arrivée massive. D’ailleurs, Yolain Calypso, pas très en forme en début de saison, a retrouvé ses sensations lors du stage en France. « Je pense que ce stage lui a permis de se retrouver. Ses jambes tournent bien. On peut espérer un truc de lui aux Seychelles », soutient José Achille.
Même si le climat à l’annonce de la sélection n’était pas aussi serein que ce que l’on attendait, la situation s’est décantée. Les Mauriciens peuvent maintenant aborder la compétition dans le meilleur état d’esprit. « Avec l’équipe qu’on a, oui, nous pourrons envisager de réaliser de belles choses aux Seychelles. Si on ne commet pas d’erreurs, nous serons dans tous les bons coups. »
Les Mauriciens ont préféré faire une croix sur L’Étoile de l’océan Indien pour se consacrer à leur préparation. Espérons simplement qu’ils arriveront, cette fois, à conjurer le mauvais sort à la course en ligne et laver l’affront subi en 2007…