L’accident dont a été victime Pascal Ladaub en début de semaine remet en lumière la question de la sécurité routière. Même s’il était à moto, l’accident a eu le mérite d’attirer l’attention sur une question fondamentale, celle de savoir que tous les usagers, et particulièrement les cyclistes, sont vulnérables aux aléas de la route. Petit rappel des accidents survenus ces dernières années.
Un des drames les plus terribles qu’aura connu le monde du cyclisme local restera sans doute celui survenu dans le nord du pays, qui a coûté la vie au jeune Ashley Matoka. Parti pour une séance d’entraînement en 2003, le jeune coureur, âgé de 14 ans, ne rentrera jamais à la maison. L’entraîneur national José Achille, qui a bien connu le gamin à l’époque, se rappelle de ce jour, non sans une certaine émotion.
« C’est comme perdre un enfant. Il était jeune, il avait tout pour réussir. Et il est parti à la fleur de l’âge », nous confie José Achille, tantôt nostalgique, tantôt rageur, en repensant à son jeune protégé.
Alors, forcément, quand il apprend l’accident de Pascal Ladaub, il a eu la peur de sa vie. « Je me suis demandé si on allait perdre un autre sportif. »
Un peu plus récemment, en 2009, il y a le cas de Colin Mayer, décédé en Russie, suite à une collision avec un autre cycliste sur le circuit des championnats du monde. Là encore, le décès du coureur a laissé de vives marques dans les esprits, tant Colin Mayer en imposait.
2012, à La Vigie : un chauffard ivre a percuté le cycliste amateur Jérôme Tennant, le tuant sur le coup et envoyant en clinique David Bathfield, ancien footballeur reconverti en cycliste. Un jour triste, où toute la communauté de la petite reine locale s’est révoltée.
Sébastien Tyack, qui se trouvait dans le groupe qui suivait, se souvient de ce jour noir. « Si je n’étais pas resté avec mon frère derrière, peut-être que ce serait moi. Je sais que tous les cyclistes qui étaient là pensent encore la même chose », avance-t-il.
Même deux ans après l’accident, il lui est encore difficile de passer sur cette partie de l’autoroute, à La Vigie, sans éprouver une certaine frayeur. « Quand je passe là, je vais sur le bas-côté, cette image est encore vivace. Je revois le cadre, le casque, les chaussures qui ont été projetées. C’est triste à dire, mais nous sommes tellement vulnérables sur les routes. »
Au cours de l’année 2012, Matthieu Calypso, un vieux de la vieille à qui on ne la fait plus, est lui aussi fauché par un autobus, à Plaine Verte cette fois. Un accident qui lui a coûté une série d’opérations au pied. Cela fait très peu de temps qu’on le revoit à nouveau actif dans le circuit, même s’il venait de temps en temps aux courses avec ses béquilles.
Tous les interlocuteurs sont conscients d’un fait : le risque zéro n’existe pas. « On peut prendre toutes les mesures, il existera toujours une chance sur mille. Mais nous essayons de prendre le maximum de précautions », confie encore José Achille. Chauffards, insultes, imprudence des autres usagers de la route : voilà leur lot quotidien. « On se fait insulter, on se fait presque rouler dessus. Ce qui est plus rageant, c’est que les gens croient que nous allons doucement parce que nous sommes à vélo », poursuit Sébastien Tyack.
Or, il n’est pas rare non plus de voir que certains coureurs s’adonnent à quelques pratiques dangereuses sur les routes. À l’entraînement, certains ne portent pas de casque — une pratique qui commence à disparaître, il est vrai —, d’autres roulent les uns à côté des autres, d’autres encore ne se rendent pas visibles.
« J’apprends à mes coureurs à respecter les autres usagers afin qu’ils se fassent respecter et accepter des autres. Pour ces pratiques dangereuses, il y a quelques réprimandes et si ça continue, s’il le faut, nous prenons des sanctions », avance encore José Achille.
Ce sentiment d’insécurité qui règne fait de plus en plus de mal au cyclisme : il devient difficile de convaincre les parents de laisser leurs enfants s’adonner à un sport risqué. Les sacrifiés de la route en savent quelque chose. Ils sont nombreux, les coureurs à avoir été victimes d’accident. Or, tout accident, peu en importe la gravité, est de trop…