Après la déclaration d’intention, l’exploit ! Les quatre Mauriciens Yannick Lincoln, Pascal Ladaub, Yolain Calypso et Mike Chong Chin ont repris aux Réunionnais la médaille d’or qui leur avait échappée à Tana en 2007. 37 secondes séparent les deux formations, qui ont tout donné sur les 52 km du contre-la-montre par équipes, disputé hier sous un soleil de plomb et une chaleur accablante. Moyenne des vainqueurs : 50 km/h. Du grand art, avec un chrono de 1h00’10.
Alors qu’ils savourent la victoire, les Réunionnais, eux, peuvent maudire les roues pleines. Sur un parcours venteux, trois des quatre coureurs de l’île soeur avaient opté pour une telle roue. « Ce n’est pas ce qu’ils ont fait de plus malin aujourd’hui », lançait un observateur réunionnais.
Il avait raison. Car les Mauriciens avaient des roues profilées et avec l’envie de gagner en plus. « C’est notre façon de dire merci à ceux qui nous ont soutenus, mais aussi ceux qui nous ont fait douter. C’est grâce à eux qu’on en est arrivé là », déclarait José Achille, ému aux larmes. Lui aussi avait raison de croire en ses coureurs.
Sur les 52 km du parcours (4 tours d’un circuit entre Roche-Caïman et l’aéroport), ils n’ont pas lâché le morceau. La formule pourrait tenir en une petite phrase toute simple : ils étaient parfaits. Rien à dire sur la tenue de route, rien à redire sur leur façon de se comporter. Les relais étaient parfaits, bien exécutés.
Oubliée, la débâcle de 2007 : c’est le retour de la suprématie mauricienne sur cet exercice. Yannick Lincoln, leader, mais aussi coéquipier, en rajoute. « Cette médaille d’or, c’est à tout le monde qu’elle revient. Merci au ministre Ritoo, merci à ceux qui ont cru en nous. Sur la ligne de départ, on voulait oublier Tana. C’est fait. »
Une petite pensée pour Hugo Caëtane, qui n’a pas disputé ce chrono. « Merci à lui qui a bossé dur. Il avait parfaitement sa place », soutient Yannick Lincoln. Mike Chong Chin, l’homme qui voulait faire les Jeux en début d’année, n’en revient pas. « C’est ma deuxième médaille aux Jeux. J’ai vraiment tout donné pour le vélo cette année. Voilà : les résultats sont là. »
Mais encore ! C’est un moment à savourer pleinement. La course elle-même n’a été que mauricienne. À peine le premier tour, ils comptaient déjà 13 secondes. Deuxième tour : les choses ont évolué. Maurice vire en tête avec 26 secondes d’avance sur les Réunionnais et les Seychellois, hôtes de la compétition, accusent déjà 39 secondes de retard.
Mais Maurice, loin de s’en formaliser, maintient le tempo. Arrive alors le deuxième temps intermédiaire. Maurice pointe avec 26 secondes d’avance ! Les Réunionnais tentent de se remettre dans la course, mais l’abandon d’Olivier Boyer pèse lourd. À quatre contre trois, la cause est quasiment entendue.
Mais les Mauriciens ne s’arrêtent pas là. Ils se mettent en tête de chercher encore mieux. Troisième passage, et l’avance est montée à 40 secondes. C’est l’heure de gloire. Au final, les Réunionnais ne reprendront que trois secondes, insuffisantes pour aller terrasser cette équipe de Maurice.
« Cette médaille, c’est celle des 2h30 passées sous la pluie. Les fruits sont là. Il y a tout un tas de monde autour de nous. Merci à vous. Merci pour tous ce que vous faites », laisse échapper Pascal Ladaub. Et Yolain Calypso, dont la présence était contestée, lance : « Alalila ! » La joie avait déjà gagné le camp mauricien. Finalement, c’est surtout une histoire qui a commencé depuis le stage en France. Florent Horeau, qui a accompagné l’équipe, sourit. « Merci à lui. Il s’est vraiment bien occupé de nous », soutient José Achille.
Quant aux Réunionnais, ils ne sourient pas. « On n’a peut-être pas fait le bon choix. Mais c’est comme ça. Les Mauriciens étaient les plus forts. Mais ce n’est que partie remise », déclare Stéphane Lucilly. Hier soir au Village des Jeux, quatre Mauriciens faisaient la fête, alors que quatre Réunionnais digéraient leur défaite…
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