Il raconte des histoires savoureuses autour d’une mélodie : un séga particulier qui fait la part belle au texte. Une attention toute particulière est cependant donnée à la musique dans Un pain ti godon, album réédité en hommage à Ernest Wiehe, qui en avait assuré les arrangements.
Pour Scope, Cyril Ramdoo a accepté d’arpéger ses souvenirs. Le temps de découvrir un homme plus complexe qu’on le croit.
Cyril Ramdoo traîne une image de chanteur qui invite au rire. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences : l’homme est en réalité un anticonformiste qui s’est livré à des expériences musicales en avance sur son temps. En témoigne un album où tous les arrangements sont signés Ernest Wiehe. Du séga-jazz avant la lettre. Avec un saxophone sur la pochette, Un pain ti godon est réédité vingt ans plus tard, en hommage au jazzman disparu.
Rencontre.
Une participation d’Ernest Wiehe qui, vingt années plus tard et deux ans après la mort de ce dernier, confère une autre approche à cette réédition séga-jazz. On reconnaît la patte du musicien aux premières secondes d’écoute.
Ils se sont rencontrés à un spectacle au Plaza. “J’étais le seul à chanter du séga. J’étais content d’être accompagné par un grand orchestre. Ça donne une autre couleur aux chansons.” Naît alors une collaboration entre Ernest Wiehe et Cyril Ramdoo. Ils se donnent rendez-vous pour discuter de ce qui sera Un pain ti godon.
La richesse des harmonies est éloquente. Mais aussi raffinée soit-elle, la cassette passe inaperçue à sa sortie, au début des années 80. Le séga-jazz est alors un concept trop avant-gardiste pour être apprécié. Par ailleurs, Cyril Ramdoo traîne une image de chanteur comique depuis ses débuts avec Fraudere mariaz et Baptême les temps margoze et son fameux refrain Ala konpagne ki ariv ankor…
Patrimoine.
Sous des dehors de chansonnier se cache un homme réfléchi qui transmet ses observations sur ce que la société mauricienne comporte de burlesque. C’est un pan du patrimoine que content les textes les mieux réussis de Cyril Ramdoo. Il a longtemps joué avec des musiciens émérites comme Claudio Cassimally, Gérard Cimiotti et Karl Brasse, dans des bals ou dans les hôtels du littoral ouest. Ramdoo chante alors un répertoire de crooner : Sinatra et Elvis, pour ne citer qu’eux.
Dans sa collection de disques trônent en bonne place les Brel, Ferrat et, évidemment, Brassens. Mais c’est dans les lotel dite portlouisiens que cet enfant du Ward IV a puisé la matière de ses chansons.
Ce fils de policier habitait rue Mgr Leen. Parmi ses petits camarades de classe primaire : Finlay Salesse et Carl de Souza. Ce beau petit monde avait pour instituteur un certain Serge Lebrasse, qui a effectué un bref passage à l’école de la Montagne. C’est une certaine Daisy Quenette qui les accompagne jusqu’au terme du cycle primaire. “Elle était aussi chanteuse et faisait du théâtre.”
Gratte.
Direction ensuite le collège Royal de Port-Louis. Un copain de collège, Lucien Finette, apporte un jour un livret d’accords de guitare. Cyril Ramdoo récupère un vieil instrument chez un voisin. Débute alors sa propre initiation de la gratte. Il deviendra par la suite la vedette du collège avec des copains qui chantaient les Beatles à la récré.
C’est lors d’une rencontre à une fête de fin d’année 1973 que le séga est venu à Cyril Ramdoo. Il est alors jeune instituteur à Bambous. L’époux d’une de ses collègues lui lance : “Si mo sant enn sega, ou pou kapav akonpagn mwa ?” C’est à ce moment que résonne pour la première fois : Ala konpagne ki ariv ankor”, chanté par son auteur, Jocelyn Siou.
Ainsi naît le premier tube de Cyril Ramdoo. Il enregistre chez Cimiotti et prend goût au séga. L’instit’ chanteur a longtemps circulé à mobylette et baladé ses yeux sur le paysage et les autochtones. Il s’immerge dans les soirées séga ravanne et rencontre notamment Loïs Cassambo.
Épanouissement.
Dès lors, Ramdoo se met à écrire ses propres chansons. Il choisit de raconter des histoires savoureuses autour d’une mélodie. Ce qui donnera le séga qui fait la part belle au texte. Roger Augustin est une de ses références en la matière.
Aujourd’hui, Cyril Ramdoo se demande où sont passés le verbe et la verve du séga. Une question somme toute légitime pour un ancien instituteur qui a oeuvré pendant vingt-cinq années de sa carrière auprès d’enfants handicapés. Une riche expérience pour cet homme qui s’est démené à aider les enfants souvent ostracisés. Il a contribué à leur épanouissement à travers la musique et le jardinage.
À soixante-cinq ans, Cyril Ramdoo est riche d’une certaine satisfaction personnelle. Celle d’avoir contribué à faire des enfants dits à problèmes des individus à part entière dans la société.
C’est un retraité qui cultive son jardin à l’abri du soleil et qui mitonne des petits plats. Il prend plaisir à préparer des punchs pour ses invités et termine souvent la soirée devant un synthé ou à la guitare. Pour chanter la vie…