Yannick Lincoln s’est imposé samedi en solitaire, dans la Ruisseau Créole Challenge Cup. Une course longue de 85 km conclue au terme de 2h07’47 par le leader du VCJCC-Bank One. Mais ce que Lincoln a démontré sur ce parcours a été à la hauteur de son talent : il a attendu son heure, il est sorti au moment où on ne l’attendait pas et n’a pas faibli jusqu’à la ligne d’arrivée.
Quand on lui demande si son échappée était le fruit d’un concours de circonstances ou si c’était planifié, il répond avoir attendu le retour parce que c’était plus facile pour lui. « L’idée, c’était de sortir avec le vent dans le dos. C’était plus facile de faire la différence. »
Mais surtout, Lincoln, en leader qui se respecte, a bénéficié du travail de sape de ses coéquipiers en début de course. « Avec Fabien Halbwachs, Boris de Chazal et Matthieu Le Blanc, on voulait faire profiter à quelqu’un d’autre, surtout que Fabien m’avait dit qu’il était bien. »
Alors, la course elle-même aura été marquée dès le départ par les nombreuses escarmouches, menées par Fabien Halbwachs (VCJCC-Bank One), Thierry David, Olivier Cron (BRSC-Isostar-Trek). Ces trois premiers fuyards, repris plus loin par le duo Lincoln-Ladaub, partis en chasse, se calmeront quelque peu.
À Bel Ombre, d’autres tentatives lancées par le BRSC-Isostar, qui étrennait son nouveau maillot, échoueront encore. Le trio Thomas Desvaux, dont c’était la première course de la saison, Steward Pharmasse et Yannick Lincoln sera rejoint sous l’impulsion du peloton.
Le reste de la course sera un interminable chassé-croisé entre différents fuyards et poursuivants. De plus, dans les difficultés du parcours, le peloton s’étiolait.
Devant, on abordait la partie retour. Et là, on s’observe. Tant et si bien qu’en arrivant à St-Félix, l’échappée, avec Fabien Halbwachs, Olivier Cron et Ashley Sumbhoolaul, verra son avance disparaître grâce à une collaboration entre les poursuivants. Peloton regroupé voulait dire à ce moment peloton calme. Personne n’a tenté quoi que ce soit, du moins jusqu’à Rivière-des-Galets.
Dans le faux-plats et les lacets en bordure de la côte, Yannick Lincoln prend ses responsabilités de leader. Alors que tous s’observent, lui, il pose une mine. Sébastien Hacques, poursuiteur confirmé, mettra la tête dans le guidon. Mais ce sera un effort qui n’aura presque servi à rien.
Lincoln aura pris près de 40 secondes. Une avance qu’il verra diminuer à mesure que le peloton derrière lui collaborait pour refermer. Mais cette marge sera en définitive trop dure à rattraper. Lincoln abordera la bosse du Morne en sentant (presque) le souffle chaud de ses poursuivants dans son dos. Dans la descente, il ne faiblira pas. « À Riambel, ça n’avait pas trop roulé. Alors, quand je suis sorti, c’était pour laisser mes coéquipiers se reposer », indique le vainqueur du jour.
Cependant, il a conscience qu’il aurait pu se faire reprendre. « Dans ce cas de figure, on aurait misé sur quelqu’un d’autre. »
Mais n’empêche. En abordant le dernier virage au pied de Chamarel, il savait qu’il avait déjà course gagnée. 600 m plus loin, il levait les bras. Derrière lui, à 25 secondes, on retrouve un étonnant duo de jeunes, avec Anthony Laurent (VCP) et un Grégory Piat qui montre le nouveau maillot du BRSC-Isostar sur le podium.