Il aura fallu un autre accident mortel impliquant un cycliste pour que les autorités daignent réagir. Le ministre Xavier-Luc Duval a émis l’idée d’aménager des voies cyclables sur les routes pour assurer la sécurité des cyclistes. Demandées par plusieurs associations depuis des années, ces voies permettraient aux cyclistes d’être mieux protégés. Mais l’étroitesse de nos routes pose problème.
“C’est malheureux de le dire, mais c’est toujours après un drame que les autorités agissent”, lance d’emblée Selven Govinden, de l’ONG FreeArt. La mort d’un cycliste sur la route de Midlands Dam, le 10 mai dernier, n’a fait que confirmer le danger qui guette celles et ceux qui circulent à vélo sur nos routes. Soulignons que les lois mauriciennes permettent de rouler à vélo sur l’autoroute, alors que cela n’est pas autorisé dans beaucoup de pays.
Par ailleurs, le manque de respect d’un grand nombre d’automobilistes pour les cyclistes ne rend pas facile la pratique du vélo sur les routes mauriciennes.
Voies cyclables.
Depuis plusieurs années, l’ONG FreeArt demande que des voies cyclables soient créées sur nos routes pour que les Mauriciens soient, d’une part, encouragés à faire du vélo et, d’autre part, se sentent en sécurité quand ils le font. “Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, la création de bicycle lanes demeure une priorité”, souligne Selven Govinden. Certes, la création de voies cyclables n’est pas possible sur toute l’île, mais cela est réalisable dans certains endroits.
José Achille, l’entraîneur national de cyclisme, confie pour sa part que certaines décisions peuvent être prises. “Je vais souvent à La Réunion et je suis impressionné par les progrès qui ont été réalisés au niveau de la sécurité routière. Tout doucement, ils sont arrivés à proposer des voies, avec priorité aux cyclistes. Nous devrions prendre exemple sur nos voisins et adopter la même tactique. Ce n’est certes pas quelque chose qui se fera du jour au lendemain, mais ce n’est pas irréalisable. Au début de l’autoroute du nord, il y a un tronçon de gauche qui est souvent vide. On aurait pu le proposer comme voie cyclable. On aurait ainsi pu rouler à bicyclette de Port-Louis à Grand-Baie et inversement, en sécurité. À mon avis, on aurait pu le faire également de Réduit à Trianon.”
Difficultés.
Il ne faut pas cependant pas se leurrer. La création de voies cyclables n’est pas évidente à mettre en place. “Les routes sont trop étroites à Maurice. Prenez la route Hugnin à Rose-Hill ou la route Vandermeersh. Établir des voies cyclables dans ces endroits serait très compliqué. Pour réaliser une voie cyclable, il faut au minimum un mètre de largeur. Il faut qu’il y en ait une de chaque côté. Imaginez ce que cela représente en termes de place”, souligne Barlen Munisamy, auteur du Guide complet du conducteur. “Je suis pour la création de voies cyclables. Si on peut le faire, ce serait une très bonne chose.” Il ajoute que dans certains cas, le gouvernement pourrait se prévaloir de la Land Acquisition Act. “Si une route peut être élargie afin de créer une voie cyclable, on pourrait dédommager les propriétaires des parcelles de terrain en question.”
Le manque de vision des décideurs au fil des décennies porte préjudice aux citoyens. En construisant les routes, ils n’ont pas pris en compte certaines réalités. Ils n’ont pas su anticiper la croissance soutenue du nombre de véhicules sur les routes ainsi que les problèmes causés par l’étroitesse des rues. Aujourd’hui, nous nous retrouvons un peu coincés. “Dans la planification, les urbanistes ont raté le coche. C’est cela, le gros problème à Maurice”, soutient Barlen Munisamy.  
Hypocrisie.
D’autre part, les autorités font des campagnes pour encourager la pratique du sport, notamment du vélo, comme moyen de prévention contre les maladies cardio-vasculaires. Mais elles n’offrent pas suffisamment de structures au public pour pouvoir le faire. De nos jours, un cycliste est trop exposé pour pratiquer ce sport en toute sérénité.
Au niveau purement sportif, les cyclistes nationaux sont très vulnérables. La création d’un vélodrome se fait toujours attendre. La route demeure la seule et unique piste d’entraînement. Après le drame survenu cette année, il est clair que même les routes les moins fréquentées ne sont pas sûres pour les cyclistes.
Si les cyclistes sont aussi vulnérables sur les routes, c’est souvent à cause de l’attitude de certains automobilistes. De gros efforts doivent être faits pour privilégier la sécurité des cyclistes sur les routes. “On aurait dû avoir davantage de campagnes de sensibilisation pour les cyclistes et les automobilistes. Le cycliste doit avoir une notion du code de la route. À mon avis, c’est au niveau de l’éducation que le bât blesse. Il faut savoir que la situation sur nos routes a évolué depuis 20 ans : le taux de véhicules motorisé a augmenté de 500%. Cela pose encore plus de problèmes aux cyclistes. Le cycliste doit lui-même être un usager de la route prudent. Il ne doit pas oublier son casque et ses phares s’il roule la nuit”, souligne Alain Jeannot, président de l’association Prévention Routière Avant Tout (PRAT).