Le Sud-Africain James Tennent (Gilles Team) a enlevé la deuxième étape du Tour, hier, dans le Nord, en dominant au sprint le Réunionnais Paul Rivière (VCO) au terme de 113 km de course et 2h44’23. En remportant l’étape, il prend du même coup le maillot jaune de leader, avec une avance de 11’28 sur Sébastien Tyack, porteur de la tunique depuis le chrono par équipes.
L’étape du Nord a été marquée par deux événements. En premier lieu, l’échappée de plus de 60 km, qui a consacré le Sud-Africain. Deuxième événement : personne dans le peloton n’a rien compris à la journée. « L’ardoisier nous a montré un écart de 2’00 puis, à peine 20 km plus loin, un écart de 4’00 avec huit coureurs. On n’y comprenait vraiment rien », lâche Yannick Lincoln, leader de la sélection mauricienne et favori désigné du Tour.
Or, pour comprendre ce qui s’est passé, il faut revenir au moment où l’échappée s’est créée. Après un début de course relativement calme, hormis quelques tentatives d’échappée vite avortées, le peloton prend la route côtière de Grand-Baie. Là, un petit accident voit Ashley Sumbhoolaul mettre pied à terre, le visage fermé. C’est là que la face de la course change. James Tennent et Paul Rivière s’en vont. Rapidement, ils mettent deux minutes au peloton, amorphe.
« Je voulais surtout le prix de la montagne. On a perdu du temps dans le chrono par équipes et le seul moyen d’en récupérer était de partir devant », lance-t-il. En compagnie de Paul Rivière, pas très à l’aise dans les bosses, selon le Sud-Africain, les deux compères impriment un rythme assez imposant. Résultat : ils prennent rapidement de l’avance, la portant à 4’00.
Derrière, le peloton se réveille enfin. On est déjà presque à mi-course, et cinq coureurs vont en chasse. On retrouve parmi Jaco Ferreira (Team Jaco), récompensé du maillot rouge de la combativité à l’issue de l’étape, Yohan Pirogue (PSC/Maurice), Andreas Seeger, Johannes Willim (RSV Team-ME/All) et Christian Guadagno (PPA/Reu).
Ce petit groupe fera la chasse, jusqu’à ce que le plat se transforme en faux-plat. Encore plus loin, on remarque que Jordan Lebon et Michael Khedoo mettent la tête dans le guidon pour amener leur leader au plus près de l’échappée. « J’ai mis deux gars devant. Mais après, on n’y comprenait vraiment plus rien », s’exclame Lincoln.
L’avance, qui entretemps monte à 5’46, a le mérite de réveiller le peloton. « C’est à partir de là que je mets Mike sur le coup. D’ailleurs, il m’a donné un gros coup de main jusqu’à l’arrivée », souligne Lincoln. Donc, devant, la question est de savoir si on se dirige vers le sprint. « J’ai vu que le Réunionnais s’accrochait beaucoup dans les bosses. On a fait 60 km d’échappée ensemble et sur la fin on s’est dit qu’on jouerait le sprint », souligne James Tennent.
Après 91 km de course, on enclenche les grandes manoeuvres, histoire de combler définitivement le trou de 5’46. Sur les derniers kilomètres du parcours, l’allure monte souvent, à tel point qu’on voit que l’échappée courait le risque d’être repris. Mais elle résistera jusqu’au bout, avec à la clé un sprint lancé par le Réunionnais. Mais un peu juste, il se fera doubler par le Sud-Africain.
« On est très contents de remporter l’étape et le maillot jaune est un bonus. Maintenant, j’aimerais bien le défendre et le ramener en Afrique du Sud », avance le coureur de 25 ans, dont sept dans l’univers du vélo. De l’autre côté, la sélection de Maurice, loin de panser ses plaies, montre toujours les dents. « C’est même une bonne chose d’avoir laissé le maillot jaune. Au moins, on n’aura qu’à sauter dans les coups pour l’étape de Curepipe (ndlr : ce matin) », note Sébastien Tyack.
José Achille, directeur sportif de l’équipe de Maurice, nuance pourtant ses propos. « Avec 1’30 d’avance, il n’y a pas encore le feu. Sur l’étape de Curepipe, il faudra surveiller, mais au moins, on ne subira pas », poursuit-il. Et justement, cette fameuse étape de Curepipe sera le moment où on devrait voir les prétendants se montrer. « Tout peut arriver entre Plaine Magnien et Curepipe. Mais au moins, le poids de la course nous est enlevé », ajoute José Achille.
Les 107 km de la course, ce matin, auront donné une leçon importante au peloton : on connaîtra peut-être le nom du futur vainqueur du Tour…